LOUIS ANSA

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Alors que je participais aux ateliers d'Henri Gougaud, celui-ci nous dit un jour : "La semaine prochaine, il y aura une surprise." C'était notre rencontre avec Don Luis...

Henri et Luis, autant dans leurs ouvrages qu'à leur contact, ont été des aides et des repères sur mon chemin. Ils ont été pour moi des exemples d'union entre création artistique et chemin spirituel. Si j'ai choisi de mettre les paroles de Don Luis en premier sur cet réunion de textes et d'êtres remarquables, c'est que je trouve qu'elles nous aident à mieux comprendre à quoi nous seront utiles ces rencontres, et dans quelle attitude les recevoir pour qu'elles deviennent pain pour nos âmes.

Voici une petit vidéo, et ci-dessous mes notes de tiré de son entretien avec Henri Gougaud nommé Le Quatrième Royaume.

Le Quatrième Royaume

Les gens ne devraient pas tant réfléchir à ce qu’ils ont à faire.

Ils devraient plutôt songer à ce qu’ils pourraient être.
Maître Eckhart

 

 


INTRODUCTION

Je suis toujours surpris de constater l’inertie de l’homme face à ses désirs profonds. Les désirs affleurent souvent dans l’enfance au travers de rêves qui sont aussitôt confiés à l’oubli.
On grandit, happé par le tourbillon de l’existence, et on tourne le dos à cet appel qui vient du royaume de l’enfance.
On sort de notre propre légende pour la remplacer par un monde où nous nous inscrivons dans l’histoire des autres.
Pourtant, c’est rêves de l’enfance et les désirs profonds qu’ils expriment viennent d’un monde où le possible existe.
Un possible qui vit en nous, nous attend, nous appelle.
Dans nos sociétés évoluées, être humain a fermé la porte à la légende que nous sommes, par soucis d’être une histoire dans l’histoire collective. Il a mis un veto sur l’inconnu, livrant l’accomplissement de ses désirs et la réalisation de ses rêves au hasard.
Il ne se rend pas compte que les désirs et les rêves provient d’autres mondes, d’un inconnu infini qui nous cherche, d’une Grandeur qui veut se rejoindre en nous dans l’accomplissement de sa nature d’union et d’amour.
Les rêves de l’enfance recèlent l’écho d’une réalité très proche : l’être aimant qui nous cherche, l’être intérieur.
Le connaître par le sentir, l’explorer dans le « simple », ne faire qu’un avec lui dans un jardin intérieur est possible ; cela demande amour, respect de soi, confiance en soi et engagement.
Par le silence de l’intimité se révèlent les secrets cachés dans le beau, le vrai et le bon.
Les légendes, les mythes et la tradition nous parlent du royaume de l’Être, du royaume du Maître intérieur. Ce royaume est le notre et nos rêves nous invitent au retour dans ses terres.
Vie à l’intérieur de la vie, renaissance dans le secret de la matière, là où l’Être communie en toute chose et en tout temps, dans l’océan où finissent les fleuves et s’effacent les différences, règne l’espace intérieur.
Les écoles de Connaissance d’où sont issues les grandes voies connues sous le nom de christianisme, soufisme, hindouisme, bouddhisme, et et autres, sont toujours d’actualité.
Aujourd’hui, en Occident, elles se présentent à travers des courants de pensée adéquats aux lieux, aux gens et à l’époque.
Ces écoles proposent à l’homme un autre regard sur lui-même, une autre approche de la vie et une autre connaissance de Dieu. Un regard sans dogme, offert à l’homme et à la femme à travers un travail en profondeur qui s’intègre à la vie de tous les jours.
Ce travail révèle la partie essentielle du savoir : une partie très délicate de la connaissance, enfouie dans la vie ordinaire et qu’il lui faut extraire grâce à l’expérience, sans contrainte et sans violence.
On s’étonne parfois que dans une approche touchant au développement de la vie intérieure, une telle importance soit donnée à l’expérience et que l’humour accompagne très souvent les révélations.
Quel est ce travail proposé par les écoles : philosophie, religion, mysticisme, psychologie, méthode d pensée ou simplement expérience ?
Il faut aller chercher la réponse au-delà de toutes les voies, de toutes les religions, de tous les systèmes qui sont, en Orient comme en Occident, les différentes expression d’une même quête : l’éveil de l’homme à sa grandeur.
Dès sa naissance, l’être humain se trouve en état d’interrogation.
Pour obtenir des réponses, il sort de lui-même et s’éloigne ainsi du naturel où réside pourtant la clef de son éventuelle évolution : être éveillé dans le SENTIR.
Il s’agit de retourner vers sa propre terre, son cœur, le lieu de Dieu et de la connaissance, de se réconcilier avec soi-même dans un état de paix et d’harmonie.
Tout le travail des maîtres et des guides, dans ces écoles, consiste à ramener l’homme à son royaume : lui-même.
Pour l’individu, ce retour implique disponibilité et respect envers lui-même, confiance et engagement dans son travail pour retrouver et développer ses organes supérieurs de perception.
Les entretiens publiés ici peuvent être considérés comme une exploration et une familiarisation avec certains aspects du travail de ces écoles.
 



I. LA MÉMOIRE

La mémoire est l’agent conscient de toute RELATION.
C’est en elle que se troue la clef de la connaissance.
Chez l’homme, la mémoire constitue le fil conducteur du processus des corps physiques, émotionnel, psychique et spirituel. Elle est l’agent dynamique et provocateur de toute interrogation au sein de la vie profonde de l’esprit.
Voilà quelques unes des raisons qui placent la mémoire au rang des pus dates facultés humaines. Malheureusement, elle reste trop souvent ignorée comme telle, et insuffisamment développée.

