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    CONFÉRENCE 1

    LA QUÊTE D'UN THÉÂTRE SACRÉ

     

    PRÉAMBULE

     

    Je ne suis pas un spécialiste. Je ne suis ni ethnologue, ni anthropologue, ni religieux et mes recherches ne peuvent ni n’ont la prétention d’être exhaustives. Je vous propose un témoignage personnel. Une démarche artistique. Je vais vous partager un chemin. Une quête artistique et spirituelle. Rencontre d’amour. Rencontre avec des humains. Rencontre avec des arts de vivre, de se relier, de communier, de célébrer. Rencontre avec des personnes qui sont parties dans l'autre monde, mais qui nous ont laissé des traces. Des témoignages. Des œuvres. Je vais vous raconter l’histoire d’un cheminement qui a façonné un regard, une manière de faire et d’aborder ces thématiques, ainsi que des manières de créer et de partager l’art. Chaque compréhension s’est forgée dans le creuset d’une expérience. Je vais vous raconter des histoires.

    J’ai toujours en mémoire cette phrase d’Idriss Shah, le raconter d’histoires soufies : « Il serait bien présomptueux de croire pouvoir être capable, avec le seul outil de l'intellect, de comprendre ce qu'il faut des années de maîtrise de soi, de prière et d'actions tournées vers le bien, pour percevoir. »

    Je vais tenter de vous raconter une histoire, ponctuée de temps à autre de références artistiques et historiques, et de quelques réflexions. Je vous partagerai des liens bibliographiques pour continuer vos explorations.

     

    J’ai pris pour titre le théâtre sacré. Je ne vais entrer dans des explications étymologiques, que je trouve, sommes toutes, assez lointaines de ce que certains êtres m’ont goûté à vivre. Comme disait Gougaud à propos des certitudes : « Elles sonnent comme un bruit de porte qui se ferment ».  Explorons, prenons des définitions aussi larges que floues, pour le « sacré », à la rigueur celle de Narthex : « Le sacré trouve son origine dans «la reconnaissance d’une conscience dirigeante au-delà des formes apparentes»… Le propos qui m’intéresse dans cette direction, c’est l’intime, le vécu de chacun de nous. Les arts (poésie, théâtre, chant, musique, peinture, etc.) nous offrent de témoigner de ce lien avec le sacré d’une autre manière que la pensée rationnelle. 

     

    Un mot aussi, à propos du questionnaire des intentions. Nous allons aborder des sujets très intimes, sur comment nous vivons notre foi, notre art, il était besoin d’un cocon de confiance pour pouvoir aborder ensemble ces sujets et ces expériences. Pouvoir raconter des histoires qui n’osent se dire, des histoires qui ont été invisibilisées, marginalisée, et même quelques fois opprimées. Il est assez fréquent que des personnes, après m’avoir raconté une expérience qui leur est arrivée, me disent : « Je n’ai jamais osé raconter cela à qui que ce soit. ». De même j’ai besoin d’être en confiance pour vous raconter cette histoire, car le point de départ de cette quête est en soi complètement irrationnel et incompréhensible, scientifiquement parlant. Dans vos retours d’intentions, j’ai noté souvent cette envie de se relier à d’autres qui éprouvent cette même quête.

     

     

     

     

    RÉSUMÉ DE LA PREMIÈRE CONFÉRENCE

    PARTIR EN QUÊTE 

    D’UN THÉÂTRE SACRÉ

     

    Dans les années 80…

     

    Je souhaite que ce texte vous soit nourrissant. Je ne sais pas exactement dans quelle famille vous avez atterri, ni dans quelle culture vous avez grandi, ni les êtres que vous avez rencontré sur votre chemin. Je suis arrivé dans un monde qui était, tout de même, assez désenchanté. Il y avait des choses que je ne comprenais pas. J’avais un esprit très scientifique, j’étudiais, je lisais des choses, j'avais l'impression qu'il manquait toujours une partie, que je pressentais, sans pouvoir trop dire ce que c’était. Je cherchais avec cette conception un peu matérialiste de la vie. Une chose était très mystérieuse pour moi, c’était la littérature, les livre. Je n'arrivais pas comprendre pourquoi des gens s'enferment dans une pièce pour écrire des livres, et puis de temps en temps d'autres s'enferment les écrire, alors qu’au-dehors, il y a les levers de soleils sur les forêts, les couchants sur les lacs - je ne comprenais pas le principe.

     

    Baudelaire

    Je crois que tout a commencé vers l’âge de seize ans, ce jour où j’étais allé chez mon grand-père pour lui demander s’il avait un livre de poésie. Chose des plus étrange, car jusqu’alors je n’avais jamais aimé lire et d’ailleurs, j’avais toujours été le dernier de la classe en français. Papi s’était tourné vers la bibliothèque, son doigt arqué par les années, balaya un rayon et s’arrêta sur une très belle édition, un tout petit livre en cuir noir où était écrit en lettres d’or : Les Fleurs du Mal. Je le pris délicatement et m’assis sur l’un des fauteuils en velours du salon. Un trésor dans les mains : papier ivoire, encre violette, les pages commençaient par de grandes lettrines entrelacées de fleurs et de symboles. J’avais l’impression d’ouvrir un grimoire de formules magiques. Premier poème :

    BÉNÉDICTIONS

    Lorsque par un décret des puissances suprêmes

    Le poète apparaît en ce monde ennuyé…

    Quelque chose s’anima en moi. Je découvris ce jour-là, contrairement à ce qu’on m’apprenait en cours de « Sciences de la vie et de la terre », que notre présence au monde ne serait pas le simple fruit du hasard, qu’une force supérieure en serait la cause. Je continuais à lire ces lignes où le poète révélait que tout ce qui nous arrive — nos joies comme nos souffrances — est là pour nous enseigner, nous purifier, nous sculpter vers notre vocation lumineuse. Nous viendrions ici à dessein et tout ce grand théâtre aurait un sens ! Et le poète est celui qui réveille en nous ce lien mystique avec l’univers, celui qui offre son existence à déchiffrer les signes du Ciel, à explorer les mystères de la vie, à en révéler le sens par ses œuvres ! C’est moi, je suis cela, je serai poète. J’abandonnais les sciences et me mis à fréquenter des amis invisibles, Baudelaire, Poe, Rimbaud. J’explorais les rêves, l’inconscient, je découvrais les Surréalistes et commençais l’écriture automatique.  

     

     

     

    Artaud

    Quelques années plus tard, je me retrouvais en Irlande pour apprendre l’anglais. Une nuit, alors que je recopiais pour mieux m’en imprégner les passages d’un livre mystérieux, Le Théâtre et son Double, ouvrage d’Antonin Artaud que l’on m’avait conseillé, je fus pris dans une expérience singulière qui transforma radicalement ma vie. Alors que j’étais assis à mon bureau, une main sur le livre et l’autre occupée à en écrire les passages les plus pénétrants, je faillis perdre connaissance. J’eus la sensation que l’on a lorsqu’un véhicule pique brusquement de l’avant et que nous nous retrouvons en apesanteur un instant. Ce haut-le-coeur avait sans doute pour raison le fait que je venais de voir mes chaussures se déplacer sur la gauche de l’étagère et s’incendier de lumière. Elles se transformèrent alors en phares de voiture et je fus aspiré subitement dans une sorte de rêve éveillé. Je me découvris dans un véhicule sur une route nocturne, avec ces phares jaunes qui venaient à vive allure des autres véhicules qui me croisaient. Ces visions extraordinaires se succédèrent toute la nuit dans un ravissement ininterrompu. Tous mes sens étaient impliqués, cependant, je restais lucide et pouvais même transformer ces visions par la volonté. Quelques fois, j’ouvrais les yeux, je voyais ma chambre. Je les refermais, noir. J’imaginais une couleur : le violet, celui-ci envahissait tout mon champ de vision. Je disais : Afrique ! Et la savane se déroulait tel un parchemin vivant d’herbes sèches, d’arbres et d’animaux sous la chaleur odorante d’un soleil au zénith. La chose la plus étrange fut qu’à travers cette expérience saisissante se matérialisa tout le propos du livre : Artaud rêvait d’un théâtre magique, d’œuvres qui puissent créer des transes et réveiller l’être humain, lui rappeler par les sens que des forces ordonnent nos destinées, en un mot : le rapprocher du sacré. Il venait de m’en faire vivre l’expérience seulement par un livre, avec ces quelques mots témoignant de ce désir. Le lendemain matin, bouleversé, pâle de ma nuit blanche, je criais à mes compagnons de classe : « La magie existe ! Artaud est un prophète ! » Malgré mon aversion à l’époque pour cet art qui ne m’avait jamais véritablement parlé et dont la pratique me faisait peur, car j’étais à l’époque d’une timidité des plus extrême, je pris cette expérience pour un nouveau signe du destin et me tournais dès lors vers le théâtre.

     

    Vézelay et le chant sacré

    Quelques années d’études théâtrales plus tard, je me retrouvais un jour en tournée à Vézelay, au sein d’un chœur classique que j’avais intégré par hasard quelques mois auparavant. Pendant la visite de la Basilique avant le concert, alors que je descendais dans la crypte où reposaient les reliques de Sainte Marie-Magdeleine, mes mains se mirent étrangement à chauffer. Étonné, je remontai l’escalier, elles retrouvèrent leur chaleur normale. Je redescendis, la même onde mystérieuse irradia dans mes mains. Alors je voulus explorer ce mystère. Je descendis à nouveau dans la crypte lors de l’interlude du concert. Par la respiration et la pensée, je décontractai une à une toutes les parties de mon corps qui se mit à vibrer de plus en plus. L’apogée arriva lorsque je demandai au fond de moi que tout mon corps et mon âme se mettent en harmonie avec ce lieu sacré. Mon être résonna si fort à cet appel que j’eus la sensation de recevoir de véritables décharges voltaïques. Je voulus m’approcher des reliques. Me dirigeant vers elles, je ressentis si puissamment leur rayonnement que, pris d’un respect naïf, je n’osai faire un pas de plus et m’inclinai solennellement. Puis, je remontai pour la suite du concert. 

    Pendant le motet de Bach qui clôturait notre prestation, des larmes commencèrent à couler sur mes joues. Lors des applaudissements, un frisson me parcourut le cœur. Pris de vertiges, je quittai la scène précipitamment. Je débordais, ne contrôlais plus rien. Je me réfugiai alors dans une chapelle avoisinante et pus enfin pleinement m’abandonner aux larmes. Je pleurai toutes les larmes de mon corps. Je n’étais pas triste, j’avais au contraire la sensation de m’alléger d’un poids immense, comme des retrouvailles après une trop longue absence. 

    Je n’avais jamais vécu quelque chose de semblable sur une scène de théâtre. Bien que je ne comprisse rien à tout cela, force m’était de constater et surtout d’accepter — car j’étais animé à l’époque d’un fervent athéisme Nietzschéen — que mon corps et mon âme vibraient avec le sacré. Mais, vrai, je n’avais jamais vécu d’expérience aussi intense sur un plateau de théâtre. Je compris : si je voulais suivre la voie que m’avaient ouverte les textes de Baudelaire et d’Artaud, c’était vers un théâtre sacré qu’il fallait me diriger. Mais où le trouver ? 

     

    Laboratoire de Grotowski

    J’ai d’abord cherché en Europe. Je suis allé à la rencontre de la troupe et des travaux du Laboratoire de Théâtre de Grotowski. Travail très pertinent, mais qui ne m’a finalement pas convaincu. De toute façon, ils ne prenaient personne avec eux pendant les trois prochaines années, mais surtout, je découvrais quelque chose d’assez important. Notre culture, avouons-le, est depuis quelques années assez éloignée de la spiritualité ou d’une spiritualité religieuse (2 500 clercs en 2024 en France, contre 260 000 pour une population de 20 millions en 1667 par exemple). Ce qui fait que tout démarche d’un retour à la spiritualité, qu’il soit personnel, artistique, voir même religieux comme aller dans les Ordres est une sorte de mouvement contre-culturel, avec tout ce que cela implique comme biais et conditionnements. 

     

    Molière et le clergé

    Rien qu’en prenant l’exemple du théâtre, des comédiens, je vous invite à découvrir les travaux de Francis Huster à propos de Molière qui aurait été empoisonné et aurait fini à la fosse commune. Étrangeté de notre culture, nous sortons tout juste de quatorze siècles de querelles entre le théâtre et la spiritualité locale, le christianisme. Du IVe siècle au XVIIIe siècle a survécu la coutume catholique d'excommunier les acteurs de théâtre. Les comédiens, il n’y a pas si longtemps devaient encore, sur leur lit de mort, confesser à un clerc qu’ils reniaient leur vocation de comédien, pour pouvoir recevoir le dernier sacrement et être enterré. 17 février 1673, Molière crache du sang en descendant de scène. De retour chez lui, rue Saint-Eustache, sur son lit, on sent la fin arriver. On appelle les deux religieuses qui vivent à l’étage, pour qu’il puisse dire la fameuse phrase. C’est Molière qui meurt ? Non, nous ne viendrons pas. Le curé de l’église au bout de la rue ? Idem. Molière meurt sans pouvoir renier sa vocation, pour pouvoir recevoir un enterrement catholique. Les proches jouent des manches, il pourra être enterré au flambeau, à Saint-Joseph, sept pieds sous terre (les six premiers sont sacrés). Pour Francis Huster, une fois tout le monde parti, on jeta le corps de Molière à la fosse commune, comme tous les saltimbanques, et il sera bouffé par les chiens. Cette anecdote pour vous dire que cela laisse des traces, des modes de pensées, des types d’alliances et malheureusement, d’ennemis.

     

     

    Apprendre en Inde.

    Suite à ces expériences, j’éprouvais alors le besoin de rencontrer un théâtre sacré qui soit encore bien implanté dans sa culture. Je décidais, à l’âge de 23 ans, de partir en Inde pour m’initier à une forme de théâtre sacré encore vivante appelée Kathakali. Par la pratique du Kathakali, je découvris enfin une forme vivante de ce théâtre sacré que j’avais tant cherché. Petite comparaison : le Kathakali est une variante née au XVIIIe grâce à de grand artistes qui ont fait évoluer le répertoire et la tradition d’un autre théâtre sacré bien plus ancien, nommé Koodiyattam. Celui-ci existe et perdure depuis plus de 2000 ans…

    Je plonge dans un autre mode d’enseignement : avant d’apprendre le Kathakakali, chaque matin, à l’aube, je pratiquais un art martial qui lui est intimement relié, nommé Kallaripayyattu, pour préparer mon corps aux postures du Kathakali.

    En premier lieu, on salut les Dieux, les grands maîtres de cette discipline et la Connaissance en elle-même, afin d’apprendre quelque chose aujourd’hui. On lui fait même une offrande le premier jour.  

    Le premier matin, j’ai appris le coup de pied numéro un. Je m’y suis appliqué pendant 10-15 minutes jusqu’à être à l’aise avec. Je suis retourné vers mon professeur pensant avoir assez progressé : 

    - Ensuite ?

    - La même chose, voyons! C'est la base, elle doit être ferme !

    J'ai donc fait ce coup de pied toute l'heure de mon premier entraînement. Quelques étirements de la colonne pour terminer. 

    Le lendemain :

    - Aujourd’hui, qu’allons-nous faire?

    - Le coup de pied numéro un !

    Une heure, identique.

    La première semaine, je crois que je n'ai fait que cela. J’ai pensé à l’abîme qui sépare cet art d’avec la plupart des enseignements que j’avais reçu en France, où l’on me gavait d'exercices différents, de techniques, bien souvent trop avancées pour mes capacités, mais où mon ego curieux s’était senti satisfait « d'avoir fait quelque chose. » 

     

    Kathakali

    Dans la matinée, j’avais mes cours de Kathakali. Mon maître me chante sans cesse les rythmes des pas pour que je m’en souvienne mieux. Au bout de quelques minutes, j’ai les yeux et les cuisses en feu : les premières semaines sont terribles ! Le corps doit se faire, les pieds notamment. Et puis petit à petit, cela devient une méditation. Nous frappons le sol avec la tranche des pieds, cela fait un massage très stimulant qui réveille tout mon corps. La posture des genoux en dehors ouvre le bassin, qui à son tour ouvre le plexus, qui à son tour ouvre le visage. Je sens l’énergie circuler librement, de fortes vibrations me traversent quelques fois. Mohan, mon professeur, me fait travailler le mouvement des yeux, les muscles du visage, les signes des doigts, la posture, les pas, les rythmes. 

    Le Kathakali est un théâtre mimé. Nous dansons une histoire à la manière d’un langage des signes, les mudras, mais de manière rythmée, accompagnée par des chants et des percussions.

    • Aujourd’hui, je vais t’apprendre à jouer le mot « Maman ».  Rappelle-toi : « là où va la main va le regard, là où va le regard va l’esprit, et là où va l’esprit suit l’émotion, la rasa ».  Voilà… comme ceci… voilà… 

    Au bout de quelques secondes, je sens comme une immense douceur envahir mon plexus, quelques chose de doux comme le bercement de l'océan infini, douceur maternelle.

    Par quelle magie ?!!! Je relâche les mains comme pour briser le sortilège. Mais comment est-ce possible?!!! Les postures et les mouvements de ce théâtre me plongeait eux-mêmes dans l'état intérieur requis ! À quoi bon tous ces exercices d'imaginations des écoles de théâtre quant la danse elle-même nous transporte là où il faut ? Quelle puissance et quelle perfection ont ces arts traditionnels! Et soudain la sensation et ce message intact et puissant en moi, comme un éclair :  Oui, je suis au bon endroit. 

    Lorsque je n’avais plus la force de danser, je marseillais aux pieds de mon maître qui me contait des histoire de Mahabharata, la grande épopée indienne. 

     

     

    Catharsis

    Il est 22h, je retourne au temple. Les percussions commencent leurs grondements. Pendant une heure, ils font teinter les cloches de bronze, les bois polis frapperont les peaux des percussions et les gongs. De longs phrasés s'enchevêtrent, mélangeant des rythmes binaires, ternaires, alternant avec des passages à sept temps, qui donnent un caractère hypnotique à l’atmosphère. 

    Le personnage principal de l'histoire arrive faire la « Purappad », la première danse d’offrande, ouvrant le spectacle de Kathakali. Derrière un rideau tissé porté par deux personnes, les salutations commencent : envers les Dieux, puis les percussionnistes, les chanteurs, le public et le sol. Le rideau s'abaisse un moment pour donner la vison du héros : le Dieu Krisna, son visage vert, sa couronne argentée, son costume étincelant de bleu et de jaune, est dans la posture du joueur de flûte, telle une statue. Ses sourcils s'animent pour former des vagues, et les yeux, soudainement aux rythmes des percussions, vont et viennent de droite à gauche en s’accélérant. Est-ce la statue du Dieu, qui se trouve dans le temple à quelques mètres de là qui est en train de s'animer, de prendre vie, pour nous conter son histoire ?

    À même le sol ou sur les rebords des murets, sont les familles. Pour les plus anciens quelques chaises blanches en plastiques ont été amenées, il y a quelques ampoules gorgées d’insectes volant dont la lumière tranche dans la féerie de la soirée. 

    Le rideau remonte à nouveau. Les chants commencent et content, dans un mélange de langues ancienne et nouvelle, les grandeurs de Krisna. Puis Ses mains s’agrippent soudainement sur le haut du rideaux, et peu à peu, avec la musique, le fait descendre. Ses yeux et son visage animé surgissent par-dessus le rideau comme le début de la vie après le néant. Il danse maintenant avec le rideau, allant d'un côté, puis de l'autre. Le rideau est enfin lâché et retiré, et Krisna danse la genèse de notre monde, et les clochettes attachées à Ses genoux sont autant d’âmes qui carillonnent au rythme de ses pieds qui frappent le sol de l’univers.

    L’histoire commence. Quelque chose a déséquilibré le Dharma, l'équilibre du monde : un démon est arrivé et répand les malheurs qui se succèdent implacablement. Les humains essayent de trouver des solutions avec leurs outils, mais cela échoue toujours. L'histoire est très lente, alors au bout de plusieurs heures, je m’assoupis légèrement dans ma couverture. Je rêve de Kathakali, je me réveille et découvre les acteurs et les musiciens encore en train de jouer sur scène. Je me rendors. Le spectacle me berce.

