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SAINTE CATHERINE DE SIENNE

J’ai noté ici toutes les phrases qui m’ont profondément marqué pendant ma lecture. Ce livre est pour moi le trésor des trésors, le guide du pèlerin spirituel en ce monde. Il fut "composé" (pour les textes sacrés, nous avons plutôt coutume de dire "reçu") par Sainte Catherine de Sienne, Dominicaine, au mois d’Octobre 1378. L’histoire raconte que pendant ses extases, Dieu venait lui parler, quelque fois la ravissait tant qu’elle décollait du sol, les phrases du Seigneur sortaient alors de sa bouche, et les sœurs qui étaient auprès d’elle s’employèrent, telle des greffiers, à noter tout cela. Compilées, ces paroles sont devenues « Le Livre des Dialogues », un ouvrage de 600 pages. Ce livre n'est pas forcément facile à lire de prime abord, la langues est du 14ème siècle, écrite par une sœur, dédié à des religieux... De plus, il nous faut bien souvent nous élever jusqu’au texte pour en avoir la pleine compréhension. J’ai pensé que certaines phrases tirés du textes pourraient être une bonne introduction à cette œuvre et pourraient permettre de l’aborder plus facilement, comme il le fut pour moi : un ami me donna un jour un petit résumé de phrases qu’il avait recueilli dans cet ouvrage (ci-dessous nommé "Le Petit Résumé"), celles-ci m’ont tellement touché, que j’ai pu me jeter dans cette œuvre immense. 

Son écriture est dense, je n’ai pu en lire que quelques pages par jour, en général tôt le matin, juste après avoir prié, car sinon la compréhension m’en était souvent interdite. Cela fait bientôt 7 ans que je lis et surligne les passages qui éclairent mon cœur. Voici la quintessence de ce qui m’a touché, ému et nourri.

 

Note : en général, c’est essentiellement toujours Dieu qui parle à la Sainte, il arrive que ce soit le Christ, quelques fois mais plus rarement cependant, les paroles sont de la Sainte elle-même.

LE LIVRE DES DIALOGUES


 

TRAITÉ DE LA DISCRÉTION

 

C’est en aimant qu’on s’efforce d’imiter la vérité et de s’en revêtir. C’est pourquoi l’âme ne goûte et n’est jamais aussi bien éclairée par cette vérité qu’au moyen de la prière humble et continuelle, fondée sur la connaissance de soi-même et de Dieu.

 

C’est par ce désir, par cette volonté et par cette union d’amour qu’elle devient un autre Lui. 

(cf Saint Jean de la Croix : « Ce que Dieu prétend c’est nous transformer en dieux et nous donner par participation ce qu’il est lui-même par nature. Il ressemble au feu qui convertit toute chose en feu." 

 

« À celui qui m’aimera et gardera ma parole, à celui-là je me manifesterai moi-même et il sera une seule chose avec moi et moi avec lui. »

 

Admire ceux qui sont revêtus du vêtement nuptial de la charité tout orné des nombreuses et agissantes vertus.

 

Ils sont un autre Moi, puisqu’ils ont perdu et noyé leur propre volonté et qu’ils se sont revêtus de la mienne après unis et conformés.

 

(considérant qu’on ne peut vraiment secourir son prochain, par l’enseignement, par l’exemple et par la prière, si d’abord on n’est pas utile à soi-même)

 

L’âme est alors en Dieu et Dieu dans l’âme comme le poisson est dans la mer et la mer dans le poisson.

 

Ne sais-tu pas, mon enfant, que toutes les peines que l’âme endure, ou peut endurer en cette vie, sont incapables de punir la plus légère faute? L’outrage qui m’est fait, à moi qui suis le bien infini, exige une peine infinie. C’est pour cela que je veux que tu saches que les souffrances de cette vie ne sont pas données comme punition mais comme correction. La vérité la voici : c’est avec le désir de l’âme qu’on expie, c’est-à-dire avec la contrition sincère et l’horreur du péché. La véritable contrition satisfait en même temps à la faute et au châtiment, non point en endurant une douleur finie, mais en éprouvant un désir infini.