Il existes d’’autres facultés non développée, comme l’attention, qui est la face cachée de l’amour.

La possible évolution de l’homme et l’éveil à sa conscience passent par l’exploration, le développement et le raffinement de ces énergies et de ces forces, présentes en lui dès la naissance.
Au niveau mental, l’être humain vit en général dans un état de distraction et de désunion, identifié à son entourage et à son incessant bavardage intérieur.
Cet état d’identification, véritable fléau de passivité dans lequel l’être humain vit depuis sa plus tendre enfance, est devenu l’état « naturel » à travers lequel il vit et pense. Ses corps physiques, émotionnel et psychique fonctionnent, certes, mais à quel niveau ? Avec quelle puissance ? Avec quelle énergies ? Quel est la relation entre eux ?
AU NIVEAU PHYSIQUE, ON NE PEUT QUE CONSTATER L’ABSENCE DE PARTICIPATION CONSCIENTE DU CORPS DANS NOS ACTES. Mis à part le domaine sexuel, bien que celui-ci se trouve souvent perturbé par les phantasmes issus du mauvais fonctionnement des corps mentales et émotionnels.
Au niveau émotionnel, nous sombrons dans la sentimentalité, la susceptibilité et la peur, lesquelles engendre amour-propre et indifférence.
De cela résulte ce que nous appelons notre identité, fortement colorée par la peur, la culpabilité, la compétition et le profit.
Cette identité à travers laquelle l’homme croit vivre est en réalité la prison qui conditionne sa pensée et ses actes. Il ignore qu’il existe, bien au-delà, un domaine où une autre réalité lui est offert :
la terre de ‘homme, sa véritable mémoire.

Ce que vous appelez le Quatrième Royaume ?

Oui, c’est le royaume de l’esprit, du sentir, et de l’être, celui de l’homme régénéré, développé, libéré et constamment en évolution, qui, grâce à un travail spécifique, a accédé à un pallier de la connaissance.
Libéré de la version mutilée de lui-me^me qu’on lui a imposé, il peut accédé à un univers généreux et y participer dans sa vie quotidienne, accomplissant ainsi les deux fonctions pour lesquelles il a été créé : exister et fonctionner consciemment à l’intérieur de la vie.
L’existence dans laquelle l’homme apparaît contient tous les éléments de base susceptibles de lui permettre de rejoindre la vie intérieure où règne l’esprit, la connaissance et la conscience.
C’est le Quatrième Royaume, au-delà du minéral, du végétal et de l’animal que l’homme a déjà traversé.
L’appel de ce Quatrième Royaume résonne inlassablement dans notre mémoire intuitive.

Tel est le travail des écoles : relier l’homme à cette mémoire qui est la mémoire de l’aventure humaine à l’intérieur du créé.

Il ne s’agit pas de changer de mode de vie, mais d’introduire un nouveau regard dans notre vie, de lui donner une direction, un but, en rapport avec notre désir profond et notre nécessité d’évolution. Ce regard changera ce qui doit et peut changer efficacement, conformément à notre but.

Il s’agit d’abord d’être dans une attitude neutre d’observation de soi, sans jugement ni spéculation, afin d’apprendre à se voir, se connaître, se comprendre et s’AIMER !
Plus particulièrement, il convient de diminuer la pression, la tension exercée par l’anxiété qui s’exprime à travers les diverses attitudes d’apitoiement, de justification, de culpabilité et de tous ces fléaux qui sabotent le potentiel réel de l’individu.
Ce travail est indispensable à l’émergence de nouvelles facultés qui mèneront l’homme à la rencontre avec sa conscience, avec lui-même, ainsi qu’avec la mémoire enfouie dans son propre coeur.

Je parle bien de notre coeur, ce lieu charnel qui contient un espace à l’intérieur de nous-même. Espace vierge de toute histoire où le langage cesse et où la mémoire rejoint la vie profonde de l’Être.
Le Créateur a donné à l’homme la possibilité de participer à cette DIMENSION d’union.

Ce travail dans une école est-il forcément long ?

Dans la sphère du travail intérieur, il n’existe pas de mesure rigide du temps.
Pour celui qui s’engage dans cette grande aventure qu’est la connaissance de soi, l’essentiel est la découverte et l’utilisation des trésors enfouis en lui, à savoir les facultés supérieures, seules capables de nous libérer de notre ignorance et d’amener notre conscient à d’autres niveau.
L’engagement que cela implique efface du mental toute spéculation qualitative de temps.



II. SAVOIR APPRENDRE

Vous dites dans votre premier livre : « L’obsession erroné de vouloir comprendre est l’une des caractéristiques les plus fréquentes de ceux qui rentrent dans une école. » Pouvez-vous préciser ce point ?