    Un bruit métallique mêlé à des bruits de peaux frappés me vient aux oreilles. Je sens qu’on bouscule ma jambe. Je me réveille en sursaut. Au-dessus de moi plane le Dieu dans sa forme terrifiante ! On dirait un tigre en furie, ses yeux et son maquillage sont rouge, de nombreuses excroissances sortent de son visage, et s'animent dans sa colère. Ses mains vibrent, son regard est horrifiant ! Je comprends qu’il est arrivé de derrière le public et que je suis sur son chemin. Tous les percussionnistes sont sur scène, les tambours, les cloches tintent et hurlent à réveiller les morts ! Soudain, je fais un bond : d'énormes pétards explosent, des jets de poudre s'enflamment, créant des feux volants tout autour de nous ! Je me précipite vers les murets latéraux. Suite aux prières des humains, le Dieu (dans sa forme terrifiante) est descendu sur terre pour terrasser le démon. Tout le monde se pousse par crainte sur son passage. Le démon descend de scène et viens combattre avec lui au milieu de nous. C'est une danse, une lutte symbolique jusqu'au coup final, où le démon, finalement, succombe. Le Dieu dans sa rage ouvre les entrailles du démon pour s'en délecter. 

    En chemise et dhoti, un assistant arrive sur la scène pour donner au comédien du maquillage rouge pour qu’il puisse s’en mettre sur les mains et autour de la bouche. On pourrait croire que si peu d’effort pour cacher les coulissent du théâtre pourraient nous faire perdre l’émotion. Le trucage est à ciel ouvert, et pourtant, l’assourdissement des percussions, des cloches, et des pétards nous tiens en haleine, nous sommes comme suspendus à l’action. Soudain, dans une grimace terrifiante, la tête énorme du Dieu aux yeux gorgés de sang se relève, entre ses dents et ses griffes, des tissus rouges symbolisant les entrailles du démon, et autour de sa bouche, dégoulinant de son menton et sur ses mains, le rouge du sang dont il vient de s'abreuver ! Il hurle, il hurle de victoire sanguinaire ! Une vague arrive et me secoue. L’effet sur moi est total. Rideau. 

    Dernière scène. Le Dieu a retrouvé sa forme normale (face verte), et vient bénir la terre et les hommes dans un chant apaisant. L'équilibre du Dharma a été retrouvé. 

    Le soleil se lève soudain à l’horizon. La musique s’est arrêtée. Les comédiens enlèvent leur costume, puis commencent à effacer, avec de l’huile, le maquillage. Les grandsparents retournent à leur maison, la maman prend son petit dans ses bras et monte en amazone sur la moto du père qui a son plus grand assis devant lui. Chacun retourne à sa vie. 

    Je marche dans le soleil levant en m'éloignant du temple, je me sens vraiment autre, purifié. C'est un nouveau jour pour ma vie intérieure. Oui, ils ont matérialisé ma vie intérieure sur la scène, ils y ont résolu mes drames, ils m’ont soigné en y laissant intervenir une force supérieure, celle du grand guérisseur. Le rideau s’est levé avec le soleil, j’emporte la bénédiction dans mon cœur.

    Artaud me l'a fait rêver, la Kathakali me l'a fait vivre. La purification par le théâtre, la catharsis existe - le théâtre sacré aussi.

     

     

     

    Légende du théâtre

    Quelle est sa raison d’être de ce théâtre du sacré ? La voici écrite dans un livre. Le Nâtya-shâstra aurait été rédigé au début de notre ère par le sage Bharata, en Inde. Dans ce texte sont décrit l’origine et la fonction du théâtre et des arts. Cet ouvrage est considéré comme le cinquième Veda. Les quatre premiers, qui auraient été rédigés au moins quinze siècles avant J.C, traitent de rituels et de philosophie. Ils ont fondé le védisme, puis le brahmanisme, et enfin l’hindouisme. Pour comparer le Nâtya-shâstra avec quelque chose qui nous serait plus proche, c’est comme si nous avions en Occident un cinquième testament essentiellement dédié à la pratique du théâtre et de la poésie. En voici un passage, dont René Daumal nous offre une adaptation :
    « Dans les âges où la connaissance du Réel était le but le plus important de la vie humaine, toutes les activités naturelles étaient en même temps des analogies, des signes et des épreuves de la recherche intérieure. Quand vint l’époque d’obscurcissement du Kaliyuga (au milieu duquel nous sommes), les hommes se mirent à pratiquer ces activités pour leurs seuls fruits extérieurs. Le couple « agréable-désagréable », menant le cortège des passions, devint le principal mobile de la conduite. Les dieux, raconte-t-on, excédés de ce désordre, vinrent prier Brahmâ de « produire un nouveau Veda, un cinquième, destiné à toutes les castes… ». « Et, de la substance de Quatre Vedas, Celui-qui-voit-les-choses-telles-qu’elles-sont forma l’Art dramatique. » Le Théâtre devait être une « analogie du mouvement du monde », une représentation condensée du « Triple monde » et des lois universelles, et, en particulier, « des quatre sortes de mobiles » de la conduite humaine : artha, « les choses, les biens matériels », mobiles du corps physique ; kâma, « le désir, la passion », mobiles du sentiment ; dharma, « le devoir », mobiles moraux et intellectuels ; et moksha, « délivrance », désir de libération des mobiles précédents, donc de nature « supra-mondaine ». Tous les types humains, toutes les castes, tous les métiers devaient s’y retrouver. Chacun devait donc y éprouver la profonde satisfaction de se voir représenté, compris, situé à sa place dans le mouvement universel. Chacun, sot ou savant, poltron ou héros, misérable ou grand seigneur, y verrait sa propre raison d’être dans l’harmonie des mondes et, par cette porte de l’émotion individuelle, il entrerait en contact avec l’enseignement sacré.
    Ainsi l’Art fut lancé dans le monde par des êtres supérieurs dans le but d’habiller la Vérité et d’attirer à elle, par artifice, nos esprits devenus incapables de l’aimer toute nue. La même idée est reprise par l’auteur du Miroir de la Composition, que nous citerons souvent par la suite : « La connaissance des quatre sortes de mobiles, telle qu’elle est présentée dans les traités védiques, est déjà difficile pour ceux dont la raison est à pleine maturité, parce qu’elle y est donnée sans aucune saveur… Grâce à la poésie, elle devient accessible même à ceux dont la raison est encore dans la tendre enfance… »
    L’art n’est donc pas une fin en soi. Il est un moyen au service de la connaissance sacrée. »
    Un point intéressant de la définition du Nâtya-shâstra est que, des « quatre mobiles de la conduite humaine » dont parlent les Vedas, nos pièces de théâtre occidental ont en général omis la dernière. Dans nos drames se trouve représentée la complexité des aspirations humaines : artha, « les choses, les biens matériels » ; kâma, « le désir, la passion » ; dharma, « le devoir », mobiles moraux et intellectuels. De nombreux drames illustrent les tensions entre kâma et dharma, entre la passion et le devoir. Vous penserez bien sûr à de nombreuses pièces classiques. Mais, qu’en est-il du dernier ? Moksha, « la délivrance », l’union à l’éternel, à Dieu, l’illumination, désir de libération des mobiles précédents. Ce mobile est plus difficile à rencontrer.
    Son équivalent dans notre culture serait la vie du Christ ou de quelque mystiques chrétien. Ces drames ont existé, joués à différentes époques par les paroissiens sur les parvis des églises. Ils se nomment Mystères quand ils réfèrent directement au Christ, et Miracles lorsqu’ils racontent la vie d’un Saint ou d’une Sainte. Peu de traces de ces œuvres sont parvenues jusqu’à nous. Il pourrait y avoir bien sûr des exemples pré-chrétien, mais nous avons encore moins de pistes.

    Un théâtre du sacré ?

    L’artiste, au cœur du processus de création, se retrouve confronté aux questions essentielles de sa présence au monde, de sa vocation, des mystères de la vie, et témoigne par ses oeuvres de ses découvertes et visions, de ses « percées dans l’inconnu » comme le dit Luis Ansa. Séparée d’un référentiel spirituel commun, sa quête artistique est un chemin spirituel, souvent individuel dont il réinvente le langage et les symboles. C’est ainsi que des symboles de « verticalité », ou moksha, ont perduré dans l’art dit « profane ». Nombre de contes et d’histoires sont des allégories du chemin intérieur qui va du fini à l’infini, du « moi » au « soi », de la créature au créateur, de l’âme à l’Ami, pour reprendre la terminologie de quatre grandes religions de la planète.
    Ainsi, le théâtre est un moyen à notre disposition pour que des émotions négatives soient nettoyées pour permettre une rencontre avec des émotions ou des états d’êtres plus élevés. La scène n’est pas n’importe quel lieu : c’est un espace sacré où ne se joue pas simplement une histoire, mais l’humanité toute entière. C’est l’être humain qu’il importe de bâtir.
    J’ai ainsi souhaité rassembler tous les textes en rapport avec moksah : ceux de l’hindouisme, du soufisme et du chamanisme, qui ont été les premiers à me guider, ainsi que ceux des auteurs occidentaux qui traitent ce sujet ; ils sont nombreux ! Une immense littérature, de sublimes poètes mystiques, des êtres remarquables, des thaumaturges. Vous les trouverez sur mon site et je citerai des noms au fur et à mesure des conférences.

    Mais cet art magnifique (le Kathakalià est malheureusement très éloigné, dans sa forme extérieure, de notre culture. Intuitivement, je sentais que ma quête était celle d’un théâtre sacré occidental. Si je continuais cet apprentissage des arts sacrés dans d’autres traditions, je trouverais peut-être la clef, pour en créer ici une forme contemporaine. Ainsi, après cet apprentissage en Inde, je partis étudier au Maroc, au Sénégal, au Brésil et au Mexique, toute forme d’arts qui touchaient au sacré que je rencontrais sur ma route, ainsi que les rituels et les chemins initiatiques de ces traditions, expériences toujours riches de rencontres merveilleuses et d’enseignements.

        L’artiste, l’art, sert de passerelle, entre les mondes. Le poète peut avoir quelque chose du mystique en transe : il nous rapporte des nouvelles d’une autre monde. Nous retrouvons dès lors Baudelaire avec ses Bénédictions et Correspondances, poèmes qui furent influencé par Swedenborg, ce théologiens suédois qui conversait avec les Anges. 

        Pour conclure, Daumal nous dit qu’en Inde est la coutume d’appeler les acteur et les poètes : les descendant de Bharata, ceux sui viennent de Bharata. Si vous aussi, vous cherchez à ce que votre vie ou vos oeuvres soient un pont entre notre monde et celui de la lumière, peut-être, vous aussi, venez-vous de Bharata… 

     

     

    Après ce premier volet sur « la quête », dans la prochaine conférence, nous aborderons le thème du chemin du dedans. Un chemin, essentiellement porté par la grâce, l’inverse d’un chemin d’accumulations de connaissance, un chemin d’appauvrissement… 

    Arnaud Pelletier, l'acteur pèlerin 

    Crédit photo : Yanaël Plumet

    CONFÉRENCE 2

    LE CHEMIN DU DEDANS

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    ÊTRE PERDUS - ÊTRE SUR LE CHEMIN

    Partir en quête, c’est répondre à un appel, c’est mettre le chemin sous ses pieds, c’est s’ouvrir à une transformation intérieure, c’est marcher sur le chemin du dehors en avançant sur le chemin du dedans. 

    Cette seconde réunion avait pour thème « Le chemin du dedans ». Moi qui n’ai jamais le trac avant de monter sur scène, à quelques minutes de prendre la parole, j’étais pétrifié. Comment parler de toutes ces choses ? Je priais pour que l’humilité, la prudence et le discernement guident mes pas et mes mots. Quelques jours plus tard, je reçois ce témoignage : « C’était très touchant cette dernière conférence où tu désirais nous partager les mystères du chemin du dedans. On te sentait si fragile, comme perdu. Ce fut le meilleur exemple possible du chemin intérieur : la sensation d’être perdu n’est-elle pas la définition même du chemin du dedans ? Un chemin où il nous faut avancer les yeux bandés, guidé par la musique qui nous viendrait du cœur de l’Inconnu ? » 

    Gratitude. Mourir, c’est quelques fois semer des graines.

     

    TROIS PILIERS DU THEYYAM

    Sur toutes les terres où vivaient des formes d’art sacré vivantes que j’ai rencontrées, j’ai noté un contexte, triangle de forces qui lui donnaient naissance ou le maintenaient en vie : des formes d’arts vivant, des rituels religieux et un chemin intérieur et personnel très présent. Si je prends le Kathakali, ce théâtre sacré du sud de l’Inde, il existe des formes purement rituelles qui lui sont très proches et qui sont elles-mêmes très artistique quant aux costumes, aux chorégraphies et à la musique, comme le Teyyam, par exemple. L’officiant se prépare pendant plusieurs jours (sadhana, discipline intérieure : jeûne, prière, méditation), pour recevoir l’énergie « Bhava » d’un dieu. Il est ensuite costumé, puis entouré de chants, de musiques et de percussions. Les dévots pourront venir le saluer (le voir : « Dharshan ») comme une incarnation divine pendant le temps de la cérémonie, lui adresser leurs prières comme pour les statues habillées, fleuries et bénies. Le poids de sa couronne et de son costume est tel qu’ils ne peut faire qu’une procession et quelques pas de danse. Dans cette forme, purement religieuse, nous allons retrouver tous les ingrédients du Kathakali : visage complètement peint, couronnes de bois, de plumes et de métaux, grand costume extrêmement travaillé ; il sera accompagné par les mêmes percussions (cymbales et chandra (tambour frappé avec des baguettes) ; il incarnera les mêmes personnages (divinités). 

     

    DU RITUEL VERS L’ART DU KATHAKALI

    Le Kathakali, n’est qu’une forme plus codifiée, plus artistique de ce rituel. Nous pouvons facilement imaginer qu’un grand artiste, très inspiré, comédien ou dramaturge, baigné dans ce « contexte » aie pu donner naissance à une forme plus dramatique et artistique. 

    Pour le Kathakali, d’autres personnages sont invités sur scène, ils narrent une histoire avec un langage corporel dont les chanteurs psalmodient les dialogues. Les postures viennent des arts martiaux. Les mudras (position de doigts des mains) viennent de toutes les pratiques spirituelle (méditations, prière, yoga et acquièrent ainsi une force énergétique, symbolique et signifiante. Ils deviennent le langage des signes pour « jouer » les phrases que chantent les chanteurs. 

    Pour les scènes du répertoire, ils n’ont eu qu’à puiser dans l’immense réservoir de leur mythologie (qui est une mythologie pour nous, mais qui est pour eux l’équivalent de notre dogme, c’est-à-dire une révélation de la vérité) qui fut écrite en rimes dans une langue extraordinaire qu’est le sanscrit, avec une tradition musicale, rythmique et mélodique extraordinairement développée. 

    Si nous ajoutons à cela un « mythologie du théâtre » c’est à dire une fonction, un principe de naissance, qui est de transmettre par l’art (c’est-à-dire par les sens) les vérités spirituelles des textes sacrés et de leurs rituels. 

    Pour couronner le tout, culturellement parlant, nous découvrons des être habitués depuis leur plus jeune âge à faire un transfert : d’être capable de ressentir Dieu à travers une statue habillé et bénie. Je ne vous fais qu’un croquis vague de l’immense complexité de cette culture, mais il me semble que l’on perçois assez facilement quels sont les ingrédients qui ont pu donner naissance au théâtre sacré ainsi que l’impact qu’il a pu avoir dans la société. Tout en se gardant de lien de cause à effet sur qui a donné naissance à quoi. Je constate simplement une richesse sur les plans des arts vivants, des rituels, et du chemin de foi personnel. 

    On comprend qu’il y a comme « contexte » une ferveur religieuse, lié un chemin personnel et spirituel, ainsi que des formes d’arts très riche (théâtre, costume, musique, danse, postures, mudras, textes sacrés, histoires, contes de sagesse, récits et héros mythologiques). Ces éléments en présence ont pu favoriser la naissance au Kathakali tel que je l’ai connu.

    Tout cela ne sont désormais déjà plus que des vestiges inclinés vers leur chute, la modernisation a tout chamboulé, le Kathakali périclite, les écoles pour l’apprendre se vident, le public déserte, et cet art est en train de devenir un folklore démodé. Lorsque j’étudiais en 2005, les jeunes ne comprenaient pas pourquoi je faisais cela, ils préféraient de loin les films de Bollywwod… Pour survivre, cette tradition s’est adaptée, des pièces de Shakespeare, ainsi que des passages de la Bible ont commencé à être mis-en-scène. Cependant, le Kathakali est en train de ne devenir qu’une curiosité pour les occidentaux, avec des spectacles de 30min dans les sites touristiques. Nous sommes loin des nuits de transes dans les temples reculés du Kérala. 


     

    LA RICHESSE DES PAUVRES

    Petite parenthèse sur l’aspect « production » des représentations indiennes. Il existe un répertoire de Kathakali, qui a été composé notamment au XVIIe et XVIIIe, à savoir les chants, ragas, textes, rythmes et narrations (avec les mudras comme un langage de signe). Chaque comédien connaît à peu près tout le répertoire (sachant que si on a des trous, les chanteurs chantent ce que l’on doit jouer). Avec le temps, chaque comédien développe une excellence pour tel ou tel personnage. 

    En Inde, l’art vivant est essentiellement religieux. Chaque année, chaque temple organise son festival. Pendant dix jours, s’enchaîneront sans interruptions cérémonies et spectacles, concerts, pièce de théâtre, procession, nuits de kathakali, récitation des textes sacrés, etc. Une ville a donc, chaque année tel budget pour une ou deux nuits de kathakali. Cette année, ils aimeraient tel passage du Mahabaratha. En fonction de leur budget, ils vont pouvoir contracter tel ou tel comédien pour le rôle de Krishna, ceux-là pour les rôles féminins, tels autres pour les rôles des méchants, tels musiciens, tels chanteurs, tels maquilleurs. Cet art est gratuit pour la population, le temple est ouvert à qui veut y pénétrer. Pour l’occasion, il sera recouvert d’ampoules multicolores à défaut des anciennes lampes à huile, et y viendront les familles comme les nôtre vont à la fête foraine.

    Il y a en Inde un fait culturel qui nous est complètement étranger c’est, après la vie active, la quête des hommes vers la sagesse. Après 60 ans, une fois que les enfants ont été élevés, que les années de travail ont été effectuées, des hommes deviennent mendiants errants et partent en quête de sainteté, allant de temple en temple, de pèlerinage en pèlerinage. Ils se consacrent désormais au moksha, la libération de l’illusion. Ils sont tous vêtus de la même manière, de draps rose-orangé. Ils dorment sur des nattes dans les temples. Je ne peux vous donner plus d’informations, car je n’ai pas creusé le sujet des « babas », dont leur nom a donné naissance à une expression que nous connaissons tous : les « babas cool », possiblement à l’époque où la jeunesse en manque de spiritualité allait la rechercher dans l’Himalaya. Tout cela pour vous dire que les temples sont bondés de ces « babas » en quête de sagesse. Comme ils passent leur vie dans les temples, ils sont les premiers publics de toutes ces activités artistiques et rituelles qui s’y passent. Comme l’art se passe essentiellement au temple, ce sont donc ces « babas » qui connaissent le mieux la mythologie, la sagesse, les textes sacrés, les histoires, les arts. J’ai été étonné de découvrir qu’une Inde, ce sont donc souvent les plus pauvres qui possèdent le plus de connaissance et de culture, alors qu’en France, ce sont au contraire les plus riches qui y ont un accès privilégié, car l’art n’est pas gratuit, il peut être quelques fois offert par nos municipalités et nos régions, il faut en général payer son entrée pour le salaire des artistes. Tous les businessmen que j’ai rencontrés en Inde, n’avaient pas le temps d’aller au temple découvrir ces formes d’art. Ce qui fait qu’il n’est pas rare qu’un mendiant assis avec son bol à l’entrée d’un temple soit en mesure de vous transmettre d’une phrase, une connaissance qui puisse illuminer votre cœur, vous bouleverser ou vous donner matière à réfléchir pour plusieurs années. 