 

Pour ceux qui éprouvent un désir infini, c’est-à-dire qui sont unis avec moi par amour, et c’est la raison pour laquelle ils s’affligent quand ils m’offensent ou quand ils me voient offensé, pour ceux-là toute souffrance, spirituelle ou corporelle, de quelque côté qu’elle viennent, acquiert un mérite infini et expie la faute qui méritait un châtiment infini.

 

C’est ce que montre Saint Paul lorsqu’il dit : « Quand je possèderai un language angélique, quand je connaitrai les choses futures, quand j’offrirais tous mes biens aux pauvres et mon corps au bûcher, si je n’avais pas la charité rien ne servirait! » Il nous montre, ce glorieux apôtre, que les oeuvres finies sont insuffisantes aussi bien pour punir que pour récompenser, si elles ne sont pas imprégnées de charité.

 

Je dis que la faute ne peux être expiée que par une peine supportée avec désir, amour et contrition ; non point grâce au pouvoir de la peine elle-même, mais par le mérite du désir de l’âme.

 

Ne sort jamais de la connaissance de toi-même et, abaissée que tu seras dans la vallée de l’humilité, c’est en toi-même que tu me connaîtras.

 

L’humilité est la nourrice et la gouvernante de la charité.

 

C’est à cause de cet amour ineffable que j’ai eu pour vous que voulant vous « re-créer » de nouveau par la grâce, je vous ai lavés et re-créé.

 

Vous, vous en recevrez une récompense plein de vie : vous aurez effacé les taches de votre ignorance tandis que moi-même, je ne me souviendrai plus d’avoir été offensé.

 

Je dis que par vos désirs ils recevront la rémission et le pardon.

 

Parfois je permet que le monde leur montre ce qu’il est : je leur fait éprouver des passions nombreuses et variées pour qu’ils en reconnaissent la fragilité et pour qu’ils placent leur plus haut désir dans la recherche de leur patrie : la vie éternelle.

 

En commençant à se bien connaître ils vomissent toute la puanteur de leurs péchés et obtiennent ainsi, en don, ma grâce.

 

Je te dirai cependant que malgré leur dureté, et pendant qu’ils ont le temps à leur disposition, ils peuvent se servir du libre arbitre et demander, avec cette même main, le sang de mon fils. Qu’ils le versent sur la dureté de leur coeur et ils le briseront et ils recevront le prix du sang qui a été payé pour eux. Mais s’ils s’atermoient, une fois le temps écoulé, il n’est plus de remède, il est trop tard pour qu’ils me rendent le patrimoine que je leur ai donné : Mémoire, pour qu’ils puissent se souvenir de mes bienfaits, Intelligence, pour qu’ils puissent voir et connaitre la vérité, Amour, pour qu’ils puissent m’aimer, moi la Vérité éternelle que leur intelligence à connue. 

Tel est le patrimoine que je vous ai donné et qui doit me revenir,  à moi, le Père.

 

Tu sais donc maintenant que la souffrance expie la faute en vertu de la parfaite contrition du coeur et non en vertu de sa douleur finie.

 

Tu vois donc que la souffrance n’expie qu’en vertu du désir de l’âme qui s’uni en moi.

 

Plus on supporte, plus on prouve qu’on m’aime.

 

« Demandez et il vous sera donné. » Je ne refuserai jamais à celui qui me demandera la vérité.

 

Cet amour de la divine charité qui est dans l’âme est tellement uni à la parfaite patience qu’on ne peut briser sans briser l’autre. C’est pourquoi lorsque l’âme décide de m’aimer, elle doit décider aussi de supporter pour moi toutes les peines, de quelque manière que je les lui concède. La patience ne se démontre que dans l’adversité et cette patience est unie à la charité, ainsi que nous l’avons dit. Supportez donc courageusement, sinon vous ne pourriez être les époux fidèles et les fils de ma vérité, ni ne pourriez montrer le désir que vous avez de mon honneur et du salut des âmes.

 

Je veux te faire savoir que chaque vertu s’exerce par le moyen du prochain, ainsi que tout défaut. Qui vit dans la haine de moi nuit à son prochain et à la lui-même et « lui-même » est son principale prochain. Tout l’aide  qu’il lui offre ne peut sortir que de la dilection qui l’incline vers lui et qu’il puise dans son amour pour moi.