Imaginez deux individus réunis dans ce lieu de travail qu’est un école de la tradition. L’un a passé un certain temps sous la direction et au contact d’un maître.
L’autre ne connaît des écoles que ce qu’il en a lu ou entendu dire. Si ce dernier veut comprendre la situation dans laquelle il se trouve, ne possédant aucun terme de référence, il ne pourra se livrer qu’à des suppositions basées sur ses opinions, ou pire, à des interprétations émotionnelles. Les prétendus états métaphysiques que cela risque d’engendrer chez lui ne feront que camoufler son manque d’informations et d’expérience, face à une situation technique de travail.
Cette situation ne demande pourtant ni l’analyse comparative du mental ni l’auto-intoxication émotionnelle, générés en grande partie par une imagination assoiffée d’états extraordinaires.
C’est ce que je signal lorsque je parle d’obsession maladive de vouloir tout comprendre, à tout moment. Cette attitude néfaste empêche le développement de la vie profonde de la compréhension, laquelle ne peut apparaître que lorsqu’elle est liée à la mémoire vécu.


En résumé, seule l’expérience, en tant que correctif des informations reçues, peut apporter la compréhension d’une situation.

L’expérience est un des facteur majeurs indispensables à la compréhension, comme il est également nécessaire que l’individu respecte le facteur temps et ne mette pas son mental sous pression pour extraire d’une situation, coûte que coûte, une « compréhension » ou un substitut émotionnel ou affectif.
Il économise ainsi son énergie en diminuant son anxiété, et permet aux facteurs positifs en présence d’alimenter son Être profond et d’éveiller cette faculté qu’est la compréhension.
Cette attitude apparemment passive lui permet d’accéder à la dimension vivante et dynamique où règne un autre niveau de compréhension.


Ce serait habitude de vouloir comprendre à tout prix qui maintiendrait en nous confusion et anxiété ?

La confusion et l’anxiété proviennent de l’acidité excessive des plans mental et émotionnel, et de l’importance qu’on leur octroie.
Nous sommes ignorant du rôle des autres facultés présentes en nous, lesquelles, correctement développés, peuvent apporter des informations non seulement « intellectuellement » à notre mental mais, plus largement, à notre conscience globale.
Celle-ci nous sort ainsi des étroits domaines de la prétendue « compréhension », pour accéder à un univers plus vaste et plus riche qui est celui de la perception.



Mais il faut d’abord que l’individu se libère de la dictature du mental.

Cette dictature du mental, comme vous dites, ne peut être désamorcée que par un patient travail au sein d’une école.

Cela implique d’avoir la foi et d’accorder confiance à un maître. Or, dans le domaine spirituel, le doute existe…

Prenons un exemple en ce qui concerne le doute et la croyance.
Si vous tombez malade, votre bon sens vous conduit chez un médecin qui vous examine. Mais qu’il soit sympathique ou antipathique, beau ou laid, d votre pays ou non, peu importe. Seule sa compétence compte pour vous. Encore une fois, votre bon sens vous pousse à vous taire et  à obéir au praticien, évitant d lui faire perdre son temps avec vos opinions. Vous collaborez ainsi, motivé par une seule nécessité : votre guérison.
Cette nécessité vous protège de la prétention de vouloir comprendre avant même d’être guéri.
De même, dans le domaine de l’esprit, ou de la vie intérieure, on ignore que l’on a besoin d’un autre savoir : le SAVOIR APPRENDRE.
Le savoir apprendre requiert différentes qualités : patience, capacité d’observation, prudence et ouverture à l’expérience.
Le savoir apprendre n’est pas un conditionnement ; au contraire, c’est une situation de respect.
Un maître vous apprend à utiliser vos propres outils. Il ne cherche pas à vous transporter dans un nirvâna imaginaire.
Il vous apprend comment sortir de la confusion et de l’anxiété, au moins jusqu’à un certain point, par vos propres moyens. La tâche n’est facile ni pour vous ni pour celui qui enseigne.
Depuis des siècles, l’homme a été conditionné à l’imitation et à la reproduction de schémas mentaux qui le maintiennent dans des concepts rigides et des théories « psychologiques » dépourvues de tout fondements.


D’après vous, il suffirait donc de renoncer à nos opinions pour accéder à une libération au niveau de la compréhension et de la vie intérieure ? Cela rejoindrait le célèbre concept zen du « lâcher prise »…

Commençons par diminuer l’état identification à nos opinions, ces idées fixes, faites de compétitivité et d’arrogance.Faire la différence entre connaissance et opinions constitue déjà un degré dévolution avancé.


Dans le travail d’un école, à quel moment le disciple accède-t-il à une réelle compréhension ?

Je vous donnerai deux réponses qui correspondent à deux niveaux différents. Choisissez celle qui vous convient.
La première, en terme de temps, est : jamais. Car la compréhension est sans cesse en mouvement, activée par la dynamique de la recherche qui, comme la vie, est infinie.
Le seconde réponse est : vous pourrez accéder à la compréhension quand cette question aura cessé de vous préoccuper, car vous serez dans la participation, par l’expérience.
La vraie compréhension est une état harmonieux où la fonction intellectuelle a cessé d’exercer sa tyrannie, parce qu’elles se trouve intégrée dans une développement complet de l’homme, alors animé par une énergie de perception plus vaste dans laquelle participent le copines mental, le corps émotionnel et le corps physique.

C’est en contradiction avec ce que l’on enseigne en Occident, à savoir que comprendre équivaut à dominer intellectuellement son sujet, à le contrôler.

Je ne cherche pas à introduire une contradiction, mais plutôt à élargir notre champ de compréhension : au lieu de maintenir en soi-même cette volonté de dominer, pourquoi ne pas cherche à participer, éveillé aux changements et ouvert à chaque situation donnée ?

Comment y parvenir ?