     

    BRÉSIL

    Autre exemple, le Brésil. Il y a une très grande richesse culturelle, qui est aussi une richesse cultuelle. Lors de la colonisation, se sont mélangées notamment 3 cultures qui ont donné naissance à autant de formes que de métissages possibles. Selon le dosage, nous avons différentes pratique. Prenons les rituels de prise de l’Awayaska, s’ils se mélangent avec le spiritisme, nous avons l’Union du Végétal, s’ils se mélangent avec le christianisme, nous avons le Santo Daime, rituels de chants chrétiens en prenant la plante lors des fêtes chrétiennes ; si le christianisme se mélange à la culture Yoruba, nous avons l’Umbanda, avec des rituels de transe, avec chants et percussions, s’il est plus africanisé, il deviendra le Condomblé, il y a aussi beaucoup de centres spirites où des personnes communiquent avec des êtres qui sont passé de l’autre coté ou des présences spirituelles. Sans compter les églises catholiques et évangéliques, toutes ces pratiques entraînent un « vécu » très particulier de la spiritualité et du chemin de dedans. J’ai par exemple souvent entendu dire là-bas par des amis, qu’ils n’avaient pas « composé » le texte d’une chanson, mais qu’ils l’avaient « reçu ». J’ai souvent entendu dire qu’une personne n’était pas « morte », mais qu’elle s’était « désincarnée »… Si nous prenons l’exemple de la Capoeria, art brésilien qui s’est largement répandu sur la planète et a séduit de nombreuses personnes, nous allons y retrouver les instruments, les rythmes, et même quelques fois les invocations des cérémonies religieuses dont je vous ai parlé. D’ailleurs, la première année, il va y avoir un rite, le baptême, où l’adepte va recevoir un nouveau nom. La capoeira est peut-être plus qu’un simple sport acrobatique…

    Ces considérations nous invitent surtout à nous rendre compte de l’importance de la compréhension des symboles et des rites de notre propre culture. Comment les habiter ou ré-habiter ?


     

    TRIANGLE OCCIDENTAL ATROPHIÉ

    Si on regarde chez nous. L’art est très développé avec une riche diversité, la ferveur religieuse, quant à elle, est assez inégale. De même, nos connaissances religieuses sont souvent très succinctes. Nous connaissons rarement en profondeur les significations de tous les rituels chrétiens, si la vie de Jésus peu nous être assez familière, nous n’avons pas tous exploré les symboles de ce qu’elle avait à nous dire, nous connaissons peu d’histoires de vie de saints. Or, comme nous l’avons vu, toutes ces connaissances sont des matières précieuses pour l’art sacré. C’est une des raisons pour lesquelles, j’insisterai sur ce sujet dans d’autres conférences. Quant au troisième pilier, le chemin personnel, intérieur, est assez peu fréquenté, malgré les efforts du côté de la psychologie, de développement « spirituel », etc. Or, nous avons tous une histoire. Une récit de vie. Nous avons tous une manière de vivre et d’habiter cette vie, un chemin de dedans. La valeur est mise, dans notre culture, à l’accumulation, le nombre d’années d’études, la faculté de mémorisation, d’accumulations de connaissance. Tous les chemins du dedans que j’ai rencontré dans mes voyages sont à l’inverse, des chemin d’appauvrissement, de désapprentissage, de nettoyage, s’alléger des fardeaux des traumas, des blessures….


     

    LE RETOURNEMENT

    Jusqu’à l’âge de 23 ans, cette démarche, cette quête n’était qu’intellectuelle. Je lisais des livres, aussi spirituels soient-ils, je ne les lisais qu’à la lumière de l’intellect. Vous connaissez Nasreddin ? 

     

    Un ami de Mullah Nasruddin, le découvre à minuit passé, à quatre pattes, sous un lampadaire.

    - Un problème Mullah ?

    - Oui, j’ai perdu mes clefs !

    Alors, l’autre, bien obligé, se met à quatre patte lui aussi, et cherche avec Toto. Au bout de quelques minutes de recherche infructueuse, ayant bien envie d’aller se coucher et retrouver sa femme, il se tourne vers Nasruddin :

    - Tu n’arrive pas à te souvenir où tu les a perdu ces clefs ?

    - Si, bien-sûr! Je les ai perdu dans ma maison!

    - Mais alors explique-moi ce que l'on fait tous les deux à minuit à quatre pattes dans le caniveau sous ce lampadaire?

    - C’est parce qu’ici, il y a plus de lumière que chez moi!

    Et pendant des années, j’ai ri comme vous à cette histoire, sans bien comprendre pourquoi je riais exactement. J’aimai bien cet espace d’absurde… Et puis un jour, j’ai reçu comme une baffe, et je me suis dit : quand nous avons une question, quand nous avons une réelle interrogation, une vrai question qui viendrait du plus profond de notre âme. Cela nous arrive quelque fois. Très souvent nous la repoussons bien loin, nous ne voulons même pas l’entendre, mais de même, combien de fois préférons nous chercher à la lumière de notre l’intellect, chercher au dehors, alors qu’il nous faudrai flairer, avec les yeux de l’âme, la piste d’une union perdu, au dedans de nous.

     

    Nous voici à l’orée d’un grand voyage vers une transformation intérieure, les bâton du pèlerin sera la prière, il sera revêtira de l’humilité, qui sera sa pèlerine pour se protéger du mauvaise temps, et espérera laisser passer en lui par plus grand que lui.

    Voici quel fut pour la porte vers le chemin du dedans, en direction de ma demeure.


     

    LA PORTE VERS LE CHEMIN DU DEDANS

    23 ans et première véritable décision ma vie. Rasé de près, smoking, chaussures vernies :

    - Papa, j’ai décidé de continuer mes études théâtrales en Inde pour apprendre le Kathakali.

    Écoute Arnaud, tu auras toujours un lit et un couvert à la maison si tu as besoin, mais pour tes études il va te falloir continuer seul. Cela fait trois ans que l’on subventionne tes recherches, ton frère et ta soeur arrivent en âge de faire eux aussi leurs études, et nous aimerions pouvoir les aider comme nous t’avons aidé.

    Je m’improvise tatoueur au henné sur les plages de Belle-Île-en-Mer, puis maraîcher, puis vendangeur du sud jusqu’au nord de la France sous les pluies de Novembre. Quelques mois plus tard j’ai assez économisé pour me payer six mois d’études de théâtre sacré au Kérala. 

    La veille du départ, alors que je suis en train de faire ma valise, mon père entre dans ma chambre, chose rare, et, plus rare encore, pose la main sur mon épaule et me dis : 

    Bravo fiston !

    Je comprends : c’est la première fois de ma vie que je m’offre, par mon travail, les moyens de réaliser une aspiration profonde. Il a rempli sa mission. J’ai rempli la mienne.

    Merci papa.

    Le lendemain de cette bénédiction, je me trouve au coeur des Émirats en correspondance. J’attends mon avion pour Chennai. Je viens de m’assoir et contemple, entre mes mains, le guide du routard « Inde du Sud ». Je souris, le voyage commence. Mon pouce glisse sur la tranche pour l’ouvrir quand un homme d’une cinquantaine d’années s’assied à côté de moi. En fait, il s’était levé pour se dégourdir les jambes et je m’étais assis à sa place, s’en m’en rendre compte. Avant de reposer les yeux sur mon livre et ses cartes de contrées inconnues, j’observe mon voisin une seconde : il a des yeux très bleus, luisants, des cheveux grisonnants et quelque chose de légèrement féminin, une douceur maternelle dans ses gestes. Comme il voit que mon livre est écrit en français, il m’adresse aussitôt la parole. 

    - Toi aussi tu pars en Inde ? 

    Dès lors les mots me manquent… Comment arriver à décrire la profondeur de ce que j’ai ressenti à ce moment-là ? Comment définir une vraie rencontre ? Il avait pourtant le visage de Monsieur Tout-le-monde, comme si Dieu cachait Ses grandes âmes sous les traits les plus simples et les plus ordinaires. S’il était un ange déguisé, personne de l’aurait reconnu. Il passait incognito, comme transparent et pourtant… Et pourtant, à son contact, je me sens soudain en lien avec le Surnaturel. Il y a quelque chose d’extraordinaire incarné dans cet homme d’apparence si ordinaire : jean bleu, polo blanc, veste bleu-gris, chaussures claires. Et pourtant… Et pourtant la férocité du merveilleux : lui, la Grâce lui était tombée dessus quelques années auparavant ; il avait longtemps lutté contre elle, contre ses miracles et ses manifestations, il avait tant de fois levé les poings au ciel en criant : « Mais laissez-moi tranquille ! » et finalement, un soir, s’était agenouillé. Cœur vaincu et paumes offertes, il avait dit : « j’accepte ». Dès lors tout s’était enchainé : il avait rencontré les maîtres qui l’avaient guidé vers ce qu’il était véritablement : un être au service du Vivant, un guérisseur. Suite à un rêve, il avait vendu son appartement en 24h, acheté un billet pour une ville d’Inde dont il avait vaguement entendu parler. Il partait faire le point sur sa vie et tout ce qui venait de se passer. Ayant fait vœux de chasteté et de pauvreté, il aurait dès lors pour tout bien, cet unique bagage suspendu à son dos contenant deux pantalons, deux t-shirts, deux sous-vêtements, deux livres — dont la Bible — et un carnet de notes. 

    Sentant l’oracle à fleur de bouche, mon coeur s’ouvre, et je lui pose cette question — cette question qui me hantait depuis si longtemps, cette question sans réponse satisfaisante pour laquelle j’avait parcouru toutes les bibliothèques de Babel et ouvert tous les livres, bu à toutes les spiritualités, espérant l’apaiser — :

    - Pour toi, quelle est la place de la souffrance dans le chemin de la connaissance ? 

    - La souffrance n’est pas obligatoire, car elle n’élève pas. Elle n’est qu’un message te révélant une attitude intérieure erronée.

    « La souffrance n’est pas obligatoire. » Quelque chose se relâche dans mes épaules et une immense confiance sourd de moi vers cet homme inconnu que la vie vient de me faire rencontrer. Je décide de m’installer à côté de lui dans l’avion. À son contact, je commence tout de suite à apprendre toutes sortes de chose. Son vécu était édifiant. Les Archanges sont ses amis proches, ce qui pour lui est complètement banale, il les nomme « Ceux de Là-Haut » comme si c’était ses colocs. Et pourtant, je suis bouleversé par l’humilité qui déborde de chacune de ses paroles.

    « Il n’y a rien à apprendre. Il n’y a qu’à se purifier de  ce qui nous encombre : notre éducation, nos croyances, nos blessures. L’élévation de l’âme est un processus naturel. »  

    Je sens soudain comme une grande vibration me traverser. `Je m’en exclame. Il hausse un instant les sourcils, avant de dire simplement : 

    Oh ! Bienvenue au club ! 

    Peu après, il sortit de son petit sac une feuille imprimée pliée en quatre.

    Tiens, lis cela.

    Je déplie la feuille et découvre une histoire : un jeune prince nous raconte que lorsqu’il était petit enfant, ses parents l’équipèrent et l’envoyèrent pour un grand voyage, dans un pays lointain. Il devait récupérer une perle prisonnière d’un serpent sifflant au fond d’un lac sombre. Cette mission fut gravée par son père en son cœur. Après avoir traversé de nombreuses contrées, il arriva aux abords du lac, en cette terre étrangère. Il appris les coutumes du pays, adopta leur langue, leurs habits et mangea même leur nourriture. Peu à peu, il oublia tout de sa mission et de son origine royale, et pour subsister, il se mit au service de leur roi. Quelques fois il voyait des couleurs vibrantes et diaphanes — celles du palais de son enfance — ou alors il rêvait d’une perle, mais il ne comprenait pas pourquoi. Ses parents lui écrivirent alors une lettre depuis leur royaume. Il l’envoyèrent sous la forme d’un aigle qui se posa devant le prince perdu, étendit grand les ailes et tout entier redevint parole. Le prince senti vibrer les mots inscrits au fond du coeur. Il sorti de son sommeil et, guidé par l’aigle, plongea au plus profond des eaux sombres et délivra la perle. Lorsqu’il revint en sa patrie, il fut habillé de ses vêtement royaux qui avaient — eux aussi — grandis pendant son voyage. Il fut couronné roi parmi les siens et son nom fut inscrit dans le livre sacré.     

     

    Derrière ses lunettes de lecture, tout à son livre, mon nouvel ami me glisse  : 

    « C’est l’histoire de l’incarnation de ton âme. »

    En arrivant à Madras, je ne sais que faire : dois-je suivre ou non, cet étrange ami de voyage ? — ce qui n’est pas du tout mon programme, j’ai une gare à trouver, puis 17h de train pour rejoindre mon école de danse dans un autre État du Sud de l’Inde ou m’attendent mes professeurs de danse, d’arts martiaux et de chant — Que faire ? L’avion se pose, le soleil se lève à l’horizon, je dois me décider. Dans le ciel, par le hublot, je vois deux oiseaux voler ensemble : un immense oiseau blanc est suivi par un petit corbeau noir. Je souris. Je décide de suivre mon compagnon de vol — et ce fut la meilleure décision de ma vie.


     

    AU-DEHORS

    À cette époque-là, j’étais encore beaucoup dans l’intellect quant à ma quête. Voici mes premiers échanges avec le Guérisseur. J’ai été assez vite remis à ma place.

     

    Courriel d’Arnaud pour le guérisseur - 22 Décembre 2004 - « Namasté ! »

     

    Et peut-être saurais-tu me conseiller :

    Les vieux mythes étant des mythes que nous avons dans le corps, comme l’alchimie qui se réalise autant à l’extérieur qu’à l’intérieur, il doit être possible de matérialiser ces mythes primordiaux sur scène, et donc de résoudre ces conflits internes tel un exorcisme sur les spectateurs. Mon souci n’est pas de représenter l’image, mais de matérialiser RÉELLEMENT ces énergies sur la scène et de permettre au public de communiquer avec elles. Peut-être aurais-tu une idée sur le « Comment » faire émerger ces idées primordiales de mon corps et afin qu’elles se connectent avec celles du public ?

    Vaste programme, n’est-ce pas ?

     

    Courriel du guérisseur pour Arnaud - 24 décembre 2004 - « Réponse »

     

    Salut poète,

    Content de te savoir en forme. Quant à ta question, reformule-la plus clairement. Il faut savoir si tu veux être acteur ou artiste de music-hall.

    - Si c’est pour le music-hall, n’y mêle aucune « science » occulte. Cela se termine toujours très mal quand il faut payer l’addition.

    - Si c’est pour le théâtre, il te suffit d’y mettre de l’Amour dans ce que tu fais. En effet, l’Amour est toujours contagieux. En résumé, sois un bon acteur.

    Voici enfin la réponse à ta question mal formulée : tu peux demander de l’aide à ceux de Là-haut, il te sera toujours répondu ! Aussi, afin d’avoir une réponse claire, essaie de poser une question claire. 

    Quelquefois la réponse est là où on ne l’attend pas. Tu es aimé, n’oublie pas de montrer ta reconnaissance.

     

    Il est vrai qu’aux questions stupides de l’intellect, les maîtres émettent un pet, nous donnent une claque ou bottent en touche. Par sa réponse, il me mettait cependant sur le seuil d’une des plus grandes portes du chemin « Demander » et me donnait les clefs les plus utiles : l’humilité et la gratitude, comme nous le verrons à la prochaine conférence sur l’Oraison.

     

    Cet homme ma patiemment guidé sur le chemin du dedans. La transmission se faisait de plusieurs manières, il y avait les miracles de son quotidien qui ont ouvert des fenêtres dans mes murs, il y avait aussi mon acte de relater ce qu’il m’arrivait, que ce soit au-dedans ou au-dehors, d’en tisser une histoire. Ensuite, il y avait les mots qu’il mettait dessus, il me faisait comprendre à quelle étape du chemin j’étais, et bien souvent, tout devenait plus simple. Cette compréhension des rythmes et des cycles du chemin du dedans. Et puis, bien-sûr, « la pratique », les transmission d’âme à âme,  dans le silence. Quelques semaines après ma première pratiquer avec lui, il m’écrivait ceci :

     

    Le 23 février 2005 

    Bien Cher Aimé

    Chacun porte en soi une petite étincelle divine autour de laquelle l’être psychique (Psyché = âme) va se greffer et grandir. Ton être psychique a commencé à se montrer : douceur, rencontre d’âme à âme, sublimations… Il n’attend qu’une chose : se mettre davantage en avant ! Ces disciplines que tu pratiques dans cette école indienne (Kathakali, Kallaripayyatu,chant Carpatique), sont un mélange de yoga et de discipline spirituelle. C’est pour cela que tu as progressé aussi vite, et que ton être psychique se sent de moins en moins dépendant de ses instruments : Mental, Vital (désir, sensation, pulsion), et Corps. Laisses-toi dominer par lui ! 

    Quand tu pleures avec ce surcroît d’émotions, tu évacues de vilaines choses : vanité, orgueil…

    Au fait, sais-tu que beaucoup de choses vont par deux : la vanité précède (ou suit) toujours la gourmandise ou la gloutonnerie ; la douceur, quant à elle, précède toujours l’humilité, et d’autres encore…

    Chaque fois que tu auras « accompli quelque chose », remets-toi toujours en position d’humilité, sans laquelle tu ne pourrais rien démarrer.

    Tu as compris également et ressenti que l’être agit de lui- même. Ne pas intervenir, et que souvent, avec l’Amour, nul besoin de contact physique : souviens-toi de tes pleurs face à moi autour de la table, une histoire presque banale entre deux êtres psychiques.

    Vu tes réactions, tu as sans doute dû recevoir « quelque chose » de Là-haut, à laquelle ton Mental n’a pas donné l’importance qu’il fallait.

    La première chose à percer chez toi est l’Amour en tant que Connaissance (du Divin à sa créature, et de la créature au Divin), et, dans le corps physique, cela se retrouve dans le premier petit creux du sternum au-dessus du diaphragme. Prends donc l’habitude de faire l’exercice que je t’ai montré : épaules jusqu’aux oreilles, et, tout en expirant doucement au maximum, rejette tes épaules, et les bras, sans les baisser, comme pour se faire toucher tes omoplates. Et le soir, une fois couché, pose tes doigts de guérisseur sur ce petit creux au moins dix minutes par jour. C’est là, un peu plus bas, derrière la pointe du cœur, où siège l’Amour en tant que Connaissance…

    Si tu sens réellement le besoin d’amener ton être à la surface, c’est que ton évolution est bien commencée. Mais n’oublie jamais, que pour la transformation de ton être psychique et ce rayonnement de l’âme, il faut de la Patience ! Quelquefois, on croit avoir tout perdu, mais il n’en est rien : l’Amour ne meurt jamais ! Continue de te consacrer du temps. Il n’y a là aucun égoïsme. Plus tu rayonneras, plus les autres grandiront à ton contact.

    Des « expériences non-naturelles » vont sans doute voir le jour dans les mois à venir.

    Dis-toi avec certitude que tu ne risques rien tant que tu ne feras pas intervenir ton mental qui doit rester un outil et non un maître.

    De plus en plus belle sera ta vie !!!

    Amitiés, Love


     

    DES MOTS SUR L’INVISIBLE

    Ainsi, peu à peu, sans m’en rendre vraiment compte, j’ai commencé à mettre des mots sur le chemin de ma relation avec la Source, qui est en quelque sorte aussi le chemin des poètes. Le monde intérieur n’a pas d’image, pas de repères fixes, on ne peut lui donner visage qu’à l’aide de la métaphore, comme dans les contes et les paraboles, ou encore l’évoquer par la poésie, la peinture, le chant, la musique et la danse. Mettre des paysages sur des ressentis. Entrer dans la dramaturgie de la vie du dedans. 

     

    CHEMIN D’ACCUMULATION - CHEMIN DE PAUVRETÉ

    Les moteurs du chemin seront la prière, les demandes, l’humilité, l’étude, la discipline, la purification, c’est-à-dire essentiellement désapprendre ce qui nous encombre, et se libérer des blessures. Le guérisseur sera formel sur ce point : « il n’y a rien à apprendre, mais bien au contraire s’alléger du superflu »  se libérer de tout ce qui nous englue, notre éducation, nos traumas, etc.  Et bien sûr, le service.

    Voir Bharata de Daumal, p 117 où il compare la science occidentale qui est concentrée sur l’objet, et qui sera donc une accumulation de connaissance, et celle indienne, tournée vers le sujet, qui sera transformatrice et si je puis dire dépurative.



     

    LAISSER DE LA PLACE

    Quelques semaines après le Tsunami, j’éprouve le besoin d’aller voir les dégâts sur la plage. L’Inde est une telle fourmilière de vie, que je n’arrive pas à croire les photos « choc » qui envahissent la couverture du journal que nous dépose chaque matin ce jeune postier keralais sur le palier de mon école de Kathakali. Ce drame faisant des milliers de mort s’était passé à 1h30 de bus d’ici, où chaque jour je pratique la danse, les arts martiaux et le chant. 