Ainsi donc tout mal s’accomplit au moyen du prochain : en ne m’aimant pas on n’aime pas son prochain. Or tous les maux proviennent de ce que l’âme est privée d’amour pour moi et pour son prochain. N’agissant pas bien, il s’en suit qu’elle agit mal. Ce mal, contre qui l’accomplit-elle? D’abord contre elle-même, ensuite contre son prochain. Jamais contre moi : on ne peut rien contre moi, mais le mal qui est fait à autrui je le considère fait à moi-même. Elle pèche d’abord contre elle-même, et cette faute la prive de la grâce : on ne peu pas faire pis. Elle pèche ensuite contre son prochain enne lui payant pas sa dette de dilection et d’amour, te cet amour qui doit la pousser à m’offrir pour lui sa prière et son saint désir.

 

Où s’enfante l’orgueil? Dans le prochain uniquement.

 

Je t’ai dit comment tous les péchés se commettaient au moyen du prochain. Je t’en ai donné la raison : la privation de la charité. C’est elle qui donne la vie à toute vertu. Aussi l’amour-propre qui prive de la charité et de la dilection pour le prochain est-il principe et fondement de tout mal.

 

Scandales, haine, cruautés, en un mot tous les malheurs n’ont qu’une racine : l’amour-propre.

 

C’est dans le prochain, c’est-à-dire dans l’amour du prochain que toute vertu a son assise. 

 

La charité donne vie à toutes les vertus et il en est bien ainsi : nulle vertu ne se peut acquérir sans la charité. La vertu se puise dans ce feu d’amour qu’on a pour moi.

 

Ne pouvant m’être à moi-même d’aucune utilité, vous devez être utiles à votre prochain.

 

Par la parole elle enseignera les uns, elle conseillera les autres ; par l’exemple elle sera un modèle de vie. Mais ceci : édifier son prochain pour une bonne, sainte et honnête vie, chacun est tenu d elle faire.

 

Il est bien vrai, certes, qu’on ne peut avoir une seule vertu sans les avoir toutes, puisqu’elles sont toutes liés entre elles. Mais il en est toujours une que je donne comme vertu capitale : aux uns la charité, aux autres la justice, à ceux-ci l’humilité, à ceux-là une foi vive, la prudence, parfois la tempérance, parfois la patience ou la fermeté.

Tous ces dons, toutes ces vertus, tous ces bien corporels ou spirituels (corporels : c’est-à-dire nécessaire à la vie de l’humain) je ne les ai distribué avec une telle diversité, et non pas tous chez le même, pour obliger les hommes à user de la charité les uns envers les autres. J’aurai bien pu doter chacun de tout ce qui lui est nécessaire spirituellement et matériellement, mais j’ai voulu que l’un ai besoin de l’autre et qu’ils deviennent ainsi mes ministres chargés de distribuer les grâces et les dons qu’ils ont reçu de moi.  Qu’il le veuille ou non, l’homme ne peut pas ne pas être forcé de pratiquer la charité. Ses actions, cependant, ne lui vaudraient nulle grâce si elle étaient pas accomplies pour l’amour de moi.

Cela prouve que « dans ma Maison il y a plusieurs demeures » et que je ne veux pas autre chose que l’amour. C’est dans l’amour pour moi que l’amour pour le prochain s’accomplit. Quand l’amour pour le prochain est accompli la Loi est observée : ce qu’il est possible de faire, celui qui est lié par cet amour le fait.

 

 

Comment les vertus sont mises à l’épreuve et fortifiés par les vices opposés. 

Je te dirai maintenant que c’est par le prochain, quand il est injurié par lui, qu’il met à l’épreuve sa vertu de patience. Il met à l’épreuve son humilité devant l’orgueilleux, il met à l’épreuve sa foi devant l’infidèle ; il met à l’épreuve son espérance devant celui qui désespère, la justice devant l’injuste, la pitié devant le cruel, la mansuétude et la douceur devant le coléreux.