Considérez les rapport humains, particulièrement les rapports de couple. Très souvent, personne n’écoute personne, personne ne cherche à comprendre l’autre. On cherche plutôt à trouver la faille, convaincu que l’on est d’avoir toujours raison.
Pour reprendre votre terme, chacun veut contrôler l’autre, en effet, dans un rapport de forces constant, parce que l’être humain a été dressé à penser l’autre en terme de comparaison, d’exigence et de compétition.
De même au niveau de la vie intérieure, il pense en terme de quantité, persuadé que le plus est le mieux, dans un état de tension permanentes avec toujours cette obsession de vouloir tout comprendre, à tout moment.
L’homme vit aujourd’hui dans un état de souffrance inutile, et cela se traduit par son insatisfaction, son mal de vivre, sa solitude.

Mais que faire pour y remédier ?

Voilà la grande question : que faire ?
Ne rien faire d’autre que diminuer la tension maintenue par le conditionnement, désamorcer la rigidité de notre personnalité et de nos opinions. La partie mentale et émotive de notre personnalité nous donne en permanence une idée fausse de nous-même et, par conséquent, des autres. Elle est est habitué à opérer avec l’aspect négatif en nous et chez les autres.
Cela fait partie du travail d’une école : permettre à l’homme de se libérer du conditionnement qui étouffe sa vie ordinaire et sa vie intérieure.
Mais comme pour toute chose, avant de planter, il faut défricher.


EMPLOI DU TEMPS

Cela se passait en Europe.
Le Mahatma Gandhi, invité pour s’exprimer devant le Parlement ‘un certain pays, fut reçu dans l’hôtel le plus luxueux.
Le jour de son allocution au Parlement, les dignitaires du gouvernement vinrent l’y chercher.
À la sortie de l’hôtel, le Mahatma se mit à marcher sur le trottoir, sans se préoccuper de la voiture mise à sa disposition.
Cette entorse au protocole provoqua un léger affolement. L’une des personnalités le rattrapa et lui dit :
« Votre Excellence, revenez, et prenons la voiture, on gagnera du temps !
Et qu’allons-nous faire de ce temps ? » répliqua Gandhi.


III. L’ART LE ROYAUME DE L’HOMME

L’étude de l’homme comporte quatre aspects. Ceux-ci n’ont pas de limites rigides car telles les quatre faces d’une pyramide, ils convergent vers la connaissance, et chacune de ces faces contient des aspect des trois autres, malgré leur langage spécifique.
Ces quatre domaines sont l’art, la religion, la science et la philosophie, quatre faces de la pyramide évolutive qui peuvent amener l’homme vers la connaissance de sa réalité temporelle et intemporelle.
Si le mot connaissance a une signification, ce ne peut être que dans l’unification  de tous les contraires.
C’est là le royaume de l’home, où règnent paix, accomplissent et amour.

Pouvez-vous nous parler du rôle de l’art dans l’évolution de l’homme ?

Quels que soient les cultures ou les moyens d’expression, l’art a toujours été le train d’interrogations essentielles, le canal à travers lequel l’homme a laissé les traces de ses préoccupations, tant sur le plan de son existence temporelle que sur celui de sa vie profonde et de son évolution intérieure.
Tout en se révélant à lui-même à travers son pauvre, l’artiste rendait visible aux autre sa percée dans l’inconnu.

Vous placez l’art au même niveau que la religion, la science ou la philosophie ?

Il ne s’agit pas de niveau, à proprement parlé, mais plutôt de canaux convergents, apportant des informations nécessaires à la connaissance globale de l’homme.
Nous sommes malheureusement trop habitués, aujourd’hui, à considérer ces quatre canaux ou chemins de connaissance comme opposés, sans contact ni complémentarité.
La réalité est tout autre.
L’art répond au besoin profond de communiquer qui est présent en tout être humain. Chez l’artiste, ce besoin devient celui de révéler l’énigme de ses interrogations sur le créé.

Pouvez-vous donner l’exemple d’un artiste, en Occident, qui ait rempli le mieux cette fonction, selon vous ?

On pourrai donner plusieurs exemples. Mais je choisirais, par sympathie, Jean-Sébastien Bach.
Bach explore les richesses les plus nobles de l’esprit humain, sans jamais céder à la virtuosité. Il sait éviter que sa créature ne réduise  ce don à un niveau subjectif et descriptif.
Il met généreusement son talent au service de la recherche spirituelle, en nous communiquant, au fil de ses oeuvres, ses propres certitudes vécues.
Son but est de témoigner, dans une durée limitée, de l’éternité contenue en lui.
Bach a eu l’intuition d’une grandeur, qu’il ne peut faire autrement que servir et transmettre par ses moyens musicaux.

Cela ne dénote-t-il pas une absence de liberté chez l’artiste ?

Au contraire, Bach atteint sa pleine liberté dans la connaissance et dans l’accomplissement de son don.
Comme Mozart, Brahms, Beethoven et tant d’autres, il vient au monde, dépositaire d’un mandat, d’une mémoire à laquelle il obéit.
Échapper à ce manda signifierait vivre en contradiction avec lui-même. L’accomplir, c’est rejoindre l’Être qu’il incarne et accéder aux autres dimensions.
Bach, en particulier, s’immerge sans cesse dans l’océan de son âme où il il retrouve la grandeur du royaume de Dieu.
C’est à partir de cette grandeur qu’il proclame le contenu déposé en lui et dont il ne peut être que le serviteur aimant, à travers son oeuvre.

Trouve-t-on des parallèles en peinture ?