    Un jour de pause, je me décide à me rendre sur la plage la plus proche, plein ouest. Je ne suis pas le seul curieux, il y a des centaines d’Indiens venus voir les maisons emportées et le temple écroulé. Entassés dans le tuc-tuc comme dans un cornet de frites nous sinuons entre les énormes flaques d’eau, les vélos, les motos, les charrettes de légumes et de déménagement, les bus terrifiants, pressés et prioritaires, et enfin les énormes camions jaune « Tata » qui ont l’autorité sur tous les autres véhicules, sauf sur les vaches ruminants peaux de bananes et sacs plastiques, qui sont les reines de la route et que tout le monde laisse passer révérencieusement les deux mains sur le cœur. 

    Soudain le chauffeur se tourne vers moi et me dit : « You go down here. » Sans m’en rendre compte j’avais déjà obéi. Lorsque le tri-roue noir et jaune ainsi que sa pétarade se furent éloignés et eurent disparu dans le virage, je me découvre au pied de trois immenses immeubles roses de plus de quinze étages ! J'entre dans l’enceinte et me trouve nez à nez avec des Occidentaux habillés en blanc qui trainent des sacs de sable et vaquent à mille occupations. C’est ainsi que je découvre l’Ashram d’Amma. Cette femme qui est ici considérée comme une sainte, prend chaque jour des milliers de personnes dans ses bras et enseigne. J’en avait vaguement entendu parler en France. 

    Depuis plus de trente ans, des chercheurs spirituels des quatre coins du globe viennent ici en pèlerinage. Ils ont trouvé en Amma la mère spirituelle qu’ils espéraient. Ils n’étaient que deux ou trois au début, ce soir nous sommes plus de mille cinq cents à assister aux bajans que chante Amma entourée d’une vingtaine de musiciens saisissants.

    Ce matin, je flâne dans la cour et observe chacun à son occupation. La philosophie d’Amma repose sur le Seva, le service : offrir 1h30 de notre temps chaque jour pour rendre service où cela est nécessaire. Nettoyage, école, cuisine,  dégâts du Tsunami, il y a mille choses à faire : une formidable fourmilière de fervents affairés. Moi, je bois un café et note quelques pensées qui me sont venues pendant les chants de la veille. Dans un coin de la cours où vadrouillent mille allées-venues, j’aperçois un vieil indien maigre, longue barbe et tenue de sanyasin. De son œil noir où émane une étrange lumière, il regarde les gens passer. Il est beau cet homme. Quelque chose se dégage de lui. Il y a une beauté inexprimable dans son visage, son regard, j’en suis saisi. C’est comme la beauté même : une beauté qui serait bonté. Sans m’en rendre compte, je suis déjà en train de marcher vers lui. Oui, il faut que je lui dise, il faut que je lui dise qu’il rayonne, qu’il est beau ! 

    Om Namah Shivaïa !

    Om Namah Shivaïa !

    Monsieur, je voulais juste vous dire que vous êtes beau !

    Oh non ! me répond-il — presque honteux que je me sois déplacé pour lui dire cela — ce n’est pas moi qui suis beau ! Je laisse simplement assez de place à l’intérieur de moi pour que Dieu puisse venir y loger.



     

    CARTOGRAPHIER L’INVISIBLE  : LES CYLCES ET LES  3 ÉTAPES

    Sur ce chemin, plusieurs cycles, plusieurs étapes, plusieurs manières de les aborder.  Saint-Thérèse d’Avila parle de 7 demeures à rencontrer dans son « Château de l’âme « . Sainte Catherine, Grégoire de Nysse et Basile de Césarée décriront 3 étapes. La première lorsque nos actions sont poussées par la crainte de châtiment, c’est-à-dire l’état d’esclave. (C’est pour cela que l’on dit que la crainte doit devenir Sainte. (cf 7 Dons de l’Esprit Saint, prochaines conférences ) La seconde lorsque nos actions sont poussées par les bénéfices que nous recevons en faisant le bien, c’est l’état de mercenaire. La troisième, lorsque nos actions sont poussé par l’amour même du Créateur, c’est la disposition des enfants. (Lire les textes des « Trois étapes » sur mon site. )

    L’art peut donner un visage à ce qui n’en a pas : contes, paraboles, poésies et gestes deviennent autant de cartes intérieures pour explorer les paysages du dedans. Le chemin raconte une histoire, une dramaturgie. 

    Une autre manière de témoigner ces trois étapes sont avec le conte des Papillons




     

    PERDU SUR LE CHEMIN

    Ainsi commence le chemin du dedans, se perdre et se retrouver, le Bien-Aimé apparaît et disparaît, nous entrons dans une narrative. Peu à peu nous découvrirons les 3 moteurs du chemin : demander - écouter - donner.  

    Le guérisseur a reçu l’illumination d’un coup, il n’y a pas eu de quête, c’était surtout pour lui, une question d’accepter, ce qui lui arrivait. De temps en temps, il faisait un pas dans ce sens, son mental se calmait et puis de nouveau lui arrivaient des choses impossibles et ils se sentait complètement ballotté. Un soir de plus, qu’il s’adressait au Ciel en radotant cette même prière : « S’il vous plaît, aidez-moi, guidez-moi, je me sens complètement perdu ! » Il lui fut répondu du tac au tac : «  c’est signe que tu es sur le bon chemin. »  

     

    DIALOGUE AVEC L’ANGE

    Au passage, un très beau témoigne du chemin intérieur, avec un vocabulaire contemporain est Dialogue avec l’Ange, les notes d’événements qui se sont passé pendant la guerre de 40 en Hongrie. À découvrir sur mon site : Gitta.

     

    DEMANDER - LA PRIÈRE DES VERTUS

    Au fils des années, outre les demandes chaque soir avant de m’endormir, le guérisseur m’a donné plusieurs prières qui lui étaient venues. Je vous conterai peut-être de quelle manière. Voici celle qui m’a le plus accompagné, lorsque j’avais peu de temps, celle-ci était mon unique pratique de la journée.

     

    1-Que la Foi me pénètre au plus profond de mon être et fasse de

    moi sa demeure à jamais. Que la Foi grandisse en moi tous les

    jours de ma vie jusqu'au dernier jour de ma vie.

    2-Que la Tempérance (modération, équilibre en toute chose) me

    pénètre...

    3-Que la Force ...    

    4-Que la Patience...

    5-Que la Simplicité    

    6-Que l'Innocence...

    7-Que la Sainteté...    

    8-Que la Gaité...

    9-Que la Vérité...    

    10-Que l'Intelligence divine...

    11-Que la Concorde...    

    12-Que la Charité..

     

    La voici en audio : 

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     


     

    CONCLUSION

    Voici pour le chemin du dedans. Les liens humains sont très importants sur le chemin. Ils nous nourrissent en profondeur. Se passent des transmissions. Naissent des symboles. Nous mettons des mots sur notre propre chemin du dedans. Nous le parcourons et notre art en est un témoignage. Racontons-nous nos histoires, nourrissons-nous du chemin des uns et des autres. Lisons, écoutons la vie des Saints et des Sages, ce qui fut, d’ailleurs, le point de départ de la vie de plusieurs saintes et saints. 

    Je suis en ce moment en train de préparer une version longue (7 spectacles) des Oiseaux de Compostelle, composé de contes de sagesse, de poèmes mystiques et d’hagiographies. Je cherche ce qui est nourrissant dans nos histoires, dans nos mythologies pour en faire des contes et des spectacles. Dans l’art scénique, j’apporte tout ce que j’ai appris des autres formes du chemin du dedans : respiration, paroles, posture, état intérieur, préparation, prières, chant, mouvement, tout ce que l’espace de la scène permet. 

    Marchons ensemble sur les sentiers du dedans. Une des premières demeures est l’ORAISON. Suite à la prochaine réunion.

    Je vous rappelle la petite pratique proposée à faire chez vous pour préparer nos retrouvailles : pour l’oraison d’introduction, écrire sa propre oraison, sa petite prière, avec votre vocabulaire. Consigne d'écriture (de Sainte Thérèse d'Avila) : « Considère plus à qui tu parles que ce que tu dis. »

     

    À ce propos,  je souhaiterai s plus de discipline lors de l’Oraison , c'est-à-dire plus d'attention, c'est-à-dire plus d'amour. Ce moment très important scelle notre réunion et aiguille le cap de notre navire dans une direction. Présence, Attention, et Intention sont requises. C’est un moment pour se mettre ensemble en présence du Bien-Aimé, de la Source qui rend toute chose simple. Que nos paroles lui soient directement adressées.  

    Le fait que nous ne soyons pas physiquement dans la même pièce peut être un obstacle, le fait qu'il y a des manipulations à faire, ouvrir le micro, fermer le micro, tout cela sont des petites difficultés qui peuvent parasiter notre offrande. Pour cette raison, redoublons de présence, et veillons à ce que notre parole soit "verticale", qu'elle soit adressée à la Source (avec le nom qui nous convient le mieux", mais qu'elle ne soit pas "horizontale", c'est-à-dire "mondaine". Ces petits détails sont le thème même de notre prochaine réunion, nous aurons le temps d'en parler, mais je souhaitais déjà nous inviter dans ce sillage.

    Gratitude.

     

    Vers un stage, une pratique ou réunion d'été :

    Je suis en train de préparer un programme de 5 jours, avec Pratiques ultramarin es , Oraison & Prières  pour le training puis création collective de saynètes sur  un thème qui sera défini d'ici là. Pour l'instant, j'hésite entre le Royaume , les Mystères Joyeux , des fioretti de Saint François ou encore des passages de la vie Yvonne-Aimée.  

    CONFÉRENCE 3

    ORAISON & POÉSIE

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    MÉDITATION GUIDÉE

    Bonjour. Bienvenue dans cette oraison. Pour cette prochaine minute, je vais vous guider avec ma voix. Vous pouvez continuer votre silence intérieur ou vous laisser vous laisser porter par ma voix. 

    En premier lieu se relier avec la source dire bonjour à l’intérieur. Avec votre cœur, vous adresser à cette force d'amour et lui dire : viens, viens, plonge au plus profond de mon être. Plonge encore, encore plus profond dans chacune de mes cellules, tout au fond de mon corps, tout au fond de mon âme, tout au fond de ma psyché, s'il te plaît, souffle d'amour ,envahis-moi de toi. Purifie-moi, guéris-moi Restaure l'harmonie au fond de moi. Guide-moi. Merci pour ta présence, merci pour ta lumière. Merci pour ta guidance. Je te demande pardon pour toutes les fois où je t'ai empêché d'agir en moi, où je t'ai fait obstacle. Où je t'ai empêché de venir me traverser, d'œuvrer à travers moi. Pour toutes les fois où j'ai manqué de considération à ton égard. Pour toutes les fois où je n'ai pas pris soin de la vie qui est en moi. Pour toutes les fois où je me suis fait mal. Je me pardonne pour cela, s'il te plaît, guide-moi éclaire-moi et apprends-moi. Viens, viens, s’il te plait, pénètre au plus profond de mon corps et de ma psyché et lave-moi, régénère-moi, purifie-moi, guéris-moi, restaure l’harmonie ! » 

    Gratitude. 

     

     

    INTRO

    Le thème d'aujourd'hui, c'est l'oraison. Si j’ai décidé d’en faire un chapitre entier, c’est qu’avant de rencontrer ce mots dans la bouche des mystiques, je n’en n’avais jamais entendu parler et, à qu’à travers mes recherches, en étudiant la vie et les pratiques des mystiques, je me suis rendu compte que c'était une chose vraiment très importante pour eux. Comme on le verra ci-dessous, l’oraison est une pratique fondamentale pour des personnes comme Sainte Thérèse d’Avila, Sainte Thérèse de Lisieux, Saint Jean de la Croix, Sainte Catherine de Sienne, Rumi, Attar, Tagore, pour ne citer que les noms les plus connus. Je me suis aussi rendu compte que les personnes qui pour moi agissaient d'une manière très bénéfique, tous ces exemple de charité, avaient toujours un lien continuel que ce soit avec Jésus, avec la source, avec Dieu. Toutes ces personnes avaient ce point commun d’entretenir ce lien continuel, ce dialogue avec la source de toute chose. Cette pratique, dès que je l’ai appliqué dans ma vie, m’a beaucoup aidé.

    Chacun a sa manière de le faire et de l’exprimer, nous allons parcourir différentes vision.

     

    Maître Philippe de Lyon, par exemple, et je vous invite à découvrir ce thaumaturge du XIXe siècle qui habitait à Lyon, se retirait chaque soir, cvers 18h30 ou quelque chose comme ça, disait qu’il avait besoin d’être seul pendant une heure car il avait « rendez-vous avec son Ami ».

    En savoir plus sur la page : 

     

    Cette rencontre intime peut bouleverser le cours d’une vie. En voici un exemple que j’ai rencontré sur mon chemin de pèlerin :

     

     

     

     

    UN APRÈS-MIDI SUR LA TERRE

     

     

    De retour sur le chemin de Saint Jacques avec mes Oiseaux. Cela ne fait que deux jours que je marche et pourtant les rencontres et les mouvements intérieurs sont d’une rare intensité. C’est le début de l’été, et dans la descente de Saint-Privat-d’Allier, mes pas s’ajustent avec ceux de Bruno. T-shirt bleu et cheveux blanc, grand et serein. Je l’avais déjà croisé la veille, il avait l’air d’être le porte parole d’une quinzaine de personnes, tous anciens d’une Chorale. Ils feront d’ailleurs au soir l’ouverture de mon spectacle sur le parvis de Saugues par un de leur chant. Nous descendons de la colline, la terre est rouge et sèche, nous sinuons entre petits bois ombragés et champs de blé éblouissants. C’est la première fois qu’il marche sur Compostelle, et pourtant, cet homme là, c’est comme s’il avait toujours été pèlerin. Je me sens bien à marcher à ses côtés. Nous parlons de la force de ce chemin où chacun se rencontre. Il me confie :

    • Quelque fois la rencontre n’est pas forcément où on l’attend. Il y avait une femme de notre paroisse qui souhaitait faire le chemin. Quand sa décision fut prise, elle fut voir son mari pour lui dire qu’elle partirait marcher vers Saint Jacques et que, s’il le souhaitait, il pouvait l’accompagner. Lui, ne venait plus à l’église, il n’était plus du tout relié à tout cela, mais il la laissait faire. Il lui répondit : « Oui, cela me plairait de t'accompagner, mais moi, ce sera pour la randonnée et faire des photos. Et je ne veux pas entendre parler de tes bondieuseries. » « Très bien », lui avait-elle répondu. Et c’est ainsi qu’il sont parti tous les deux en direction de Compostelle. Chacun son rythme, chacun son chemin. Elle s’arrêtait prier dans chaque chapelle. Lui, faisait ses photos de coucher de soleil. Ils se retrouvaient le soir à l’auberge, tout allait très bien. Et les jours passent. Un matin, son mari avait pris les devants du chemin. Quand elle arriva à sa hauteur, elle le découvrit assis dans une posture singulière, non que la posture soit étrange en soi, mais elle ne l’avait jamais vu assis de cette manière. Il était sur le bord du chemin, les yeux vers l’horizon, et semblait parler à voix basse à quelqu’un. Cependant, il n’y avait personne. Elle voulu tlui dire un mot, savoir si tout se passait bien. Il lui fit signe de ne pas le déranger, que tout allait très bien, qu’ils se retrouveraient plus loin. Ainsi fut-il. Au soir à l’auberge, quand son mari arriva, elle ne le reconnu pas, tellement sa démarche avait changé. Il était complètement transformé, de visage, de cœur, d’allure. Il s’assis à sa table et lui prit la main. Ils se sont regardé. Après un long silence son mari lui dit : « J’ai été avec Jésus tout l’après midi. Nous avons beaucoup parlé, beaucoup échangé. » Cela a changé sa vie. Il est revenu parmi nous et s’est fait confirmer. Sa conversion soudaine nous a porté nous aussi.

     

     

    L’oraison signifie, de manière générale, ce lien intime et personnel que l’on entretien avec Dieu. Nous venons de voir une rencontre brutale, une véritable conversion. Sainte Thérèse d’Avila, quant à elle, va parler d’une rencontre avec des degrés. Pour elle, nous sommes hors de nous-même, il nous faut en premier pénétrer à nouveau dans le château de notre âme, puis aller, de demeure en demeures (au nombre de 7) vers l’intérieur, jusqu’à pénétrer et demeurer dans la chambre secrète où siège le Christ tout au centre. Voici quelques passage de ses écrits pour vous faire rencontrer son souffle. Pour en savoir plus vous pouvez consulter la page que je lui ai dédié ou directement se procurer ses ouvrages. 

     

     

    Le Château de l’âme 

    ou le Livre des Demeures

    Saint Thérèse d’Avila

     

     

     

     

    L’Oraison est un chemin qui mène à la perfection de la charité et pour certains à l’union mystique.

    1. Croire qu’elle est possible

    2. On ne peut la forcer, mais s’y disposer par l’humilité, la pureté de conscience, le don de soi dans le service des autres (bases de l’ascèse thérésienne)

    3. Dieu ne se donne entièrement à nous que lorsque nous nous donnons entièrement à Lui. Il n’y a qu’à se soumettre à Sa volonté. Ces biens qui Lui appartiennent, le Seigneur les donne quand Il veut, comme il veut, et à qui Il veut, sans faire de tord à personne.

    4. Extase, ravissement, élévation, envol d’esprit, rapt, transport, suspension. Le phénomène de l’extase est dû à l’irruption, généralement brève, de la lumière et de l’amour divin dans les facultés spirituelles.

    5. Croyez-moi, le plus sûr est de ne vouloir que ce que Dieu veut, il nous connaît mieux que nous ne nous connaissons nous-même, et il nous aime. Remettons-nous entre ses mains pour que sa volonté s’accomplissent en nous.

    Les grâces mystiques ne sont pas nécessaires pour atteindre la perfection, avec laquelle il ne faut pas les confondre.

     

     

    Premières Demeures

     

    L’âme est comme un château qui renferme beaucoup d’appartements, ainsi que le ciel qui renferme beaucoup de demeures.

    Ce château est fait à l’image de Dieu, il a donc une dignité sublime et est beau. Il n’est rien de comparable à l’éminente beauté et la vaste capacité de l’âme.

    Nécessité de se comprendre soi-même et de savoir ce que nous sommes.

    Quel est Celui qui habite au dedans de notre âme?

    Quelle en est la valeur inestimable? 

    Beaucoup d’appartements, au centre se trouve le principal, celui où se passent des choses très secrètes entre Dieu et l’âme.

    Comment pénétrer dans ce château? De nombreuses âmes se trouvent dans l’enceinte extérieure du château, malgré la noblesse de leur nature et le pouvoir qu’elle ont de converser avec Dieu Lui-même. Pour l’Oraison, il est conseillé à l’âme de rentrer au-dedans d’elle-même.

    Certaines âme, en effet, sont tellement infirmes et tellement habituées à ne s’occuper que des choses extérieures, qu’on ne saurait les en tirer et qu’elles sembles dans l’impuissance de rentrer en elle-même. Elle ont déjà contracté une telle habitude de vivre au milieu des reptiles et des bêtes qui se trouvent autour du château qu’elles en ont pris, pour ainsi dire, la ressemblance. Malgré la noblesse de leur nature et le pouvoir qu’elles avaient de converser avec Dieu lui-même, elles ne sont point sorties de cet état.

    La Porte qui donne l’entrée à ce château est l’oraison et la considération.

    La prière où l’on ne considère ni à qui l’on parle, ni ce que l’on dit, ni la nature de celui qui prie, ou celle de celui à qui l’on s’adresse, je ne saurai l’appeler oraison. Or c’est une grande chose pour trouver la porte de ce château que de se connaître soi-même et de constater que l’on suivait une mauvaise route. 

     

    Même si le Seigneur nous invite dans sa demeure, ne pas oublier qui l’on est. Une âme humble travaille toujours comme l’abeille qui fait son miel dans la ruche. 

     

    Vous pratiquerez beaucoup mieux la vertu en considérant les perfections divines qu’en tenant toujours le regard fixé sur votre propre limon.

    Tant que nous vivons sur la terre, il n’y a rien de plus nécessaire pour nous que l’humilité. Il est très bon de s’appliquer à entrer dans la demeure où l’on s’occupe de cette vertu avant de prendre son vol vers les autres, parce qu’elle est le chemin qui y conduit.