Toutes les vertus sont donc mises à l’épreuve et s’enfantent au moyen du prochain. Il en est de même pour les iniques enfantant leur iniquité : l’humilité est mise à l’épreuve par l’orgueilleux. C’est l’humble qui éteint la superbe puisque l’orgueilleux ne peut nuire à l’humble, pas plus que l’infidélité des méchants qui ne m’aiment pas et qui n’espèrent pas en moi ne peut priver ni de leur foi ni de leur espérance les âmes qui ont conçu ces vertus pour l’amour de moi. Elles en sont, au contraire, fortifiées et elles le prouvent par leur amour envers le prochain. C’est ainsi que leur justice ne diminue pas à cause des injustes. Ils montrent au contraire qu’ils l’éprouvent, et leur patience en est la preuve.

Je te dirai même que, non seulement les vertus se prouvent devant ceux qui rendent le bien pour le mal, mais je te dirai que, très souvent, mes serviteurs portent le tison ardent de leur charité sur la haine et la rancoeur et libèrent ainsi l’esprit et le coeur du coléreux qui, de la haine, passe souvent à la bienveillance. Voilà ce que font la charité et la patience de celui qui encourt la colère de l’inique et souffre et supporte tous ses défauts.

Mais si au moment où elle est mise l’épreuve par de si nombreux contraires elle est incapable de résister, la preuve en est faite : cette vertu n’est pas fondée en vérité.

 

 

Comment la volonté ne doit pas tendre à la pénitence mais aux vertus.

Voici les saintes et douces actions que je demande à mes serviteurs : les vertus intérieures, mises à l’épreuve comme je te l’ai dit, et non pas seulement ces vertus qui ont le corps pour instruments, c’est-à-dire qui se pratiquent par un acte extérieur, par des pénitences variées qui ne sont que l’instrument de la vertu et non la vertu elle-même. S’il n’y avait que cet appareil extérieur sans la vertu, voilà qui me serait bien peu agréable. Souventes fois, même, si l’âme n’accomplissait pas ces pénitence avec discrétion, c’est-à-dire si elle s’attachait surtout à la pénitence commencée, elle entraverait sa propre perfection.

Sa volonté doit tendre à l’amour, à la sainte haine d’elle-même, à la sincère humilité, à la parfaite patience et à toutes les autres vertus intérieures, à la faim et au désir de mon honneur et du salut des âmes.

C’est avec discernement qu’elle doit pratiquer les pénitences. Cela veut dire qu’elle doit préférer la vertu à la pénitence. La pénitence ne doit être qu’un instrument pour accroitre la vertu, suivant qu’il en est besoin, et suivant ce qu’on est en mesure de pouvoir faire. S’il en était autrement, c’est-à-dire si on élevait en principe la pénitence, on entraverait sa propre perfection puisque la pénitence ne serait pas faire à la lumière de la connaissance de soi et de ma bonté, c’est-à-dire avec discernement.

Je t’ai dit que la racine de la discrétion (l’étymologie de discrétion = discernement) était une véritable connaissance de soi-même et de ma bonté puisqu’elle rend à chacun son dû.

Elle s’acquitte de sa dette envers moi lorsqu’elle glorifie et honore mon nom, lorsqu’elle reconnait que toutes les grâces et tous les dons lui viennent de moi. Elle s’acquitte de sa dette envers elle-même en acceptant ce qu’elle a mérité, en reconnaissant qu’elle n’est rien par elle-même et que l’être qu’elle possède c’est par grâce qu’elle l’a reçu de moi.

La vertu de discrétion se fonde sur la connaissance de soi-même et sur l’humilité. Sans la discrétion, cette âme, tel un voleur, me déroberait l’honneur qui m’est dû et se l’attribuerai à elle-même, tandis que ce qui lui appartient elle me l’imputerait, pleine de lamentation et de blâmes pour les mystères que j’accomplis en elle-même ou dans d’autres créatures. Elle se scandaliserai toujours de moi et de son prochain.

Ce n’est pas ainsi qu’agissent les âmes qui possèdent la discrétion et qui, après avoir payé leur dû, ainsi que je te l’ai dit, paient ensuite au prochain leur principale dette : celle de la charité et de l’humble et continuelle prière. Humble, dis-je, parce que faite dans la connaissance de soi-même ; continuelle, à cause de son continuel désir (de l’âme) ; fidèle parce que tu as vu que Dieu est fidèle et capable de te donner ce que tu demandes ; puisqu’il est suprême sagesse : il sait ; il est suprême clémence : il veut te donner plus que tu ne saurais toi-toi-même demander.