Bine sûr, et ils sont nombreux. Toutefois, ans le domaine visuel, on confond trop souvent l’image et le contenu, et l’on reste prisonnier de l’esthétique qui limite et distrait notre regard. Elle nous prive de percevoir ce que signale le peintre par la composition, la forme, le signe et la couleur, qui ne sont que des moyens.
Cette distraction trouve son paroxysme dans cet « art pour l’art » généralisé depuis le début du siècle où l’acte de peindre devient une fin en soi.
« Lorsque le doigt montre la lune, l’ignorant regard elle doigt », dit le proverbe chinois.
L’oeuvre d’art devrait être comme le doigt qui désigne la perfection de la créateur naturelle. Or le doigt peut-il se désigner lui-même?
Des peintres tels que Léonard de Vinci, Piero della Francesca, Botticelli, Giotto, Raphaël, Michel-Ange, El Greco ne considéraient pas l’art comme un moyen au service de la seule personnalité de l’exécutant.
Leurs oeuvres remplissaient une fonction dans l’évolution de l’humanité, en relation avec la foi, la science et la philosophie. Elles proposaient à l’individu des données susceptibles de l’aider à trouver sa direction évolutive.

Que reste-t-il de cet art dans le monde contemporain ?

Le peintre a oublié que dans le langage pictural les procédés et les techniques ne sont que des moyens.
Le monde l’ « art », dans nos sociétés dites développées, est devenu un marché ouvert à n’importe qui, pour faire n’importe quoi. Une vaste entreprise de spéculation, où « l’artiste » subit passivement ces exigences mercantiles : son expression, sans direction ni but, reflète le déséquilibre, la violence, la laideur et l’inconscience. Le tout sous couvert flatteur d’originalité, de spontanéité et de psychologie obscure.

Vous êtes durs avec les artistes !

Pourquoi voulez-vous que je prenne des gants ?
L’ « artiste » se préoccupe-t-il de la négativité qu’il introduit dans l’humanité ?
Aujourd’hui, ce que l’on appelle l’ « art » est, à de rares exceptions près, le produit d’une dégénérescence qui n’apporte aucun élément positif ou évolutif.
L’ « artiste » est en train d’usurper un domaine sacré qui collaborait à la lente et difficile émergence de l’humanité vers le royaume de l’esprit et de la conscience.


L’artiste invoquera la liberté d’expressions…

Il y a une grande différence ente liberté et libertinage.
L’ « art » contemporain n’est, le plus souvent, que l’expression sauvage d’élucubrations psycho-émotives d’individus en proie à leurs propres confusion et conflits.

Tout homme peut avoir des conflits internes…

Oui, mais a-t-on le droit pour autant de les exiger dans des « oeuvres » qui ne font qu’intoxiquer davantage une société déjà suffisamment déséquilibré, pour en tirer des bénéfices purement économiques ?
De même qu’il y a une différence importante entre le notion de liberté d’expression et celle de libertinage, il y en a une entre responsabilité et irresponsabilité, et cela s’applique à tout comportement humain, surtout dans le domaine de l’expression.

Reconnaissez-vous que l’artiste a toujours été considéré comme quelqu’un de spécial ?

Peut-être parce que « spécial » voulait aussi dire engagé plus profondément dans un plan de recherche intérieure et de responsabilité dans l’expression.
C’est avant tout le contraire de l’irresponsable faisant subir ses « originalités » et ses caprices, en passant entre les mains des marchands.

Bref, vous refusez la notion d’artiste témoin de son temps.

Non, mais dans ce cas, je revendique également le droit d’être témoin de l’ « art » de notre temps.
Après tout l’ « artiste » actuel peut aussi adopter une autre attitude et une autre fonction que celle d’être le reproducteur passif d’une époque où règne tant de confusion et de négativité.
Témoigner ne veut pas dire collaborer. Ce n’est pas en augmentant le négatif dans une situation négative ni en ajoutant sa propre confusion à la confusion générale que l’on témoigne.
En fait, une telle exploitation du désordre actuel ne relève rien d’autre que du profit.
La notion d’ « artiste témoin de son temps » sert aujourd’hui de paravent pour cacher autre chose.

Quoi d’après vous?

La peur de ne pas être accepté dans certains cénacles et de ne pas avoir accès à sa part de gâteau. Il faut prôner et produire ce qui se vend, même si c’est toxique pour soi-même et pour les autres. Cela s’appelle spéculation et indifférence !

Il y a surement des exceptions.

Évidemment, je ne parle que de la production générale des peintres, telle qu’on peut la constater dans les salons et les galeries de Paris et d’ailleurs.
L’artiste a oublié qu’il est un pont et non une fin en soi. Son oeuvre devrait être l’expression de sa quête, liée à son besoin de communication et de relation.
Or, vous constaterez que c’est justement ces deux derniers facteurs qui manquent dans la peinture contemporaine : en prétendant se libérer de la contrainte d’un langage accessible à l’autre (j’insiste sur ce pléonasme), l’ « artiste » s’est coupé du monde et a fait de l’ « art » contemporain une situation close.
De plus, il a cassé le lien qui l’unissait à sa fonction, celle d’un miroir évolutif entre l’homme et l’énigme de son origine.

Vous dérangez quelque peu notre conception de l’art, à notre époque où l’on prône tant l’individualité et le style !

Je ne fais que constater : on ne cherche plus le contenu mais l’originalité des procédés et de la forme. Dans notre société de chocs et de violences, fondée sur la consommation à outrance, on soigne surtout l’enveloppe.
Il y a le marché de l’art et, à l’intérieur, les investissement de capitaux. Le domaine de l’art est devenu un business comme les autres.