     

    Nous n’arriverons jamais à nous connaître nous-même si nous ne cherchons à connaître Dieu. La vue de sa grandeur nous montrera notre bassesse ; celle de sa pureté, nos souillures, et son humilité nous découvrira combien nous sommes loin d’être humbles. Jeter tout à tour son regard sur Dieu et sur soi-même.

    Portez vos regard sur le Seigneur, c’est là que vous apprendrez la véritable humilité ; portez-les également sur les saints ; cette vue ennoblira votre entendement, et la connaissance de vous-même ne vous rendra plus rampantes et pusillanimes.

     

    Toujours demander le secours de Dieu et veiller.

    La perfection consiste dans l’amour de Dieu et du prochain.

     

    (Si l’on voit un défaut chez un frère ou une soeur du chemin, n’en parler qu’à la personne qui peut y apporter un remède, afin de lutter contre la médisance et empêcher le démon de refroidir la charité et l’amour que nous nous portons les uns pour les autres)

     

     

    DEUXIÈMES DEMEURES

     

    Les âmes qui habitent les secondes demeures entendent donc les appels que leur adresse le Seigneur, parce qu’elles sont plus rapprochées du palais où réside le Dieu de toute majesté. Cette voix et ces appels du Seigneur ne ressemblent pas à ceux dont il sera question plus tard. Il nous parles ici par l’intermédiaire de gens de bien, de sermons, ou de livres de piété que nous lisons ; il emploie, en outre, beaucoup d’autres moyens que vous connaissez, comme les maladies, les épreuves, ou enfin une vérité qu’il nous enseigne dans ces moments que nous consacrons à l’oraison. 

    Si peu fervente que vous supposiez cette oraison, Dieu en fait grand cas. Quant à vous mes sœurs, prenez garde d’avoir peu d’estime pour cette première grâce, et ne vous découragez point si vous ne répondez pas immédiatement à la voix du Seigneur. Sa majesté sait attendre des jours et des années, surtout quand elle découvre en nous de la persévérance et de bons désirs. C’est la persévérance qui est le plus nécessaire ici, dès lors qu’elle nous aide toujours à gagner beaucoup.

    Entrez plus profondément, là où tout est suave, parce que l’âme ne veut que ce que Dieu veut.

     

    L’unique ambition de celui qui commence à s’adonner à l’oraison doit être de travailler à s’affermir dans les bonnes résolutions, et de négliger aucun moyen pour rendre sa volonté conforme à celle de Dieu.

    Plus votre volonté sera conforme à celle de Dieu, plus vous recevrez de Lui, et plus vous serez avancés dans la voie de la perfection.

    Lorsque l’on a perdu le recueillement, il n’y a point d’autre remède que de le chercher de nouveau, sans cela, l’âme le perdra chaque jour d’avantage.

     

    TROISIÈMES DEMEURES

     

    Sécheresse : manque d’humilité. Puiser dans la sécheresse l’humilité et non l’inquiétude.

    l’amour doit être prouvé par les oeuvres.

     

    Puisez dans les sécheresses l’humilité et non l’inquiétude, comme le prétend le démon. Croyez-moi, l’âme qui possède une humilité vraie, ne recevrait-elle jamais de Dieu la moindre consolation, se tiendra dans une paix et une conformité parfaite à sa volonté, et elle sera plus heureuse que d’autres au milieu des consolations.

     

    Apprenez à vous connaître et vous éprouver avant que Dieu ne s’en charge.

     

    L’humilité est toujours le remède à nos plaies.

     

    Considérons nos propres fautes et non celles du prochain.

     

    QUATRIÈMES DEMEURES

     

    (Elle aborde ici le thème des grâces, de satisfactions qui peuvent nous arriver pendant l’oraison.)

     

    Le Seigneur accorde ses faveurs quand il veut, comme il veut, à qui il veut.

     

    L’important n’est pas de penser beaucoup mais d’aimer beaucoup. Faites donc ce qui stimulera davantage en vous l’amour.

    Celui qui aime le plus n’est pas celui qui a le plus de consolations, mais celui qui est le plus résolut à contenter Dieu en tout.

     

    Ceux qui pratiquent l’oraison ne doivent pas se plaindre des afflictions dans lesquelles ils tombent, mais recevoir ces épreuves intérieures comme le moyen d’éprouver leur foi, de la faire grandir, de la renforcer. Ainsi donc nous ne devons ni nous troubler, ni abandonner l’oraison ; c’est là ce que cherche le démon. Il n’est donc pas bien de nous laisser troubler par des pensées importunes, ou d’en éprouver de la peine. Ne nous en préoccupons donc point ; et si elles viennent du démon, il cessera en voyant une telle attitude. Ne soyons donc ni troublé, ni affligé ; laissons aller ce traquet de moulin et sachons moudre notre farine, en tenant notre volonté et notre entendement toujours occupé.

     

    Il y a au-dedans de nous-mêmes de si profonds secrets que nous ne comprenons pas.

     

    Il n’y a aucun effort, ni contrôle de sa respiration, il n’y a qu’à se remettre entre les mains de Dieu, pour qu’il fasse de nos âmes ce qu’il voudra, avec le plus complet désintéressement de son avancement qu’elle pourra et la plus complète résignation au bon vouloir de sa majesté.

     

     

     

    CINQUIÈMES DEMEURES

     

    Union dans l’Oraison.

    Nous pouvons nous préparer, mais c’est Lui qui décide. 

    Nos oeuvres doivent manifester notre amour de Dieu et du prochain.

    Progresser, chercher à se connaître et demander le support de Dieu sans cesse.

    Toujours croire que Dieu peut apporter de nouvelles faveurs et des grâces plus élevés, sinon, c’est s’y fermer.

    Il nous suffi de comprendre que la puissance de Celui qui agit est infinie.

     

    Ce sont des oeuvres que le Seigneur demande de nous.

     

    SIXIÈMES DEMEURES

     

    Dieu ne nous donne pas plus à supporter que nous ne le pouvons. Il commence d’ailleurs par accorder la patience. Il y a d’autres peines qui viennent du démon ; elles sont extérieures, et il n’y a de motifs d’en parler car le démon ne peut aller au-delà de ce qu’il plait à Dieu de lui permettre.

    Les forces du démon n’atteignent que l’extérieur, aussi, les peines qu’il donne ne sont jamais, à mon avis, accompagnées de saveur ou de paix ; elles sont plutôt pleines d’inquiétudes et de troubles.

     

    Sachons tirer profit de nos fautes elles-même, pour bien connaître notre misère, et qu’elles nous donnent une meilleure vue, comme la boue la rendit à l’aveugle qui fut guéri par notre Époux !

    Le Seigneur n’a qu’un désir, celui de trouver des âmes à qui il puisse donner ; car ses largesses n’appauvrissent point ses trésors.

     

    Grandir la connaissance de la grandeur de Dieu, la connaissance de nous-même et l’humilité.

    Les larmes qui viennent de Dieu donnent la paix.

     

    Vous comprendrez très bien quand vos larmes viendront de Dieu ; car, loin de troubler, elle donner plutôt la force et la paix. N’allons pas nous imaginer, non plus, que tout est fait parce que nous aurons beaucoup pleuré. Mettons généreusement la main à l’oeuvre et appliquons-nous à la pratique des vertus. 

     

     Aussi, mes Soeurs, ce qu’il y a de mieux pour nous, c’est de nous mettre sous le regard de Dieu, pour considérer d’un côté sa miséricorde et sa magnificence et de l’autre notre propre bassesse. Ensuite, qu’il nous donne ce qu’il lui plaira, soit de l’eau, soit de la sécheresse. Il sait mieux que nous ce qui nous convient. Nous suivrons alors notre chemin en paix, et le démon n’aura pas tant d’occasion de nous tendre des pièges.

    Le Seigneur accorde les faveurs en nous donnant d’abord une profonde connaissance de nous-même.

     

    … elle s’est retrouvé elle-même, et comme le père de l’enfant prodigue, elle voudrait

    La douleur des pêchés commis croît en effet d’autant plus dans une âme qu’elle reçoit davantage de Dieu.

     

    Je recommande au prieures d’agir avec beaucoup de prudence. On ne doit pas s’imaginer qu’une soeur est plus parfaite que les autres parce qu’elle est l’objet de telles faveurs. Notre-Seigneur conduit chaque âme comme il le juge bon pour elle. Ces faveurs sont un secours, pour aider l’âme à devenir une grande servante de Dieu, si elle fait ce qui dépend d’elle ; parfois cependant Dieu conduit les plus faibles par cette voie ; on ne saurait donc ni condamner ni approuver ces âmes ; il faut considérer la vertu. Celle qui sera la plus mortifiée et la plus humble, ou qui servira Notre-Seigneur avec le plus de pureté de conscience, sera aussi la plus sainte.

     

    Il ne faut pas demander ou désirer des visions :

    1. c’est un manque d’humilité que de vouloir qu’on vous donne ce que vous n’avez jamais mérité.

    2. il est très certains que l’âme est déjà trompée ou très exposée à l’être, car le démon n’a besoin que de voir une petit porte entr’ouverte pour nous tendre toute sorte de pièges.

    3. une fois l’imagination placée sous ce désir ardent, on se figure voir et entendre ce que l’on veut.

    4. c’est une hardiesse excessive que de prétendre choisir nous-même notre voie, sans savoir celle qui nous convient le mieux.

    5. pourriez porter les lourdes croix endurées par les âmes qui sont l’objet de ces hautes faveurs ?

    6. on ignore si l’on ne perdra pas là où l’on croyait trouver un gain.

    Enfin mes Soeurs, outre ces raisons, il y en a encore d’autres. Mais croyez-moi, le plus sûr est de ne vouloir que ce que Dieu veut ; il nous connaît mieux que nous-mêmes, et il nous aime. Remettons-nous entre ses mains, pour que sa volonté s’accomplisse en nous.

     

    Dans le cas où vous auriez une vision, vous ne devez pas vous en troubler ni vous en affliger ; car le démon gagnerait beaucoup par là. Il prend un très grand plaisir à voir l’âme dans la désolation et l’inquiétude, car, alors, comme il le constate, il l’empêche de s’employer tout entière à aimer et à glorifier Dieu.

     

     

    SEPTIÈMES DEMEURES

     

    Les grandeurs de Dieu n’ayant point de limites, ses oeuvres, non plus, ne sauraient en avoir. Qui pourrait nous raconter toutes ses miséricordes et toutes ses magnificences ?

    Chacun de nous a une âme mais comme nous n’avons pas pour elle l’estime que mérite une créature faite à l’image de Dieu, nous ne comprenons-point les secrets qu’elle renferme.

    Mon unique ambition est de publier les Miséricordes du Seigneur afin que son nom soit loué et glorifié davantage. 

     

    l’âme est comme un monde intérieur où se trouve des demeures nombreuses et resplendissantes. 

    Notre-Seigneur dit dans le saint Évangile qu’il viendra lui-même avec le Père et le Saint-esprit habiter dans l’âme qui l’aime et qui garde ses commandements.

     

     

    Union de l’âme avec Dieu: c’est que l’âme ou l’esprit de l’âme est devenue une seule chose avec Dieu.

    Paix dans l’adversité.

    L’âme dans cet état est embrasé d’un tel désir que la volonté de Dieu s’accomplisse en elle qu’elle trouve bon tout ce qu’il ordonne.

    Vous ferez un acte d’amour, ou vous direz comme saint Paul : Seigneur que voulez vous que je fasse ? Sa Majesté vous enseignera alors beaucoup le moyens de lui être agréable.

     

    C’est ici que l’on donne à cette biche mystique blessée d’amour les eaux vives en abondance pour s’y désaltérer ; c’est ici, dans le tabernacle de Dieu que l’âme se voit comblée de délices. C’est ici que la colombe, comme celle que Noé avait lâchée pour voir si le déluge avait cessé, trouve le rameau d’olivier, c’est-à-dire le signe qu’elle a enfin rencontré la terre ferme au milieu des eaux et des tempêtes du monde. O Jésus, que ne connaissons-nous tous les trésors que doit renfermer la sainte écriture  et qui nous feraient comprendre cette paix de l’âme !

     

    Les croix ne manquent pas mais elle ne les troubles ni ne leur font perdre la paix : elles passent promptement comme une vague ou quelque tempête, et le calme revient.

    Parfois, en effet, Notre-Seigneur les laisse à leurs propres forces naturelles. Il semble alors que toutes les bêtes venimeuses qui sont dans les alentours et dans les demeures du château se conjurent contre ces âmes pour se venger du temps où elles n’ont pu les avoir sous la main.  Il est vrai que cet état dure peu, tout au plus un jour ou à peu près. Cette grande agitation vient ordinairement de quelque circonstance extérieures, montre à l’âme ce qu’elle gagne dans la bonne compagnie où elle vit.

    Les tempêtes intérieures sont rares mais notre Seigneur les permet pour que l’âme ne perde pas de vu ce qu’elle est et qu’elle reste toujours humble.

     

    Tel est le but de l’oraison, mes filles; voilà à quoi sert le mariage spirituel qui doit toujours produire des œuvres, et encore des oeuvres. 

    Qui n’avance pas recul ! Pour moi, je regarde comme impossible que l’amour, là où il est, se contente de rester dans le même état.

     

    Il est impossible d’arriver à toutes ces demeures par nos propres forces, c’est le maître du château lui-même qui peut nous y introduire.

     

    Si vous persévérez à y revenir souvent, vous pouvez le servir de là avec tant de fidélité qu’il vous introduira dans celle qu’il s’est réservée pour lui-même. 

    Une fois dans cette demeure, n’en sortez jamais plus, à moins que vous soyez appelées par la prieure, à qui ce Maître souverain veut que vos obéissiez comme à un autre lui-même; et si longtemps que l’obéissance vous tienne éloignée, il vous ouvrira toujours la porte à votre retour. Quand vous serez habituées à gouter les délices de ce château, vous trouverez le repos en tout, même dans les épreuves les plus pénibles; car vous garderez l’espoir d’y retourner, et cet espoir, personne ne pourra vous le ravir.

     

    J’ai parlé de sept demeures seulement. Mais chacune d’elles en contient beaucoup d’autres : il s’en trouve en bas, en haut et sur les côtés, avec de splendides jardins, des fontaines et des choses tellement ravissantes que vous désireriez vous consumer dans la louange de ce grand Dieu qui a créé un pareil château à son image et ressemblance.

     

     

    PAGE CONSACRÉE À SAINTE THÉRÈSE D’AVILA : 

     

     

    Les 5 piliers. 

    1. la considération

    2. le pardon

    3. la demande d’aide

    4. la gratitude

    5. le don

     

    J’ai découverts 5 piliers qui sont comme des explorations. 

     

    En premier lieu, la considération, dans le sens où Plus on offre de l'amour, de la force de la révérence à quelque chose, plus celle-ci nous envahit. Si j'ai du mépris, je ne peux pas recevoir.  Plus il y a de l'amour  et de la considération, plus on va pouvoir laisser entrer cette énergie, ouvrir les portes en fait à se laisser porter. 

     

    Second pilier : le pardon. Je le vois comme une chose très mécanique, comme la dissolution d’un mur. Demander pardon à la Source pour s’être coupé d’Elle s’est la retrouver et la laisser s’infiltrer au plus profond de nous-même. 

    Il y a cette parabole très connue du fils prodigue. Il y a un petit détails que je trouve bouleversant. Lorsque le fils revient et qu'il retrouve son père, il lui dit : « je ne suis pas digne d'être appelé ton fils ». Un mur s’effondre. C’est à ce moment-là que son père le prend finalement dans ses bras. 

    Nos aveux de faiblesse, bien souvent, offrent à l'amour de pénétrer plus profondément dans toute nos demeures, au-delà de nos résistances. Et Jésus précise : « Alors qu’il était encore loin, son père le vit ». Ce qui signifie que même lorsque nous nous éloignons de l’amour, lorsque nous le renions, le combattons, le fuyons, celui-ci, inlassablement nous attend, nous espère et nous tend les bras à la prime§re occasion de rencontre.  

     

    Troisième pilier, la demande d'aide. Encore une fois de la mécanique de psyché. Aveu de faiblesse.  Demander de l’aide, c’est reconnaître qu'on a besoin de cet amour. C’est avoir l’humilité de lui ouvrir la porte. ça lui permet d’entrer.  On peut pas demander de l'aide si on est dans un état d'orgueil. Demander de l’aide ouvre les porte pour du lien.

     

    En quatrième pilier, c'est la gratitude qui fait frissonner cet amour qui est en nous et l’élance vers le ciel et nous redescendant sous forme de joie. 

     

    Le cinquième pilier c'est l'action grâce, le don, l’amour qui déborde dans l’espace et le temps.

     

     

     

    SAINTE CATHERINE

    XIVe sicècle. Encore une fois pour vous faire rencontrer son feu. Mon maître avait fait un petit résumer du livre des Dialogues. Ce livre fut, le second à être imprimé après la bible en Italie dans ce siècle de la naissance de l’imprimerie. Saint Catherine avait de nombreuses extases. Ce texte aurait été recueilli par trois greffiers pendant que Sainte Catherine, en lévitation, aurait eu un dialogue de 5 jours avec le Seigneur. Elle lui aurait posé des questions, Dieu aurait répondu et les trois hommes à ses côté auraient noté tout ce qui sortait de sa bouche. En lisant ce résumer, je suis tombé sur cette phrase que Dieu dit à la Sainte : « Vous ne pouvez vivre sans amour car je vous ai créés par amour ». Cela a été foudroyant pour moi. Je me suis mis à dévorer ce livre. Si je n’avais pas eu cette rencontre, je crois — quant au style et au vocabulaire et à mes conceptions sur le Christianisme à l’époque — je n’aurais pu continuer après le premier paragraphe. Cet ouvrage a été mon livre de chevet pendant 7 années. Je l’ai presque entièrement recopié me semble-t-il. Les premières années j’y lisait la déclaration d’amour d’une nonne envers son Créateur. Ensuite, j’ai compris que c’était bien plutôt une déclaration d’amour du Créateur envers l’humanité. En voici quelques extraits. Tout au long des dialogues, y est mentionné l’importance de la double connaissance : de Dieu et de soi-même, pour avancer sur le chemin. Admirer les beautés de l’amour et améliorer en nous ce qui peut l’être. C’est avec l’Esprit-Saint que l’on peut descendre dans nos profondeurs, porté par la lumière.

    La suite sur la page de site dédié à Sainte Catherine.

     

     

       

    L’oeil voilant ainsi dans la connaissance de moi-même et de soi-même, l’âme élève continuellement une prière remplie de sainte et bonne volonté. C’est l’oraison continuelle.

    À quoi reconnait-on une foi vive? À la persévérance dans la vertu à ce qu’on ne tourne pas la tête en arrière quoi qu’il advienne ; à ce qu’on abandonne plus la sainte oraison pour quelque prétexte que ce soit. Prends bien garde : en dehors d’un motif d’obéissance ou de charité on ne doit jamais abandonner l’oraison.

    Sache mon enfant que c’est dans l’oraison humble, continuelle et fidèle, que l’âme acquiert toute vertu si elle y persévère. 

    Ce qu’elle ne doit pas faire c’est prier vocalement sans prier mentalement. Cela veut dire qu’elle doit, en même temps qu’elle prie des lèvres, s’ingénier à élever et diriger son esprit vers mon amour, en considérant ses défauts en général et le sang de mon fils elle saura voir toute la grandeur de la charité et la rémission de ses péchés. La connaissance qu’elle aura ainsi d’elle-même et la considération de ses péchés lui feront alors connaître que ma bonté agit en elle et qu’elle doit continuer à prier avec humilité. 

    Je ne veux pas que les fautes soient considérées en particulier : l’esprit risque de se contaminer au souvenir des péchés vraiment trop laids. Elle ne doit pas non plus considérer seulement ses péchés, mais considérer et se souvenir du sang et de toute ma miséricorde afin de ne pas tomber dans le trouble et la confusion. En effet, si la connaissance de soi-même et considération de ses fautes n’étaient pas unies au souvenir du sang et à l’espérance dans ma miséricorde, elle tomberait dans la confusion. Elle rejoindrai le démon car c’est lui qui l’a amené, sous prétexte de contrition, d’affliction d’avoir péché et de regrets, à l’éternelle damnation. Non pas pour cela seulement, certes, mais parce qu’à partir de ce moment, si elle ne s’appuyait plus sur le bras de ma miséricorde, elle tomberait dans le désespoir.