Ces vertus sont plantées dans la terre de la véritable humilité qui provient de la connaissance de soi-même.

 

Sais-tu qui tu es et qui je suis?  Si tu as cette double connaissance tu seras heureuse : tu es celle qui n’est pas, je suis Celui qui suis.

 

Songe maintenant que l’âme est un arbre fait pour l’amour et qu’elle ne peut donc vivre que d’amour. Il est donc bien vrai que si l’âme ne possédait point un amour divin, amour pour la parfaite charité, elle ne saurait produire un fruit de vie mais un fruit de mort.

 

L’arbre de la charité se nourrit dans l’humilité. 

La moelle de cet arbre c’est-à-dire l’amour qui est dans l’âme, est la patience. Elle est le signe que j’habite dans cette âme et que cette âme est unie en moi. Cet arbre si doucement planté se couvre des fleurs embaumées des vertus diversement parfumées. Il porte des fruits de grâce pour l’âme et d’utilité pour le prochain, si celui-ci veut bien les accepter des mains de mes serviteurs. Il fait monter vers moi un parfum de gloire et de louange, et il le fait parce que c’est moi qui l’ai crée.

 

 

Tels sont les fruits et les actions que je demande à l’âme : la pratique de la vertu au moment du besoin.

 

Je suis celui qui me réjouis de peu de paroles et de beaucoup d’actes. Ceci pour t’avertir que ce n’est ni celui qui se borne à m’appeler avec le son de sa parole en disant : « Seigneur, Seigneur, je voudrai faire quelque chose pour toi » ; ni celui qui désir et veut mortifier son corps en de multiples pénitences mais sans tuer sa propre volonté, qui me sont agréable, mais que je veux la vaillante endurance, la patience et toutes ces vertus intérieures, agissantes et productrices de grâces.

Toute autre action, fondée sur un autre principe que celui-là, je le tiens pour « appeler seulement avec la parole », car ce ne sont que des actions finies. Mais moi je suis infini, je demande donc des actions infinies c’est-à-dire un infini désir d’amour…

C’est seulement lorsque cette action finie que j’ai nommée « parole » est unie au désir de la charité qu’elle m’est agréable. Elle est alors accompagné de la discrétion qui, elle, se sert des actions corporelles comme un moyen et non comme une fin.

 

Mais si votre volonté doit être complètement morte, noyé, soumis à ma volonté, sache qu’on la tue avec cette dette dont je t’ai parlé et dont la discrétion s’acquitte envers l’âme : la haine et de dégoût pour le péché et la sensualité. On les acquiert dans la connaissance de soi-même.

 

Le couteau de la volonté a deux tranchant : celui de la haine du vice et celui de l’amour de la vertu.

 

On doit donc bien se garder de tenir pour plus parfait celui qui travaille pour tuer son corps par de grandes pénitences, que celui qui en fait de moindres. Le mérite est seulement dans la charité, éclairée par la véritable discrétion. Sans elle, la charité serai sans valeur. Cet amour, la discrétion me l’offre d’une manière infinie et sans restriction aucune parce que je suis la suprême et éternelle vérité.

 

La lumière de la discrétion offre à son prochain une charité ordonnée : elle en fait bénéficier son prochain sans se porter tort à elle-même. Ne commettrait-elle qu’un seul péché pour sauver le monde entier de l’enfer, ou accomplir un grand acte de vertu, ce ne serait pas de la charité ordonnée avec discrétion. Ce serait plutôt un manque de discrétion parce qu’il n’est pas permis d’accomplir un acte de vertu ou d’utilité envers son prochain en commettant un péché.

 

Tu vois donc que toute âme qui veut la vie de la grâce est tenue : envers moi, d’un amour infini, sans restriction, et envers son prochain, d’un amour infini pour moi et d’un amour et d’une charité ordonnés, qui, en secourant autrui, ne causent aucun tort à elle-même. C’est bien ce dont vous avertissait Saint Paul quand il disait que la première charité doit d’abord être pour nous-même sinon tout secours pour le prochain serait imparfait. Quand la perfection n’est pas dans l’âme, tout ce qui est fait, pour elle et pour les autres, est imparfait.