Le tableau proposait jadis une investigation personnelle du monde phénoménale et spirituel. Le regard et la réflexion de l’artiste s’y manifestaient à travers le langage de la couleur, de la forme, de l’espace, de l’équilibre, au service d’un signifié.
L’artiste articulait un langage cohérent et sensible, collaborant ainsi par touches légères à la vie et aux développement de la culture de chaque société.
Tout cela a disparu, remplacé par le caprice, la paranoïa psycho-émotive et l’exhibitionnisme.
Résultat : en très peu de temps, la disparition des écoles et des maîtres susceptibles de mette en fonction ce canal qu’a été l’art et qui, dans toutes les cultures, étaient au service de l’humanité, non au service d’une caste boursière.
Nous constatons une dégradation accélérée des principes fondamentaux de l’art, héritage difficilement acquis à travers les siècles et légué par tous ceux qui ont édifié le patrimoine culturel de la tradition chrétienne en Occident.

Ce que je veux dire, c’est qu’une oeuvre d’art digne de ce nom propose le résultat d’une évolution personnelle de l’artiste et vise à élever le niveau de l’entendement du lecteur, du spectateur ou de l’auditeur, non à le confondre encore davantage.
C’est toute la différence entre l’Art objectif, qui est un canal de connaissance, et l’  « art » subjectif, qui n’est rien d’autre que le produit de l’inconscience.

Pouvez-vous citer un exemple d’Art Objectif, en peinture ou en musique ?

Étudiez l’oeuvre de Léonard de Vinci, de Piero della Francesca, les fresques de Giotto, et bien d’autres…

Il ne s’agit pas de copier qui que ce soit. Le génie humain possède un potentiel immense de recherche dans le domaine de l’expression.
Le problème se situe dans la qualité du contenu porté par l’oeuvre d’art et dans le langage utilisé, susceptible ou non d’atteindre autrui.
Aujourd’hui, nous sommes en présence d’une prolifération de « langages » incohérents et de procédés à outrance.
On confond invention et création.

Face à une oeuvre d’art, y a-t-il un moyen de déterminer s’il s’agit d’Art Objectif ou d’art subjectif ?

Oui, et ce moyen est beaucoup plus simple qu’on peut l’imaginer : demandez-vous quels sentiments éveille en vous une oeuvre d’art.
L’Art Objectif ne s’adresse pas seulement à notre intelligence cérébrale, mais aussi à notre corps sensible et à notre mémoire profonde. Il n’a rien à voir avec les interprétations psychologiques. La relation qu’il établit avec les régions profondes de notre Être est si intime que toute description n’est que bavardage et exhibitionnisme.

Peut-on y accéder sans avoir besoin d’être cultivé ?

L’Art Objectif vise notre Être, non le degré de culture ou d’information. Cela n’empêche qu’il nous pousse à nous cultiver et à nous informer, caque fois davantage. C’est là sa dynamique évolutive. Tout le contraire d’une impasse.




Ce que l’on appelle la religion chrétienne existait parmi les Anciens et n’a jamais manqué d’exister depuis le commencement de la race humaine.
Saint Augustin (Epistulae, livre I,XIII, p.3)


IV. LES ÉCOLES ET LES RELIGIONS

L’approche des écoles ésotériques exige-t-elle une conversion, ou peut-on suivre leur enseignement tout en restant chrétien ?

L’enseignement, à l’intérieur des écoles, n’exige aucune conversion religieuse, pas plus que l’abandon des valeurs culturelles propres. Le travail des maîtres se situe bien au-delà. Ils fournissent des moyens à l’individu pour qu’il puisse progressivement et de façon naturelle éclaircir et éliminer lui-même les causes de son isolement, de son angoisse et de sa souffrance. Lesquelles causes se situent dans les limitations implantées dans son entendement et de ses moyens d’expression.

Ne pourrait-on obtenir le même résultat à travers l’une des voie religieuse que nous connaissons ?

Vous parlez de deux choses qui ne se situent pas au même niveau et qui ne sont pas forcément opposées : religion et enseignement en vue d’un développement de l’homme.
Dans une école, un maître initié n’impose pas de conversion religieuse.
Il enseigne à l’individu à devenir lui-même, à l’intérieur de lui-même, et non pas le reflet d’un dogme.
Les écoles de connaissance ne sont jamais opposées à aucune religion. Elle ne s’opposent qu’à la stagnation de l’homme, dans quelque religion que ce soit.
Si les maîtres se trouvent aujourd’hui en occident, c’est en réponse à une nécessité naturelle : rendre possible l’évolution humaine dans le monde actuel.
Ils font ce travail à l’échelle de l’homme, de la communauté et de l’humanité d’aujourd’hui.
Pour eux, le chemin, avec tout ce qu’il comporte, n’est qu’un moyen vers :
le développement possible de l’homme ;
la conquête de sa propre terre ;
l’éveil à sa conscience ;
la connaissance de lui-même et d son origine ;
l’épanouissement de son Être, dans la vie une et indivisible, où l’ailleurs et l’ici ne sont que les deux facettes d’une même réalité : SA GRANDEUR.

J’en reviens toujours à la même question : ne peut-on parvenir seul à cette évolution, à cet état de relation et à cet éveil à la conscience, sans avoir recours à une école et à un maître ?