    C’est là une des plus subtiles ruses du démon conte mes serviteurs. Dans votre intérêt, pour lui échapper et pour me plaire, il faut donc que vous dilatiez avec une sincère humilité votre amour et votre désir dans mon incommensurable miséricorde. Tu sais en effet que l’orgueil du démon ne peut soutenir l’humilité spirituelle, ni sa confusion la grandeur de la bonté et de la miséricorde en lesquels l’âme espère en vérité.

    Chacun en effet, selon son état, doit s’employer au salut des âmes selon le principe de la sainte volonté. Ce qu’on accomplit pour le prochain en paroles et en actions, au moment prescrit pour la prière, est une véritable prière, mais tout ce qu’on fait en dehors de ce temps prescrit est aussi une véritable prière pour son prochain et pour soi-même : quelles que soient ces oeuvres elles sont une prière. C’est ce qu’a dit mon héraut, glorieux saint Paul : « celui-là ne cesse pas de prier qui ne cesse pas de bien agir. » C’est pourquoi je t’ai dit que la prière avait plusieurs formes : ne voit-on pas la prière formulée s’unir à la mentale puisque la première faite dans cet esprit, est imprégnée d’un sentiment d’amour. Or le sentiment d’amour équivaut à une oraison continuelle.

     

    Tu sais maintenant comment on parvient à l’oraison mentale : par l’exercice et la persévérance, en abandonnant la vocale pour la mentale quand je viens visiter votre âme.

    N’avez-vous-pas eu le glorieux Thomas d’Aquin? Ne devait-il pas sa science plutôt à son application dans l’oraison, à la contemplation et à sa méditation qu’aux études humaines? Il fut une lumière placé par moi au-dessus du corps mystique de la sainte église pour dissiper les ténèbres de l’erreur.

     

     

    Voici maintenant un petit tours de prières, d’oraison, de poésie et de contes qui sont sur ce thème du lien entre l’Aimé et l’Amant.

     

    Tagore. 

     

    IV

    Vie de ma vie, toujours j’essaierai de garder mon corps pur, sachant que sur chacun de

    mes membres repose ton vivant toucher.

    Toujours j’essaierai de garder de toute fausseté mes pensées, sachant que tu es cette

    vérité qui éveille la lumière de la raison dans mon esprit.

    Toujours j’essaierai d’écarter toute méchanceté de mon cœur et de maintenir en fleur

    mon amour, sachant que tu as ta demeure dans le secret autel de mon cœur.

    Et ce sera mon effort de te révéler dans mes actes, sachant que c’est ton pouvoir qui me

    donne force pour agir.

     

    VII

    Mon chant a dépouillé ses parures. Je n’y mets plus d’orgueil. Les ornements gêneraient

    notre union ; ils s’interposeraient entre nous, et le bruit de leur froissement viendrait à

    couvrir tes murmures.

    Ma vanité de poète meurt de honte à ta vue. Ô Maître-Poète ! je me suis assis à tes

    pieds. Que seulement je fasse de ma vie une chose simple et droite, pareille à une flûte

    de roseau que tu puisses emplir de musique.

     

    XXVIII

    Tenaces sont mes entraves, mais le cœur me fait mal dès que j’essaie de les briser.

    Je n’ai besoin que de la délivrance, mais je me sens honteux d’espérer.

    Je suis certain qu’une inestimable opulence est en toi et que tu es mon meilleur ami,

    mais je n’ai pas le cœur de balayer de ma chambre tous les oripeaux qui l’emplissent.

    Le drap qui me couvre est un linceul de poussière et de mort ; je le hais mais je l’étreins

    avec amour.

    Mes dettes sont grandes, mes défaillances sont nombreuses, ma honte est pesante et

    cachée ; mais quand je viens à réclamer mon bien, je tremble de peur que ma requête

    ne soit exaucée.

     

    L

    J’étais allé, mendiant de porte en porte, sur le chemin du village lorsque ton chariot d'or

    apparut au loin pareil à un rêve splendide et j’admirais quel était ce Roi de tous les rois !

    Mes espoirs s’exaltèrent et je pensais : c’en est fini des mauvais jours, et déjà je me

    tenais prêt, dans l’attente d’aumônes spontanées et de richesses éparpillées partout

    dans la poussière.

    Le chariot s’arrêta là où je me tenais. Ton regard tomba sur moi et tu descendis avec un

    sourire. Je sentis que la chance de ma vie était enfin venue. Soudain, alors, tu tendis ta

    main droite et dis : « Qu’as-tu à me donner ? »

    Ah! quel jeu royal était-ce là de tendre la main au mendiant pour mendier ! J’étais

    confus et demeurai perplexe ; enfin, de ma besace, je tirai lentement un tout petit grain

    de blé et te le donnai.

    Mais combien fut grande ma surprise lorsque, à la fin du jour, vidant à terre mon sac, je

    trouvai un tout petit grain d’or parmi le tas de pauvres grains. Je pleurai amèrement

    alors et pensai : Que n'ai-je eu le cœur de te donner mon tout.

     

     

     

    Plumes Blanches

     

    Voici quelques oraisons écrites pendant les 40 jours qui ont suivi une rencontre très particulière de ma vie.

     

     

    Une goutte de toi

    Une goutte de Toi

    et toutes nos tempêtes s'apaisent

    Un regard de Toi

    et c'est l'Amour dans le cœur,

    dans les mains

    Une remontrance de Toiet c'est devenir Ton fils, ta fille

    Un souvenir de Toi

    et c'est le Chemin sous nos pieds

    Un rêve de Toi

    et c'est un message

    Un ami de Toi

    et c'est un guide

    Un ennemi de Toi

    et nous trouvons notre place

    Un épanchement de Toi

    et c'est la Grâce

    Une sécheresse de Toi

    et nous mûrissons

    Un refus de Toi

    et nous sommes sauvés

     

    je t’attends

    Je T’attends

    Mais le vent n'arrête pas de souffler

    Et le lac est agité

    Je Te cherche

    Mais mes gestes sont grossiers

    Et mes mains sont maladroites

    J'ai soif de Ta Source

    Mais je reste avec mon corps lourd

    Sur le sofa de ma maison encombrée

    Je Te prie

    Mais les larmes peinent à monter

    De mon cœur jusqu'à mes yeux

    Je T'espère

    Mais ma foi malade

    A effacé la beauté de Ton visage

    Je Te veux

    Mais mon cœur est enchaînéÀ ce monde

    Aujourd'hui

    Je n'arrive pas à gravir

    L'escalier qui mène jusqu'à Toi

    S'il te plaît, viens jusqu'à moi !

     

    combien de fois

    Combien de fois ai-je meublé Ton absence dans ma vie? Combien de fois ai-je convié un ami au lieu

    d’écouter ce que Tu avais à me dire ? Combien de fois me suis-je jeté dans des bras aimants au lieu

    d'accueillir Ton silence?

    Sur Ta chaise vide, j’ y ai assis le désir de reconnaissance, le désir d’être aimé. J’ai invité la vanité

    à ma table, elle a mangé de mon pain et l’orgueil a dévoré les fruits de l’offrande. Le jour où Tu es

    venu, la place était prise et, le temps passant, j’ai oublié que j’attendais quelqu’un.

    Combien il m'a fallu pousser les meubles et sortir tout le monde de la maison pour retrouver ne serait-ce que le parfum de Ton absence

     

     

     

    Voici maintenant quelques quatrains de Rumi.

     

    RUMI

     

    Qui que tu sois, viens.

    Que tu sois un infidèle, un idolâtre ou un païen, viens.

    Notre maison n’est pas un lieu de désespoir.

    Même si cent fois tu as violé un serment, viens quand même.

     

    Jusqu'à quand sentirai-je les couleurs et les parfums du temps?

    Le moment est venu de voir l'être d'infinie douceur.

    Quand je regarde en Lui, je vois mon image.

    Quand je regarde en moi, je vois son image.

     

    Dès que j'entendis le mot amour,

    J'ai usé mes yeux, mon âme et mon cœur sur son chemin.

    Je me suis dit que je devais y voir double,

    Car bien que l'amant et l'Aimé soient deux, en vérité ils ne sont qu'un.

     

    Je demandais: " Ô mon idole, où est ton temple?"

    Elle me répondit: " Dans les débris de ton cœur ruiné

    Je suis le soleil ; les rayons pénètrent dans tes décombres,

    Ô ivrogne! Que ton palais s'écroule!"

     

    Ton amour a si bien ravagé mon cœur,

    Que tout ce qui n'est pas lui s'est consumé.

    Oubliant la raison, les leçons, les livres,

    Il s'est adonné à la poésie, aux odes, aux quatrains.

     

    Qui a ton visage, se soucie-t-il du jardin?

    Qui a ton amour, se soucie-t-il de la bougie ou du flambeau?

    À moi qui ne me rassasie pas de la mer, que me fera le ruisseau?

    À moi qui ne me contente pas du jardin de roses, que me fera le parfum?

     

    L'amour est venu et est en moi comme le sang qui baigne mes veines

    et ma peau.

    Il m'a vidé, puis m'a rempli de l'Ami.

    Toutes les parties de mon corps sont sous l'emprise de l'Ami.

    Il reste de moi le nom... Le reste est l'Ami.

     

    Ô Toi, ta blessure est supérieure au remède d'autrui,

    Ton avarice meilleure que la générosité d'autrui.

    Ta cruauté meilleure que la fidélité d'autrui,

    Et ton insulte meilleur que l'éloge d’autrui.

     

    O jour, lève-toi ! Des atomes dansent,

    Les âmes, éperdues d’extase, dansent.

    La voûte céleste, à cause de cet Être danse,

    À l’oreille, je te murmurerai où l’entraîne sa danse.

     

    Tous les atomes qui se trouvent dans l’air et le désert,

    Sache bien qu’ils sont épris comme nous.

    Et que chaque atome, heureux ou malheureux,

    Est étourdi par le soleil de l’âme inconditionnée.

     

     

     

     

    Quelques histoires d’Attar.

     

    MAJNUN

    Un jour, comme Majnun, accroupi, le front bas, au bord de son chemin, laissait couler le

    sable entre ses doigts brûlés, il vit venir à lui l’ombre d’un voyageur. L’homme fit halte. Il

    demanda :

    - Ô Manjun, que cherches-tu là ?

    Majnun lui répondit :

    - Layla.

    L’homme lui dit encore :

    - Ô fou, comment trouver ainsi Layla ? Comment une perle aussi rare pourrait-elle s’être

    égarée dans la poussière du chemin ?

    Majnun leva vers lui ses yeux où brillaient deux flammes vivaces.

    - Je la cherche partout, dit-il, car je n’ai d’autre espoir au monde que de la retrouver un

    jour, quelque part, je ne sais pas où.

     

     

    L’AMANT VÉRITABLE

    C'était un amant droit, un amant véritable. Un jour, après avoir médité une pleine année

    dans un grotte du désert, il s'en alla frapper à la porte de sa bien-aimée. Derrière la

    porte close, il entendit sa voix. Elle demanda :

    - Qui est là ?

    - C’est moi, dit l'homme, sur le seuil.

    - Il n'y a pas de place pour toi et moi dans la même maison, répondit la voix de sa

    bien-aimée derrière la porte close.

    Alors cet homme droit, cet amant véritable s'en retourna dans le désert où une pleine

    année encore il médita. Quand enfin il revint frapper à la même porte, à nouveau il

    entendit la voix de sa bien-aimée. À nouveau elle demanda :

    - Qui est là ?

    Cette fois l'homme droit répondit :

    - C’est toi-même. »

    Et la porte s'ouvrit.

     

     

     

    La Fourmi Amoureuse

     

    Le roi Salomon, cheminant un jour par les sentiers du désert, rencontra une fourmilière. Toutes les fourmis aussitôt vinrent à lui pour saluer l'emprunte de ses pas. Une seule ne se soucia pas de sa présence. Elle resta devant son trou, occupé à un labeur apparemment infini. Salomon l’aperçu à l'écart de ses compagnes. Il se pencha sur son corps minuscule et lui dit :

    - Que fais-tu donc, bête menue ?

    La fourmi lui répondit, sans se laisser autrement distraire de son travail :

    - Vois, roi des rois, un grain après l'autre je déplace ce tas de sable.

    - Ô fourmi généreuse, lui dit Salomon, n'est-ce point là un labeur exagéré pour tes

    faibles forces ? Ce tas de sable te dépasse de si haut que tes yeux ne sauraient en voir la cime. Aurais-tu donc la longévité de Mathusalem et la patience de Job, tu ne pourrai espérer l'effacer de ta route.

    - Ô grand roi, lui répondit la fourmi, c'est pour l'amour de ma bien-aimée que je travaille ainsi. Cet obstacle me sépare d'elle. Rien ne pourra donc me distraire de son effacement. Et si à cette oeuvre j'use toute mes forces, au moins je mourrai dans l'étrange et bienheureuse folie de l'espérance. »

    Ainsi parla la fourmi amoureuse. Ainsi le roi Salomon découvrit, sur le sentier du désert, le feu de l'amour véritable.

     

     

    Un dernier conte que j’ai envie de vous partager. Cela fait longtemps qu’il m’accompagne, je ne l’ai pourtant encore jamais partagé à personne. Il est venu me rendre visite et je l’ai trouvé finalement très à propos. Comme tous les contes de sagesse, ils faut se garder d’une interprétation psychologique ou de fait de société pour découvrir l’image du monde intérieur qu’il trace afin de pouvoir recevoir le message destiné à notre âme.

     

     

    FAHIMA AUX QUATRE VISAGES

     

    Son nom était Fahima. Elle était de noble famille, et belle autant que sage. D'ailleurs, Fahima signifie « Celle qui comprend ». Tous les jeunes gens de Basra la regardaient comme la femme la plus désirable du monde. Beaucoup avaient tentés de la séduire, mais la lumière de ses yeux avait brûlé leurs paroles avant qu'elle n'eussent osé sortir de leur bouche. En vérité, elle entendait les pensées silencieuses. Elle comprenait tout de ceux qui l'approchaient sans qu'il n'ai besoin de parler. Ce n'était pas un don béni. Elle souffrit tant de la musique trouble et froide qu'elle percevait dans l'âme des hommes qu'un jour elle s'en détourna à jamais. Elle s'enferma dans le château de ses ancêtres et ne voulu plus voir personne. Elle était alors dans le plein éclat de sa beauté.

     

    Or, un matin, comme elle contemplait un vol d'oiseaux sur sa haute terrasse, le soleil entre deux nuées illumina son visage. Au même instant le prince de Basra traversait la place en face de sa demeure. Il l'a vit, en fut ébloui et tira si vivement sur ses rênes qu'il fit se cabrer son cheval noir. C'était un homme impétueux. Le soir même, tout enflammé d'amour violent, il força sa porte, vint au-devant d'elle à grands pas impatients et lui ordonna de l'épouser. Elle le regarda fière et moqueuse. Il ne baissa pas les yeux, et ce qu'elle vit dans l'esprit de cet homme l'émut. Elle lui répondit :

    • Je ne veux ni ruse ni violence. Tu n'es pas digne de moi.

    • Par force ou par désir tu m'aimeras, gronda le prince. Nul ne m'a jamais résisté. 

    Il appela ses garde et la fit enlever. Elle ne résista pas. Elle se laissa conduire au palais où elle fût jeté dans une cave étroite fermé de barreaux cadenassés.

     

    Le lendemain, le prince descendit à la porte de ce cachot. A la lueur de sa torche, il la vit immobile et droite. Elle semblait l’attendre.

    - Fahima, lui dit-il, tu es en mon pouvoir. Accepte de me prendre pour époux et tu seras la plus aimée des femmes. Si tu refuse, n'attends de moi aucune pitié. Tu restera ma prisonnière.

    Elle ne répondit pas. Il lui parla encore, à mots furieusement passionnés. Alors elle lui dit comme la veille qu'elle était prête à subir mille morts plutôt que de se soumettre à la violence qui lui était infligée. Le prince s'en alla, rogneux et dépité. Il revint le lendemain et tous les matins, de longues semaines durant, sans que jamais lui fût faite d'autre réponse, jusqu'au jour où Fahima apprit par un geôlier un peu bavard que son amant inacceptable était parti en voyage politique chez le calif de Bagdad, pour on ne savait combien de temps.

     

    Or, pas un instant depuis sa capture elle ne s'était résignée à son malheureux sort. Toutes les nuits, elle s'était acharnée à construire un tunnel sous la muraille qui lui interdisait le monde. Ce tunel était maintenant ouvert sous les étoiles. Elle sortit, revint chez elle, fit sceller son cheval et s'en alla, elle aussi à Bagad. Elle parvint longtemps avant le prince, alourdi de présents et contraint, dans chaque ville traversée, à d'interminables palabres et festins. Dès qu'elle y fut, elle loua une agréable maison dans la rue qui conduisait au palais du calife, acheta du henné, des fards et des teintures, et changea d'apparence.

     

    Le prince, un matin doux, entra enfin dans Badad la superbe. Comme il passait à la tête de sa caravane devant la demeure de Fahima, il la vit à sa fenêtre. Il ne la reconnu pas, mais aussi violent qu'à Basra il fut touché par sa beauté. Le soir même il la fit inviter au palais. Elle lui parut moins farouche que cette trop fière déesse qu'il tenait enfermé dans sa cave lointaine. Il lui offrit de l'épouser. Elle accepta.

     

    Après une année de bonheur insouciant, Fahima mit au monde un fille. Le prince son époux n'eu pas le temps d'en être heureux : le jour même de sa naissance il fut prévenu que d'impotantes affaires l'attendaient à Tripoli. Il se vit donc forcé de rameuter sur l'heure ses caravaniers et de laisser là son épouse sans lui dire s'il reviendrait un jour.

     

    A peine avait-il quitté Bagdad que Fahima fit ses bagages. Elle confia son enfant à sa plus fidèle servante et, sur son cheval rapide s'en alla à tripoli. Elle y fut rendu trois jours avant celui qu'elle aimait d'un amour exigeant et secret. Comme elle l'avait fait à Bagdad, elle loua une maison de belle allure (ce fut cette fois-ci sur la grand-place de la ville) et teinta de couleurs nouvelles l'éclat de son regard.  Le jour de l'arrivée du prince, elle fit en sorte d'être aperçu devant sa porte. Elle vit se cabrer son cheval et , rencontrant ses yeux tout à coup fascinés, elle sut que son époux n'allait pas tarder à oublier les visages et les corps qu'il avait laissé derrière lui. Il l'invita dans sa nouvelle résidence. Elle y vint. Il lui prit les mains et lui dit, tout émerveillé, qu'il avait connu des femmes qui lui ressemblaient, mais qu'aucune n'égalais sa beauté. Elle lui sourit avec une mélancholie qui le bouleversa. Trois jours plus tard, il l'épousa.

     

    Au terme d'une nouvelle année infiniment amoureuse, Fahima accoucha d'un garçon. Le prince n'en jouit pas plus que de sa fille. Sept jours après sa naissance, de nouvelles affaires l'appelèrent à Alexandrie. Il vécu quatorze mois dans cette ville où il connu encore, à son insu, l'amour invincible de Fahima, une nouvelle fois travestie. Il eut d'elle un nouveau garçon. Mais à peine cet enfant était-il né que son insaisissable père fut pris de nostalgie. Une faille venait de s'ouvrir en lui. Basra lui manqua, peut-être aussi celle qu'il y avait laissé. Son épouse le préssenti. Un matin elle s'embarqua la première, en grand secret, pour cette cité bien-aimé où était la maison de ses ancêtres, et s'en fut attendre le prince dans l'obscure cachot où il l'avait autrefois enfermé.

     

    Il vint. Elle entendit sonner son pas dans l'escalier de la cave, suivit la lueur de sa torche le long de la muraille et vit enfin son visage de l'autre côté des barreaux. Il avait l'air las et perdu. Il ouvrit la porte et lui dit :

    • Sans que je sache comment, mon esprit s'est brisé au cours de mon dernier voyage. Sans doute ai-je trop couru après des bonheurs illusoires. Je suis venu implorer ton pardon pour les mauvais traitement que je t'ai fait subir. Tu avait raison, je suis indigne de toi, et à l'instant où je sais cela, je sais aussi que je n'aimerai jamais que toi. Va, et soit libre, à moi désormais d'entrer dans la souffrance.

    • Raconte-moi ta longue absence.

    • A quoi bon ? Ce que j'ai fait est sans remède.

    • Parle, je veux tout savoir de ton cœur.

    Il avoua ses trois mariages, ses trois enfants laissés au loin. Quand il se tut :

    • Homme de peu de sens, bénis-moi, lui dit Fahima, car je suis seule à pouvoir dénouer les fils de ta folie. Remonte dans la grande salle et attends là le bonheur que te mérite l'humble aveu que tu m'a fait.