 

Tous les hommes qui vivent dans le siècle ne sauraient priver une âme de ses vertus. Leurs persécutions ne font que les accroître et que les éprouver. La vertu est donc conçue par l’amour, mise à l’épreuve par le prochain et enfanté par lui. Si la vertu ne se montrait pas et n’éclatait pas au grand moment du besoin, devant les hommes, il serait faux de dire qu’elle a été conçue. Ne t’ai-je pas déjà dit, en effet, qu'il ne peut y avoir de vertu parfaite, féconde, sans le prochain? Il en serait comme de la femme lorsqu'elle a conçu un fils dans son sein : si elle ne l'enfante point, si elle ne le fait pas voir aux yeux du monde, l’époux ne peut pas se considérer comme père. Il en va de même pour moi qui suis l'époux de l’âme : si celle-ci n’enfante pas le fils de la vertu dans l’amour du prochain et ne le montre pas comme il convient, en général et en particulier, je dis qu'il n'est pas vrai qu’elle ai conçu la vertu en elle-même. Il en est de même pour les fautes : toutes se commettent au moyen du prochain.

 

La souffrance qu’endure une créature pendant qu’elle habite un corps mortel n’est pas suffisante pour satisfaire à la fois à la faute et au châtiment, si elle n’est pas unie en moi par un amour, par une véritable contrition et par dégoût du péché. La souffrance peut expier si elle est unie à la charité, non point par le mérite de la souffrance corporelle, mais par le mérite de la charité et du regret.

 

Réjouissez-vous, même dans les tribulations.

 

Tu sais bien que je vous ai donné ma forme et ma ressemblance, et que vous l’avez perdu à cause du péché. Mais, pour vous redonner cette vie, n’ai-je pas uni ma nature à la votre, ne l‘ai-je pas voilée de votre humanité? Vous étiez mon image, je suis devenu la vôtre en prenant forme humaine. Aussi ne suis-je qu’une seule chose avec vous, pourvu que l’âme ne se prive pas de moi en péchant mortellement. Mais celui qui m’aime est en moi et moi je suis en lui.

 

Je parle de la dignité de la création, puisqu’elle se voit image de Dieu, par grâce et non par droit.

 

Tu l’as créé par amour et tu lui as donné l’être afin qu’elle pût goûter ton suprême bien éternel.

Je t’en prie, je t’en conjure : miséricorde pour tes créatures!

 

En vérité, l’homme n’aurait pu expier ni pour lui-même ni pour les autres puisque la faute avait été commise contre moi qui suis la bonté infinie. Voulant cependant restaurer l’homme j’ai envoyé le verbe mon Fils…

… le grand médecin, mon Fils, vint et soigna l’infirme en buvant lui-même l’amer médicament, puisque l’homme était si faible qu’il n’aurait pu le boire lui-même.

 

À l’âge de sa discrétion, l’âme peut faire à volonté le bien ou le mal. Cependant, si grande est la liberté de l’homme, tellement fortifiée par la vertu de ce glorieux sang, qu’il n’est pas de démon ni de créature qui puisse le contraindre à la moindre faute si elle n’y consent pas elle-même. Il a été libéré de l’esclavage, il a été affranchi pour pouvoir dominer sa propre sensualité et atteindre le but pour lequel je l’ai créé.

 

Il était grandement mon obligé l’homme, à cause de l’être que je lui avais donné en le créant à mon image et ressemblance. Il était tenu de me glorifier, mais il m’a refusé ses louanges parce qu’il a voulu se glorifier lui-même.

 

Mais n’ai-je pas fait plus que vous rendre libre? Regarde : l’homme est devenu Dieu et Dieu est devenu homme, par l’union de la nature divine avec la nature humaine. C’est là une dette que l’homme a contractée : il a reçu le trésor du sang par le quel il a été rendu à la grâce. Tu vois donc combien il est plus grandement obligé envers moi après la rédemption qu’avant.