Je ne peux vous donner de réponse hors de ma propre expérience : il est difficile de faire ce voyage seul, car la solitude engendre l’introspection, l’accumulation d’interprétations, souvent même l’encouragement et la confusion.
Certes, la solitude n’implique pas l’absence de recherche. Mais notre recherche s’enrichit lorsqu’elle est confrontée aux expériences vécues pr les autres, qui alimentent et corrigent notre propre recherche.
C’est une grande aide, et aussi une protection.

Pourquoi proposez-vous particulièrement cette voie des écoles ?

D’abord parce que les maîtres de l’hermétisme chrétien et du soufisme que j’ai rencontré proposaient une thérapie libératoire, en dehors de tout conditionnement reloges, prometteur d’un future céleste ou de terribles châtiments. Ils libéraient par là même mon entendement de toute spéculation sur moi-même et par conséquent sur autrui.
Ensuite parce que ces maîtres tiennent comptent du contexte de l’homme actuel, des pressions de la vie quotidienne et qu’ils opèrent avec des moyens d’aujourd’hui.
Cet enseignement est présent depuis toujours dans le mondes selon la nécessité de l’humanité, pour aider l’homme à sortir de sa condition d’inaccomplissement. Et cela se produira demain, comme cela s’est produit hier et aujourd’hui.
Les maîtres représentent la grande tradition de l’homme et transmettent leur connaissance par des moyens naturels (contes, danses, exercices, relations…) qui s’inscrivent dans note vie quotidienne.
Ces moyens sont aussi proches de nous que les oeuvres qu’ils nous ont léguées au cours de l’histoire de l’humanité, par le biais des arts ou des sciences. C’est à nous de les redécouvrir et de les actualiser dans notre vie.

Voulez-vous dire qu’à l’origine de ces œuvres, on refuserai un ou plusieurs maîtres ? Pouvez-vous citer quelques exemples ?

Vous faîtes bien de dire « un ou plusieurs maîtres ». L’homme seul n’existe pas.Chaque « auteur » n’est que le terminal temporel d’un longue chaîne de recherche, le résultat d’une évolution conscience, incluant ceux qui le précédèrent et préparèrent son éclosion.
Nous l’avons peut-être oublié, mais la réalité de toute œuvre majeure est, en fait, l’aboutissement d’un processus évolutif contenant des agents fécondateurs si discrets qu’ils furent rarement identifiés comme tels.
Prenons un exemple dans l’architecture : Notre-Dame de Paris. Derrière ceux qui la bâtirent, se trouvaient ceux qui la conçurent, et ces êtres n’avaient pas seulement un but religieux.
Avec cette cathédrale, nous sommes en présence de tout un faisceau de pensées convergentes, où l’architecture et les œuvres présentes servent de support à des données pédagogiques, symboliques, mathématiques…etc.
Entrent en jeu l’espace, les proportions, la lumière, les formes, les couleurs, l’accoustique et l’orientation, l’ensemble créant un microclimat spirituel, hautement fonctionnel, encore actif aujourd’hui ! Voilà un exemple de cette "nouvelle thérapie » à redécouvrir.
Pour en revenir aux maîtres, s’ils travaillent dans le monde, avec l’homme et pour l’homme, en respectant la capacité et la nécessité de chaque époque, leur connaissance prend néanmoins sa source hors du temps et des dimensions du monde dans lequel ils opèrent.

Pouvez-vous ne dire plus ?

Tout se passe comme si la connaissance qu’ils incarnent dans le cercle de l’humanité suivait un immense diagramme évolutif.

Le hasard n’existerait pas ?

Le « hasard » n’est qu’un mot qui revient dans nos interprétations, chaque fois qu’on ne peut accepter les changements de niveaux de compréhension, indispensables à toute évolution.
Regardez, au niveau biologique, avec quelle lenteur nous sortons de l’enfance, puis l’accélération brutale lorsque nous entrons dans la puberté et, plus tard, à l’âge adulte, l’apparition de nouvelles fonctions, aussi bien internes que notre relation à notre environnement. Dans ce processus, point de hasard.

Et l’on retrouve ces changement de niveau de compréhension dans le travail sur soi ?

Oui, à la différence qu’ils sont modulés afin de ne pas introduire l’anxiété, la précipitation, la culpabilité.

Il n’y a-t-il passe vitesse standard, ni de formule préétablie ?

Non. En ce qui concerne le travail, chaque individu comprend et avance en fonction de ses capacités et de ses nécessités.

Vous dites, dans votre premier livre, « L’homme, mémoire de l’Univers » : « Le chemin de la tradition, comme tout chemin évolutif, est une prodigieuse aventure humaine. Il exige engagement, obéissance, discipline et courage. »
Croyez-vous qu’un tel chemin, aussi difficile, soit accessible à tout le monde ? N’est-il pas plutôt réservé à une certaine élite ?


La tradition est une voie ouverte à celui qui cherche. Ce chemin n’est peut-être pas facile, pas commode, mais il est accessible si votre but émane de votre nécessité,  et pas seulement d’un désir passager.
Ce chemin se parcourt comme un voyage. Ceux qui le font ne sont ni des pantins  ni des robots, mais des êtres humains.

Il n’y a pas de hiérarchie préétablie ?

Le mot « hiérarchie »  métrite peut-être une clarification.
Si vous traversez une forêt inconnue, où mille dangers vous guette, vous faites confiance à votre guide parce qu’il connaît le terrain mieux que vous. Et, dans ce cas, ce que vous appelez la hiérarchie se fait d’elle-même, question de bon sens.
Celui qui a déjà fait le chemin sait très bien qui a besoin d’aide. Il le sait parce qu’il est déjà passé par les mêmes difficultés.