    • Je ne comprends rien à tes paroles, répondit seulement le prince. Ma vie est perdue, car ce qui est fait ne peut être défait.

    Il s'en fut.

     

    Revenu dans la grande salle bruissante de courtisants, il s'assit sur son trône et, la tête basse, s'enferma dans sa tristesse. Il y demeura jusqu'à ce que le soleil de midi baigne les fenêtres ouvertes. Alors Fahima entra avec ses trois enfants.

     

    Le prince, la voyant s'avancer vers lui, comprit que les quatre femmes qu'il avait aimées n'étaient en vérité qu'une seule. Il perdit au même instant toute fureur, toute arrogance, et son désespoir s'éteignit. Alors il bénit le Ciel et ouvrit ses bras à celle qui avait su l'aimer au-delà de toute raison et l'instruire au-delà de toute parole. 

     

     

    …… 

     

    Oui, je crois que nous sommes infidèles à notre âme. Nous sommes infidèle à l’amour qui siège au fond de notre coeur. Nous l’enfermons dans un cachot. Nous essayons par la force de le contrôler. Notre âme, notre être intérieur, notre part divine, Elle, elle nous aime d’un amour qui nous inonde et nous dépasse.

     

    Nous pouvons dès lors réciter inlassablement la petite prière du cœur : « Seigneur Jésus Christ, fils de Dieu, prend pitié de moi, pécheur. »

     

     

    Merci. 

     

     

    PRIÈRE AU NEUF CHEURS DES ANGES

    Séraphins ardents, embrasez moi ;

    Chérubins très sages, enseignez-moi ;

    Trônes suprêmes, pacifiez-moi ;

    Dominations très élevées, commandez-moi ;

    Vertus célestes, fortifiez-moi ;

    Puissances invincibles, défendez-moi ;

    Principautés souveraines, gouvernez-moi ;

    Archanges très nobles, conduisez-moi ;

    Anges très saints, gardez-moi,

    afin que je puisse servir, bénir et glorifier

    la très sainte Trinité maintenant et dans tous les siècles.

    Amen.

     

     

    En attendant de se retrouver pour aborder en détails les demeures du Dedans, je vous laisse avec un chant derviche.

     

     

    Chant Derviche.

    Certains diront : ils sont venus en vain.

    Faîtes qu’il ne soit pas dit qu’ils soient venus en vain.

    Cet héritage, nous te le confions.

    Nous avons accompli ce que nous avons pu accomplir.

    Ce qui reste à faire, il t’appartient de le faire.

    Rappelle-toi,

    Cette oeuvre est une tâche confiée.

    Rappelle-toi bien-aimé,

    Ce n’est qu’un au revoir.

    4 CORPS SACRÉ

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    DES MOTS SUR L’ESPRIT

    Nous partons maintenant à la rencontre du corps sacré, de nos structures intérieures, des  demeures et consciences de la maison du dedans, de cette part Divine au dedans de nous. Je vais vous parler de l’Esprit-Saint et de son action dans notre vie intime. Voici comment perception arriva sur ma route à travers rencontre des écrits de Concepción Cabrera des Armida, qui fut la première mystique chrétienne qui su poser des mots sur ma vie intérieure. 

     

    Cela faisait environs cinq années j’étais en initiation avec le Guérisseur. On se voyait plusieurs fois dans l’année, il y a avait les transmissions silencieuses, par imposition des mains. Nous allions au restaurant et nous partagions nos expériences, celles de la vie intérieures, lors des prières et des séances énergétiques, et aussi des événements qui arrivaient dans nos vies, comme en écho au dedans. Nous marchions beaucoup, pour la digestion et l’assimilation des initiation de Ceux-de-Là-Haut. Le reste du temps, à distance, nous nous écrivions énormément. Un jour, celui-ci me dit :

    - Arnaud, il est temps que tu travailles avec les Sept Dons de l’Esprit-Saint.

    - Ah, bon ? Qui-Ils ? Que font-ils ?

    - Cherche.

    Depuis le début de l’initiation, j’avais remarqué cette tendance livresque que j’avais, je cherchais des explications intellectuelles, qui bien souvent firent obstacles à l’expérience directe de la connaissance, et obstruaient les chemins de l’intuition et du discernement. J’avais simplement trouvé dans la Bible leur nom : Esprit de Sagesse, Esprit d’Intelligence Divine, Esprit de Conseil, Esprit de Force, Esprit de Science et de Connaissance, Esprit de Piété et Esprit de Sainte Crainte. Je n’en savais pas plus. Cette fois-ci je me dis : bon, essayons de prendre mon propre contre-pied, et simplement de prier, de recevoir les informations directement de l’Esprit et d’apprendre ainsi par l’expérience. Ce qui fait que je les appelais tous les jours, les invitaient à venir en moi, leur demandais de me purifier et de m’instruire. De même, lorsque je priais pour quelqu’un ou posais les mains, je les appelais, demandais leur aide et les laissait travailler. La plupart du temps, je ne sentais rien de spécial, ne savais s’il se passait quelque chose ou non. J’avançais ainsi, en aveugle, pendant presque deux années. Et puis, certains Dons se révélèrent.

     

    Un jour que je faisais un soin à une personne qui souffrait de colères, lorsque j’appelai l’Esprit de Science et de Connaissance, je frissonnai de tout mon être et sentis une force me traverser et plonger au niveau du plexus solaire de la personne allongée qui se mit soudain à pleurer intensément. Elle se libéra de ses colères. Elle en fut guéri. Je me dis que l’Esprit de Science et de Connaissance aidait peut-être à nous purifier des maux qui habitent la région du plexus, telle la colère ou l’impatience. Une autre fois, ce fut l’esprit de Sainte Crainte qui débusqua mes propres orgueils dans la région du sacrum. Je m’en souvins très bien c’était sous les mains des Guérisseur. 

     

     

     

    Pour la compréhension, il me faut revenir quelques temps avant ce moment. J’étais allongé, le Guérisseur venait de poser les mains sur moi pendant près de deux heures, c'était comme à l'habitude la grande lessive intérieure. Il invoqua ses Amis et leur demanda des cadeaux, une douche infinie d'amour me pénétra. Il frappa soudain le haut de ma poitrine comme pour me faire revenir à moi-même :

    - Pourquoi fais-tu tout cela ?

    J’émergeais.

    - Euh… parce… qu'il est bon de se purifier, de se tourner vers la lumière, c'est notre travail sur la terre... 

    Il m’interrompit en me faisant signe de faire taire mon blabla...

    Je restais perplexe. Je ne comprenais pas ce qu'il voulait me dire.

    - Parce que....

    - Réponse en trois mots ! »

    Toujours l'incompréhension de ma part. Nous nous vîmes deux ou trois fois cette année-là, et à chaque fois la même question revenait : «  Pourquoi fais-tu tout cela ? ». Pourquoi ce chemin spirituel, pourquoi la prière, pourquoi me purifier ? Je ne comprenais pas où il voulait en venir. Moi je répondais toujours les mêmes inepties : parce qu’il faut mettre de la lumière dans le monde, il faut s’occuper de son chemin… Il se levait soudain, fatigué de mes élucubrations.

    Quelques mois plus tard, je suis allongé dans le parc de l’église Saint Eustache à Paris et le Guérisseur a les mains posées sur mon dos. Il me dit :

    - Crains-tu Dieu?

    - Bien sur que non ! Dieu, c’est mon copain, Il est tout amour!

    Le guérisseur fait la grimace. Je ne comprends pas pourquoi.

    Un peu après, une de ses mains se pose sur mon sacrum. J’ai soudain mal à l’âme, je commence intérieurement à me flétrir et à pleurer. Je sens physiquement que de l’orgueil qui siège dans mon sacrum est chassé par une lumière. Avant de sortir, l’orgueil passe devant mes yeux. Je veux dire par là qu’en même temps que je sens son énergie sortir, il m’est montré, par des visions précises, que c’est mon orgueil. On me fait comprendre ce qui sort de moi. C’est très douloureux et je pleure amèrement.

    - Mais que se passe-t-il ?!

    Dans un sourire de bienveillance, le Guérisseur me répond :

    - C’est l’Esprit de Sainte Crainte qui est en train de travailler en toi.

    L’initiation aurait pu s’arrêter ici, par la compréhension que l’orgueil siège au niveau du Sacrum, et l’Esprit de Sainte Crainte peut nous en libérer et ramener dans cette première demeure l’Humilité et la Vérité. Cependant, juste après l’avoir quitté, je me rends à la bibliothèque du centre Pompidou car je cherchais un livre sur Saint-François. Je l’ouvre sur le début du Cantique du Soleil, et il me parle le langage de l'Esprit de Crainte du Seigneur, enfin du peu que je commence à en découvrir, de l’Esprit de Crainte du Seigneur, qui est la fondation de tous les autres dons de l'Esprit Saint.
     
    "Très haut, tout puissant et bon Seigneur,
    à toi la louange, la gloire et les honneurs,
    et toute bénédiction.
    À toi seul, très haut, ils conviennent,
    et nul homme n'est digne de te nommer."
     
    Cette lecture agit alors comme un miroir dans lequel je peux me regarder. Son énergie m’emmène au plus profond de moi, où je découvre que, finalement, je désire posséder Dieu, mais d’une manière toute égoïste, que malgré toutes mes dévotions et travaux, au fond, je ne le fais pas du tout  d'une manière désintéressée. Je ne le fait pas du tout pour être au service du Divin, mais bien l’inverse, pour mettre le Divin à mon propre service. Je faisais toutes ces pratiques, méditations et travaux spirituels pour "devenir quelqu'un",  pour être un homme spirituellement avancé, donc par orgueil, comme si une part de mon ego ne voulait pas lâcher pour garder du pouvoir sur tout cela. J'étais donc attaché à la connaissance et voulait la posséder. Au milieu de cette grande bibliothèque, devant ce grimoire de transformation, des larmes me coulent sur les joues, je remercie mon maitre et sa rectitude, car comment savoir que l'on fait fausse-route si nos yeux sont sales?

     

    Mais cette compréhension eu besoin d’un acte intérieur plus grand, d’un pacte renouvelé. Voici. Quelques semaines plus tard, je viens de terminer mes prières, je reste dans ce recueillement quelques temps, recueilli. D’un seul coup une vision m’arrive, mais de celles qui font froid dans le dos. Un nuage de lumière surpuissante arrive au-dessus de moi, comme un orage avec des éclairs. Si je devais donner une image mythologique, ce serait Zeus perforant sur un dragon au milieux d’éclairs terrifiants, c’est la lance de Saint-Michel face à la négation de la vie, Dieu comme je ne l’ai jamais vu, effrayant. Je fais profile bas. Je me rends compte que, par un claquement de doigt, Il me fait vivre, un autre claquement de doigt, il me désintègre. C’est ce jours-là que j’ai comprends, vis, sens avec toutes mes cellules, l’adjectifs « Tout-Puissant » que l’on retrouve dans certaines prières attribués à Dieu. Dans cette lumière terrassante, Il me demande alors de comptes, pour mes fautes, mes manquements et mes orgueils. Je pleure amèrement et demande pardon.

    Puis, la voix s’est fait brusquement entendre à l'intérieure de moi :

    - Pourquoi fais-tu tout cela ?  

    C’est cette même phrase que me répète depuis plusieurs mois le maître : pourquoi est-ce que je LES prie, pourquoi est-ce que LES appelle, pourquoi est-ce que je fais tout cela ?

    - Heu….  

    Tournant timidement ma face vers le Ciel, je leur réponds encore une fois, comme je répondais à chaque fois au Guérisseur, mais cette fois-ci, un peu plus hésitant : 

    - Pour Vous ? 

    -  Ah bon ? 

    Silence. Et c’est là qu’on voit qu’Ils ont vraiment beaucoup d’humour, puisque la Voix reprend :

    - En es-tu sûr ? 

    Quel humour ! Ils ne m’ont pas répondu : non ce n’est pas ça, ou encore m’auraient montré ma vérité. Non, ILS me laissent chercher : « en es-tu vraiment sûr ? »

    - Attendez une minutes, je vais regarder, je reviens. 

    Alors j’ai dû plonger en moi pour sonder mes intentions et y voir clair. Et j’ai vu, encore une fois et avec plus d’acuité, à quel point ma pratique spirituelle n’était pas désintéressée, que je ne le faisais pas pour Eux, mais pour moi-même. Je faisais tout cela pour être quelque’un de bien, un sage, et être reconnu pour tel. J’étais, sous couvert de chemin spirituel, et je dirai même, en l’utilisant, au service — à temps plein — de mon ego. Je n’étais en aucun cas à Leur service. Mais cette fois-ci, je m’en rendais compte, en Leur présence. 

     

    Une phrase a résonné, comme venant de tout l’univers, en moi et hors de moi, : "Dieu, je suis ton Dieu". J’ai dès lors senti qu’il me fallait faire un choix, un pacte, il me fallait m’engager. On ne joue pas avec ces choses là, dans le sens où, si mon choix n’était pas vraiment clair, ni sincère, ni total, celait pourrait me conduire au pire. Malgré mes réticences à faire des promesse, malgré mes fainéantises, mes lâchetés, mes peurs, mes faiblesses, j'ai accepté. J’ai renouvelé mon pacte avec et envers Eux. Un rayon est venu perforer mon front, entre les sourcils et, depuis ce nuage orageux de Toute-Puissance, une épée est tombé et s’est logée en moi.

     

    C’est à partir de ce moment là que j’ai compris que le Chemin, n’a rien de spirituel ni de mystique, il n’est qu’une manière pour nous d’essayer de devenir des êtres humains. De véritables êtres humains, sans hontes, sans peurs, sans culpabilités, sans tristesses ni colères, des êtres qui pardonnent et qui aiment. Des êtres autonomes et purs. Simplement des êtres humains. Mais que la route est longue, ardue et parsemée d'obstacles pour y arriver! Quant à ce pacte renouvelé, mon maître me dira simplement qu’il est aussi passé par là.

     

    J’apprenais ainsi patiemment, par petites touches, grâce à ce type d’expériences que l’Esprit-Saint m’offrait de comprendre, à mieux connaître Ses sept dons. En cours de route je rencontrais le Guérisseur, qui valida mes découvertes, m’ouvrit d’autres portes d’explorations, mais surtout m’exhorta à étudier la science sacrée à propos de l’Esprit-Saint : bien que celui-ci me fasse le catéchisme à l’intérieur de moi, l’expérience seule n’était pas suffisante. Alors que pour une fois, j’avais fait le choix d’avance que  par l’expérience directe, il me fallait étudier la science du sacré, les écrits des Saints et des Saintes. Cet homme à toujours été le contre-pied de toutes mes attentes. Jamais une seule fois je n’ai pu anticiper une des ses réponses. Elle venaient toujours d’un lieu inconnu de moi-même. 

    Ainsi, à chaque fois que je rencontrais sur mon chemin une librairie religieuse, je me dirigeais vers le rayon dédié à l’Esprit-Saint et ouvrais les livres au hasard, mais je ne comprenais rien à leur propos. Rien ne me parlait, rien ne faisait écho à mon expérience intime.

     

    COCHITA

    Un jour à Paris, alors que je me promenais avec un magnétiseur, celui-ci me fit découvrir Notre-Dame-des-Victoires. Nous entrâmes dans l’édifice. Présence. Une multitude de cierges illuminaient toutes les statues, des personnes de toutes les couleurs étaient là, en profonde prière, chacun à sa manière ; certains récitaient le rosaire, d’autres priaient à genoux, d’autres en état d’humilité saluaient à plat ventre le crucifix. Ce lieu respirait une piété, une foi que je n’avais rencontré qu’à l’étranger. Gratitudes. En sortant, je me retrouvai face à une librairie religieuse. J’entrai. Je demandai s’ils avaient des livres sur l’Esprit-Saint. On m’indiqua une table. Mes yeux tombèrent sur une couverture blanche et orange : « Ma vie dans l’Esprit-Saint ». Je pris le livre et commençai à vibrer. À peine eu-je le temps de lire les premières phrases de la quatrième de couverture que des larmes coulèrent le long de mes joues sans que je comprenne pourquoi.

    « Concepcion Cabrera de Armida, mieux connue sous le nom de Conchita, a vécu au Mexique de 1862 à 1937. Fiancée à treize ans et mariée neuf ans plus tard, elle fut mère de neuf enfants. Elle a consigné fidèlement pendant plus de quarante ans, à la demande de ses directeurs de conscience, une relation détaillée de sa vie spirituelle… »

    J’ouvris une page au hasard et tombai sur un paragraphe où l’Esprit-Saint, Lui-même, décrivait l’action de l’un de Ses sept Dons sur l’âme. C’était justement un de ceux avec lequel j’avais eu la grâce d’avoir eu une petite expérience. Le paragraphe disait avec d’autres mots exactement tout ce que j’avais ressenti ! J’étais sidéré. Les mêmes mots, relatant la même expérience vécue avec la même énergie, mais à une autre époque, par une autre personne. Il y a donc des expériences humaines, des étapes, il y a véritablement un Chemin à l’intérieur de nous, que chacun chemine à son rythme à travers son expérience terrestre.

    Je me suis ainsi plongé dans ces textes qui m’ont permis d’aller encore plus loin dans l’exploration des Dons de l’Esprit Saint. Cette lecture m’a surtout permis de me familiariser avec l’écriture, le vocabulaire et la terminologie des mystiques chrétiens. Pour la première fois, je découvrais un lien direct entre ma vie intime et leurs écrits, leurs expériences. C’est grâce à cette lecture que j’ai pu par la suite me plonger avec délectation dans les ouvrages de Sainte Catherine de Sienne, de Saint-Jean-de-la-Croix ou encore de Sainte Thérèse d’Avila. Mille Gratitudes.

     

     

    Conchita a vécu entre le XIXe et le XXe siècle, a traversé les 7 années de la révolution mexicaine.

    Veuve, s’occupant de ses 9 enfants, un jour Dieu lui dit : « prends un stylo et écris ». Elle s’est mise à écrire ce qu’IL lui dictait. Elle fut la Sainte chrétienne qui a le plus écrit. Elle a écrit et elle s'est 56 000 pages. Voici quelques extraits de ce livre qui m’avait fait frissonner. Conchita a été a été béatifiée en 2019.

     

    Jésus ajouta encore ceci : « La fécondation de l'Esprit Saint envers les créatures se manifeste en grâces qui enveloppent l'âme et se répandent sur elle en gémissements... Ces grâces sont des émanations de Dieu lui-même. Quand les âmes gaspillent ou refusent de telles grâces, celles-ci vont enrichir d'autres âmes ou bien elles sont recueillies par les anges qui les rendent à Dieu. Ces grâces ne peuvent pas être perdues, car ce sont des perles de l'Esprit Saint qui émanent de son souffle divin. Je désire que Ton rende un culte à l'Esprit Saint, que l'on inculque sa dévotion, qu'on L'invoque, qu'on L'appelle afin que le monde matériel soit spiritualisé. »

    Même si je ne comprends pas ce qu'est la bienheureuse Trinité, j'entrevois sa beauté, son harmonie, ses charmes, son bonheur, ses parfums, sa lumière... et ce qui me fascine est sans doute d'entrevoir un au-delà ineffable. Comme je suis triste de voir représenter la Sainte Trinité sous les traits d'un vieillard, d'un crucifix et d'une colombe ! C'est une représentation si mauvaise et si laide qu'elle est plus propre à susciter la pitié qu'à favoriser la dévotion... Cela doit bien faire rire Notre Seigneur! Sa beauté à Lui est tellement d'un autre ordre... C'est de cette beauté que jaillissent les rayons de la lumière et d'elle aussi que naissent les couleurs !... Ah! si je pouvais peindre ces beautés de la Trinité que je sens venir se refléter en mon âme! Hélas! misérable que je suis, dans mon impuissance je parviens à peine à transcrire par de pauvres mots ce que je sens battre dans mon cœur, ces vibrations de l'Esprit Saint et ces effleurements divins et purs. Ah! si je pouvais tremper ma plume dans l'encre du Ciel, peut-être alors le papier brûlerait-il, transmettant quelque chose de ce que je ressens!