L’homme pourrait-il connaître, selon vous, la relation entre l’univers, la vie et lui-même ?

Pourquoi pas ? Pourquoi, au moins, ne pas essayer de chercher plus loin, en nous-mêmes ?
Pourquoi voir l’homme comme quelque chose d’accidentel, ou d’isolé, comme s’il était coupé du reste de la création ?
Il naît au sein du vaste corps organique qu’est la planète. Elle l’accueille, mais le laisse perplexe car elle évolue à l’intérieur de l’immense organisme du système solaire, lui-même inclus dans une gigantesque galaxie, parmi des milliers d’autres, dans l’unité d’un univers que les scientifiques commencent à peine à explorer.
Pourquoi ne pas tenter l’aventure de rejoindre cet ordre relationnel qui soutien l’univers, en commençant par soi-même ?
La science actuelle révèle que les multiples aspects de l’univers, de l’infiniment grand à l’infiniment petit, sont en permanente relation.
C’est dans cette relation que résident des aspects de cette connaissance qui nous appelle sans cesse sous les aspects voilé de notre nécessité et de notre mémoire.
La tradition a toujours affirmé, à travers les écrits des maîtres, cette relation de l’homme avec lui-même, avec sa cause et avec l’univers.
L’homme peut aller à la rencontre de cette connaissance. Mais il lui faut d’abord se débarrasser des obstacles implantés en lui-me^me et qui le tiennent dans l’esclavage de son inertie.

Lesquels par exemple ?

Je pense à l’esclavage du conditionnement mental et émotionnel que ‘individu subit tout au long de sa vie, et qui l’empêche de répondre aux questions qu’il peut se poser :
Quel est le but de ma vie ?
Y a-t-il quelque chose à découvrir, à révéler, à accomplir ?
Comment puis-je franchir la barrière qui me sépare de la Connaissance ?
Quelle est cette vie, cet univers dans lequel je me trouve ? Etc.

Comment se fait-il que l’on entende pas plus souvent parler de cette relation fondamentale ?

Disons que c’est un « oubli », et de taille ! Les érudits et les gens au pouvoir ont interprétée à leur convenance les paroles et les actes fondateurs des chemins philosophiques et religieux, à l’origine de notre civilisation. Ils ont escamoté ainsi des lois fondamentales comme l’état de relation, qui sous-tend notre vie aussi bien intérieur qu’extérieure.
Pour répondre à cet « oubli », la tradition soufis propose une méthode de développement pour et avec l’homme, vers sa naissance et son éveil à la conscience.

La tradition peut-elle donner une réponse à cet état d’insatisfaction et d’inaccomplissement ?

Le travail avec un guide appartenant à une école ne vous donne pas une réponse, il vous propose un chemin dans lequel vous êtes vous-même l’acteur, le chemin et le résultat.
Ce travail avec un guide s’effectue dans le carde de votre vie quotidienne et fait appel à vos capacités d’attention, d’observation ainsi que de désidentification. Ce travail vous aide à sortir de la souffrance inutile, de la tension, des conflits pour la plupart générés par l’ignorance et la non-utilisation de vos propres potentialités, de vos propres qualités, et donc de celles de vos semblables.
Les guides visent à ramener l’homme à son état naturel. Ils lui permettent de trouver en lui-même sa propre coloration et le chemin de son évolution, tout en respectant celui des autres. L’opposition et le conflit n(ont pas leur place dans le travail.

Tous ces efforts ne dont-ils pas de ce travail une voie un peu trop rigide ?

Effort ne signifie pas forcément discipline rigide. Si vous désirez atteindre un but, cela n’implique ni souffrance ni sacrifices inutiles. Vous vous investissez simplement dans votre but.
Les études ne sont pas fondées sur des méthodes coercitives. Elles n’utilise ni promesses, ni contraintes, nu menaces, et encore moins la peur. C’est un travail d’hommes et de femmes engagés dans un but d’étude et d’expérience. Le terrain est constitué par notre vie intérieure et par notre vie extérieure. L’une et l’autre se complètent sans opposition, altération ou exhibitionnisme.
Il s’agit du du développement de l’homme dans sa totalité, pas seulement du développement de ses idées. Ce travail se fait dans notre corps naturel, au sein de al vie organique de cette planète.
Et cela implique intelligence, bon sens, joie, humour et bien-être.
Dans le travail, il n’y a ni sectarisme, ni imposition, ni formule toute faite.

N’y a-t-il pas, quand même, un absolu sur lequel repose le travail sur soi ?

Si : ne pas reprendre trop au sérieux. Se prendre trop au sérieux équivaut à nier son Être.


V. LES FACULTÉS SUPÉRIEURES

Parmi toutes les facultés supérieurs de l‘être humain, pouvez-vous dire quelle place tient le pardon ?

Nous sommes liés à la loi des conséquences, que l’on appelle en physique loi de cause à effet.
Le pardon offre à l’individu la possibilité de se libérer lui-même et de libérer autrui de cette loi de conséquence.
Le pardon permet d’accéder à la liberté de choisir, envers et contre la loi de réaction. Il brise le lien négatif qui se constitue par cette loi.
Le pardon détruit la continuité de la loi du karma et empêche la chaîne de conséquence. Il offre l’opportunité de lâcher la souffrance.