     

     

    (P58) La petite Colombe m'a dit: « Écoute, ma fille, J'ai pour habitude de brûler mes nids avec le feu de l'amour, soit pour les purifier et en construire de plus beaux, soit pour en enlever quelque chose qui Me déplaît ou Me gêne... C'est pour cela que J'utilise le feu de désolations intérieures. Tant qu'il te restera un souffle de vie, ma petite fille, ton âme pourra acquérir des mérites et se purifier en devenant de plus en plus mienne dès cette terre et pour l’éternité. Ah ! si tu comprenais quelle grâce singulière Je te fais en te donnant ces désolations qui te purifient! »

    Ensuite Jésus lui-même m'a fait comprendre que de nombreuses âmes de religieux meurent sans même avoir gravi la première marche de l'humilité, et que cette tiédeur dans des âmes qui Lui sont consacrées afflige beaucoup son Cœur !

     

    (p77) Les cinq degrés de la vie de l'Esprit Saint dans l'âme

    26 mai 1898. Hier soir, j'ai ressenti sécheresse et aridité dans ma prière, mais en me sacrifiant et en foulant aux pieds cette nature vile qui est la mienne, et aussi en faisant pénitence, je suis parvenue à la vaincre. Au dernier moment, le Seigneur m'a fait connaître un état nouveau que la petite colombe a bien voulu m'expliquer aujourd'hui, après la communion, en me disant : « Cinq sont les degrés de la vie de l'Esprit Saint dans l'âme et chaque degré comporte de nombreuses nuances.

    Premièrement, l'Esprit Saint touche l'âme qui s'éveille et s'émeut, deuxièmement, l'Esprit Saint se pose en elle, la grisant et la remplissant de grâces, troisièmement l'Esprit Saint se repose en elle... Lorsque l'Esprit Saint se pose dans l'âme, Il ne tarde pas à reprendre son envol, mais lorsqu'Il prend son repos en elle, Il y demeure longuement, la détachant de la terre et la préparant à atteindre le quatrième degré qui est « la possession ». C'est seulement à ce degré que l'âme M'appartient et qu'elle est complètement à Moi. C'est là qu'elle se laisse faire, Me laissant la former et la transformer. L'âme ressent alors avec plus d'acuité ma présence et ses effets, ce qui la détache de tout ce qui est humain. Elle ne recherche plus que Moi et n'est plus comblée que par Moi. Je deviens l'objet de toutes ses pensées et de tous ses désirs. Elle ne trouve de repos qu'en Moi et c'est seulement en Moi qu'elle peut se mouvoir et vivre. Pour atteindre ce quatrième degré de la possession, qui est véritablement sublime, l'âme doit devenir ma Croix et préparer mon nid en elle. 

    Le cinquième degré, qui est le Ciel sur la terre, est "l'union". C'est une possession réciproque, l’âme est toute à Moi, et Moi, Je suis tout à elle. Et cette âme enrichie de tous mes dons et de toutes mes vertus vit sur cette terre comme si elle n'y vivait pas, elle n'aspire qu'au Ciel, et ce, dans un profond recueillement et une grande solitude. Ces âmes passent inaperçues et elles sont même méprisées du monde, ce sont des victimes sacrifiées dans le secret et à l'abri des regards. Et même si ce degré de perfection ne se fait pas sentir d'une manière continue, Pâme reste unie à Moi par un lien très étroit et indissoluble. Peu d'âmes, en vérité, atteignent ce degré de l'union. Elles ne sont plus séparées du ciel que par le fil ténu de la vie. De telles âmes soupirent jour et nuit en espérant se voir promptement libérées de la prison de leur chair mortelle. Ce sont les âmes qui se sont laissé faire... C'est mon souffle qui prépare l'âme et lui permet d'accéder à ces degrés en la purifiant.

    Tu sais bien que c'est Lui qui purifie, donne la vie et embrase. Il précède le don de ces grâces et prépare T'âme à ma venue. »

    Quelles merveilles, mon Dieu ! Est-il possible que la petite colombe fasse tout cela en mon âme! Je n'en suis pas digne et je crains qu'elle ne se salisse au contact de mon âme pécheresse... Vole vers des âmes plus pures que la mienne et repose-toi en elles!

    Comment est-il possible que tu sois attirée par la boue de mon âme et que tu t'abaisses jusqu'à moi?

    Je suis honteuse de ma bassesse et je voudrais fuir loin de cet Esprit Saint qui me poursuit de son amour... Mais que dis-je ? Pourquoi résister? Ne serait-ce pas là une forme très raffinée d'un orgueil spirituel inspiré par le démon? Que faire mon Dieu devant tant de grâces ?

     

    Avant d’entrer un peu plus en avant dans les détails, voici les mots d’une autre Sainte, Marie Lataste, à propos de l’Esprit-Saint. Encore une fois, c’est l’Esprit-Saint qui lui explique Lui-même son action :

     

      « Les dons du Saint-Esprit sont des habitudes ou des inclinations inhérentes à l'âme, distinctes des vertus surnaturelles infuses, nécessaires pour opérer le bien et obtenir le salut, et inséparables les unes des autres. Je vous les ai fait connaître selon le rang de leur dignité. Les dons du Saint-Esprit sont inférieurs en dignité aux vertus théologales, mais ils sont supérieurs aux vertus morales.
      « Les dons du Saint-Esprit sont des habitudes infuses, c'est-à-dire inhérentes à l'âme. Car, par la grâce, l'Esprit-Saint habite dans l'âme et il y demeure avec ses dons. Cette permanence du don n'est point par conséquent quelque chose de transitoire, mais une réalité fixe qui demeure dans l'âme, une inclination, une habitude qui la porte à agir selon la tendance du don du Saint-Esprit.
      « Vous ne savez pas comment il se fait que les dons du Saint-Esprit soient distincts des vertus? Vous allez le comprendre facilement. Les dons du Saint-Esprit seraient mieux appelés les inspirations du Saint-Esprit, parce que ce mot indiquerait la nature même de ces dons, c'est-à-dire qu'ils sont dans l’âme comme le souffle de l'Esprit-Saint. Or, l’inspiration marque un mouvement venu de l’extérieur.

     

    LES 7 DEMEURES 

    Voici un résumé, à travers mes lectures et mes expériences, de l’action des 7 demeures ou 7 Dons de l’Esprit-Saint. Je les ai mis en lien avec 7 phrases du Notre-Père ainsi que 7 Béatitudes. 

     

    Lorsqu’ils sont défaillant, c’est le CERCLE VICIEUX :

     

    D1 : La personne nie la vie qui la soutient, refuse d’être une créature du Créateur elle développe l’orgueil.

    D2 : Ses désirs ne vont pas dans le sens du Souffle de vie mais dans le sens de son égo (éducation, blessures), elle développe jalousie et envie.

    D3 : Sa volonté ne s’harmonise pas avec le Souffle de vie, mais entre en conflit, elle développe colères et impatiences.

    D4 : Au lieu de se mettre au service du Souffle de vie qui veut la porter vers l’épanouissement, cette personne va manquer de promptitude à obéir à ses impulsions profondes, elle développe une certaine paresse, ce qui développe de la tristesse, n’étant plus tournée vers le Bien.

    D5 : Elle refuse de faire circuler le Souffle de vie, ce qui génère une atrophie du donner-recevoir,  refus de pardonner, refus de la foi, elle développe égoïsme, avarice et et compense en allant vers des excès.

    D6 : Persuadée que son bonheur est dans l’avoir et non dans l’être elle développe attachements, concupiscence et possessivité.

    D7 : N’étant pas reliée à ses sens et à la Sagesse du Souffle de vie qui les traverse, elle développe de faux idéaux, fausses croyances (boue spirituelle), des buts illusoires et des fantasmes. Elle se trompe de vocation et erre sans trouver la paix. 

     

     

    LE CERCLE VERTUEUX

    Et voici, au niveau de chaque Demeure ce qu’il se passe lorsqu’elle

    est sur l’échelle ascendante :

     

    D1 : La personne a de la considération pour la vie qui la soutient, elle développe l’humilité. Elle est dans sa vérité. Elle considère la vie comme un cadeau donné.

    D2 : Ses désirs sont tournés vers le Souffle de vie, elle a comme un amour filial envers Lui, elle développe la douceur et la bienveillance. Nos désirs se tournent vers cet amour qui nous traverse. 

    D3 : Sa volonté personnelle s’harmonise avec la volonté du Souffle qui l’anime, elle développe la clémence, la tolérance et la patience. C’est aussi en ce lieu que se trouve le Don des larmes, cette capacité de repentir, cette faculté d’être capable de reconnaître ses erreurs et de retourner notre volonté vers le Bien.

    D4 : Son égo se met au service du Souffle de vie, elle développe son courage, sa force de justice, ainsi que sa prudence.

    D5 : Elle fait circuler le Souffle qu’elle reçoit en le redonnant, elle développe la générosité, le pardon et la tempérance.

    D6 : Elle ne s’attache qu’au Souffle de vie qui l’anime, elle développe la pureté de coeur. Elle n’a pas d’autres intentions que l’amour. 

    D7 : Étant pleinement reliée à ses sens, elle reçoit tous les bienfaits du Souffle qui les traverse, ainsi elle s’accomplit, ce qui lui procure la paix.

     

     

     

    Pour le tableau que voici, j’ai fait concorder mes recherches avec celles du Guérisseur, de Saint-Bonaventure et de Saint Agustin. 

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    EXPLICATION PRIERE DES 7 DONS 

    Cette prière que voici, je crois qu’elle est un des plus grand trésor de mon maître. Elle peut s’utiliser comme grande prière de purification, elle peut aussi servir de manuel pour inventorier nos fautes lors d’une grande revu comme dans les exercices spirituels de Saint Ignace de Loyola. Elle est vivante, mouvante. Le Guérisseur est toujours en train de l’enrichir et l’adapter en fonction de ses besoins, des difficultés qu’il traverse. Voici comme sa structure de base a surgi.

     

    Il avait acheté spontanément dans une librairie de vieux livre un ouvrage de Saint-Bonaventure sur les 7 Dons de l’Esprit-Saint. Un jour qu’il est chez lui, une voix lui dit : « Lis le livre ». Il n’en comprends rien. Pas un seul mot. Alors il se dit que s’il en faisait un résumé, peut-être cela l’aiderait-il à en comprendre quelque chose. Il a souligné les phrases qui lui paraissait être importantes, sans pour autant y comprendre quoi que ce soit. Il les a réécrites à l’ordinateur sur un documents de 16 pages. Comme il n’y comprenait rien, il a essayé de résumer son son résumé. Il est arrivé à 8 pages. Toujours aucune compréhension. Il a réduit à 4 pages. Rien. 2 pages. Toujours rien. Alors il a travaillé à ce que cela tienne sur une seul page. Quand il a commencé à lire ce qui restait son corps a tremblé de part en part. Une première puissante était née. Voici.

     

     

    PRIERE DES 7 DONS

     

    Prière aux sept dons de l'Esprit saint, appelé aussi Amour  

     1-appel à la Sagesse : les paumes 20 cm au-dessus de la tête

    Que la Sagesse me pénètre au plus profond de mon être et chasse hors de moi tout goût pour la luxure, le regard luxurieux, tout ce qui est malsain, tout ce qui est sordide, les pensées insensées, les paroles insensées, les actes insensés, le démon de la malice et de la perversité, le démon ricaneur et le démon moqueur.

      Que la Sagesse me pénètre au plus profond de mon être et m’introduise à un Bien de Paix, fort, stable, constant et durable, vivant, actif, grandissant de jour en jour, indestructible, invincible et transmissible. Je remercie l’Esprit de Sagesse et la Vertu de Paix. Gratitude.

    2-Appel à l'Intelligence divine: bras écartés, paumes au niveau des yeux.

    Que l’Intelligence Divine me pénètre au plus profond de mon être et chasse hors de moi toute avidité matérielle, toute avidité  sensuelle, toute suspicions, toutes gourmandises, et le goût de la possession.

    Que l’Esprit d’Intelligence Divine me pénètre au plus profond de mon être et m’introduise aux Biens de Pureté de cœur et de Confiance, forts, stables, constants et durables, vivants, actifs, grandissants de jour en jour, indestructibles, invincibles et transmissibles. Je remercie l’Esprit d’Intelligence Divine et les Vertus de Pureté et de Confiance. Gratitude.

     

     

     

    3-Appel à l'esprit de Conseil: paumes devant les épaules

    -Que l’Esprit de Conseil me pénètre au plus profond de mon être et chasse hors de moi la curiosité spirituelle, l’avarice, l’égoïsme, le refus du pardon, le refus de la Foi, le jugement, la culpabilité, le doute, l’ingratitude et tous les excès. 

    Que l’Esprit de Conseil me pénètre au plus profond de mon être et m’introduise aux Biens de Miséricorde, de Gratitude, de Foi, de Tempérance, de Quiétude et de Tranquillité, d'Enthousiasme et d'Ardeur. Je remercie l’Esprit de Conseil et les Vertus de Miséricorde, de Gratitude, de Foi, de Tempérance, de Quiétude et de Tranquillité, d'Enthousiasme et d'Ardeur. Gratitude.

    4-Appel à l'Esprit de Force: paumes devant la poitrine

    Que l'esprit de Force me pénètre au plus profond de mon être et chasse hors de moi le chagrin et la tristesse, la paresse, la négligence, le manque de promptitude à l’obéissance. 

    Que l’Esprit de force me pénètre au plus profond de mon être et m’introduise aux Biens de Justice, de Prudence, de Discernement et de Tendresse. Je remercie l’Esprit de Force et les Vertus de Justice, de Prudence, de Discernement et de Tendresse. Gratitude.

    5-Appel à l'Esprit de Science et de  Connaissance: paumes devant l'estomac

    Que l’Esprit de Science et de Connaissance me pénètre au plus profond de mon être et chasse hors de moi toute colère, toute méchanceté de colère, toute impatience, tout conflit des croyances. 

    Que l’Esprit de Science et de Connaissance me pénètre au plus profond de mon être et m’introduise aux Biens de Sérénité d’Esprit, d'Indulgence, de Clémence (envers moi-même et envers mon prochain), et de don des larmes. Je remercie l’Esprit de Science et de Connaissance et les Vertus de Sérénité d'Esprit, d’Indulgence, de Clémence, et le don des larmes. Gratitude.

     

    6-Appel à l'Esprit de Piété: paumes devant le ventre

    Que l’Esprit de Piété me pénètre au plus profond de mon être et chasse hors de moi tous les mauvais désirs qui n’élèvent pas l’âme, l’envie et la jalousie, l’avidité et la cupidité, toutes les vanités, et la méchanceté d’aversion. 

    Que l’Esprit de Piété me pénètre au plus profond de mon être et m’introduise aux Biens de Douceur, de Bienveillance envers  moi-même, envers mon prochain, de Générosité dans l'effet (quand je donne je donne beaucoup), d'Obéissance. Je remercie l’Esprit de Piété et les Vertus de Douceur, de Bienveillance, de Générosité et d'Obéissance. Gratitude.

    7-Appel à l'Esprit de Crainte: paumes entre les jambes.

    Que l’Esprit de Crainte me pénètre au plus profond de mon être et chasse hors de moi l’orgueil, le mensonge, l’aigreur, la méchanceté d’aigreur, le soupçon, la médisance et la rancœur.

     Que l’Esprit de Crainte me pénètre au plus profond de mon être et m’introduise aux Biens d’Humilité, de Vérité, forts, stables et constants, vivants, actifs, grandissants de jour en jour, indestructibles, invincibles et transmissibles. Je remercie l’Esprit de Crainte et les Vertus d’Humilité et de Vérité. Gratitude.

    Je remercie l’Esprit Saint et les Sept dons de l’Esprit Saint. Gratitude.

     

     

     

    Merci à vous et pour faire un petit peu lien avec l'art avant de se quitter, je vais juste vous relire Force page 68 Donc bien sûr, si vous avez des questions par rapport à tout ça, vous pouvez me les écrire et puis comme ça moi je vous préparerai des réponses. Moi j'y pense là tout de suite parce que moi par exemple j'ai mis du temps à comprendre le mot sans crainte, je comprenais pas en fait par exemple pourquoi il y avait une crainte. 

     

    SAINTE CRAINTE

    Quelques explications avant de se quitter sur le vocabulaire. Bien souvent il m’a fallu plusieurs mois de prière sans comprendre le choix de tel ou tel mot dans cette prière, jusqu’à une expérience qui me le faisait comprendre. Je vous invite à faire de même. Voici néanmoins deux petites explications. La première est à propos de la Sainte Crainte. Je me suis longtemps demandé, comment se faisait-il que cette première demeure ai un nom associé sémantiquement à la peur. La réponse est justement par qu’il en est l’anéantissement. On dit souvent que « La crainte doit devenir sainte », ce qui veut dire que cette crainte va évoluer, de la même manière que les Trois étapes du chemin cité lors d’une autre conférences. Au début il n’y a que les peurs terrestres, l’âme s’éveille à son Créateur,  elle a alors peurs du châtiment dû à sa longue ignorance, son endormissement. Elle s’éveille encore, reçois des grâces, mais elle peur de les perdre. Elle s’éveille encore et arrive à la Sainte Crainte, la crainte de faire quoi que ce soit qui puisse la couper de l’amour. Cette crainte est en effet de l’amour. C’est la même chose que lorsque l’on tient un nourrisson dans ses bras : nous ne sommes pas négligent car nous avons la crainte qu’il puisse tomber, mais cette crainte, c’est de l’amour, c’est de l’attention à l’autre. « La crainte doit devenir sainte ».

       

     

    ESPRIT DE FORCE

    Pour entrer un peu plus dans cet univers, voici ce que révèle l’Esprit Sainte à Conchita à propos de l’Esprit de Force et nous invite à en découvrir toute la profondeur. 

     

    « L'esprit de force n'est donné par l'Esprit Saint qu'aux âmes courageuses qui savent lutter contre elles-mêmes. On pourrait croire qu'Il le donne aux âmes faibles, mais c'est tout le contraire, Il n'offre ce don qu'aux âmes vaillantes. Comprends bien, ma fille, que si l'Esprit Saint donnait l'esprit de force aux âmes faibles, cela leur nuirait, ce qui est impossible car Il ne peut faire de mal, étant la source éternelle de tout bien. La force est faite pour soutenir et aider dans la lutte, le sacrifice, la ténacité, le pardon et toutes les vertus guerrières. Mais la force, qui est fermeté et bravoure, ne peut s'accorder avec la mollesse, le laisser-aller et la faiblesse coupables.

    L'esprit de force est fait pour soutenir l'âme fatiguée et lasse et presque épuisée par le combat. Il ne descend jamais dans les âmes qui ne manifestent que de la tiédeur pour le service de Dieu ou pour leur propre sanctification. L'esprit de force éloigne Satan, déviant les traits enflammés qu'il lance contre les âmes. Cet esprit de force est le gardien de l'âme pure qui se sacrifie avec courage, c'est-à-dire qu'il veille sur le sacrifice et le soutient. Cet esprit de force, aidé de la vertu de constance, prête mainforte à l'amour actif dans les difficultés de la vie spirituelle, il redresse celui qui agonise dans le combat et redonne le courage nécessaire pour se vaincre soi-même. L'Esprit Saint donne cet esprit de force à tous ceux qui Le cherchent. Sais-tu, ma fille, où cet esprit se cache? Dans ma prière au jardin des Oliviers, c'est là que J'ai montré au monde ce qu'était la force d'âme, car c'est dans mon agonie qu'elle m'a été donnée... Par trois fois, Je l'ai cherchée et par trois fois Je l'ai trouvée dans la prière. Marie a possédé ce don en plénitude et il a brillé en elle au pied de la croix, d'une manière admirable. Le don de l'esprit de force est admirable entre tous car il donne à l'âme la grâce de persévérer jusqu'à la fin, jusqu'au Ciel. Comme elle est heureuse, l'âme douée de cette force, car ni les passions ni les ennemis ne l'atteignent plus. Elle est devenue inébranlable parce qu'une force surnaturelle la soutient, la force divine de l'Esprit Saint, accompagnée des vertus de foi, d'espérance et de charité qui lui communiquent leurs qualités et leurs effets. Ce don est incompréhensible pour l'intelligence humaine. »

     

    LIEN AVEC L’ART

    Dans ce dernier passage, on découvre clairement les liens profonds entre un état intérieur où l’Esprit entre en action, et un récit, en l’occurence des passages de la vie du Christ, qui sont aussi des mystères sur lesquels on médite lors de la prière du chapelet. Cela devient de matières d’explorations artistiques, que ces scène soient jouées ou racontées, elles sont aussi en lien directe des étapes de notre chemin personnel avec l’Esprit Saint. Notre travail artistique peut ainsi être un partenaire directe de notre chemin du dedans. 

    Gratitude.

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