 

Il y a un remède, et il peut apaiser ma colère : il y a mes serviteurs, s’ils sont assez zélés pour me contraindre avec leurs larmes et pour me lier avec le lien de leur désir. Tu vois que c’est avec ce lien que tu m’as lié, et ce lien je te l’ai donné moi-même parce que je voulais faire miséricorde au monde. Si je donne à mes serviteurs cette faim et ce désir de mon honneur et du salut des âmes, c’est pour que, contraint par leurs larmes, j’apaise la fureur de ma divine justice.

 

Ce n’est ni par le glaive, ni par la guerre, ni par la cruauté que mon Épouse retrouvera sa beauté, mais par la paix, les prières humbles et continuelles, les sueurs et les larmes répandues avec le désir angoissé de mes serviteurs.

 

Ne craignez point le monde qui vous persécute : ma providence ne vous fera jamais défaut.

 

C’est grandement que j’ai à me plaindre de l’homme qui, n’ayant reçu de moi que des bienfaits, ne me rend que de la haine et commet tout le mal qu’il peut. C’est pourquoi je t’ai dit que ce sont les larmes de mes serviteurs qui calmeront ma colère : je tiens à te le redire à nouveau. Approchez-donc, ô mes serviteurs, offrez-moi vos prières, vos désirs brûlants et toute cette douleur que vous ressentez pour les offenses qui me sont faite et pour la perte de votre prochain.

 

Comment nul ne peut sortir des mains de Dieu. 

Sache que nul ne peut m’être enlevé, car tous sont tenus en mon poing fermé, par ma justice ou ma miséricorde.

 

… cette âme se rappelait bien l’enseignement que la vérité lui avait donné : se connaître toujours elle-même et connaître la bonté de Dieu en elle et aussi le remède pour guérir le monde et apaiser la colère de son divin jugement : la prière humble, sainte et continuelle.

 

Vous devez concevoir l’amour de souffrir avec patience, car c’est à ce signe que je m’apercevrai que vous recherchez mon honneur en vérité… Celui-là reposera sur la poitrine de mon Fils unique dont j’ai fait un pont afin que vous puissiez tous atteindre votre but… supportez donc courageusement.

 

Regarde ce pont qu’est mon Fils unique. Vois sa grandeur : il touche le ciel d’un côté et la terre de l’autre. Ce que tu vois est donc la grandeur de la déité unie à la terre de votre humanité. C’est pourquoi je dis qu’il remplit l’espace depuis le ciel jusqu’à la terre, grâce à l’union que j’ai consommé dans l’homme.

 

Il faut que vous empruntiez ce pont, en recherchant le salut des âmes, l’honneur et la gloire de mon nom, en supportant les peines, en suivant les traces de ce doux et amoureux verbe. C’est la seule manière de venir à moi.

 

Ils sont mes ouvriers dans la vigne de votre âme.

 

Toute créature raisonnable possède sa vigne : son âme, dont la volonté, grâce au libre arbitre, oeuvre pendant tout le temps de cette vie. Mais dès que le temps est passé, il n’est plus de travail possible, qu’il soit bon ou mauvais. C’est pendant qu’il vit qu’il peut travailler la vigne que je vous ai assignée.

 

Vous possédez donc le glaive que votre libre arbitre doit manier, pendant que vous avez le temps, afin d’arracher les ronces des péchés mortels et de planter les vertus.

 

(Sarment : le sarment est le rameaux vert que la vigne pousse chaque année.)

 

Il faut donc d’abord que vous ayez la contrition, le dégoût des péchés et l’amour de la vertu. Vous recevrez alors les fruits du Sang. S’il en était autrement, vous ne pourriez pas les recevoir car, de votre côté, vous ne seriez pas disposé à être les sarments de cette vigne qu’est mon Fils. N’a-t-il pas dit : « Je suis la vigne, vous êtes les sarments, mon Père en est l’ouvrier. » Telle est la vérité, puisque toute chose qui possède l’être est sortie et sort de moi. Ma puissance est inestimable et c’est avec ma puissance que je gouverne l’univers entier. Rien n’est fait ni gouverné sans moi. C’est pourquoi je suis l’ouvrier qui a planté la vigne, mon Fils, dans la terre de votre humanité afin que vous, sarments, unis à la vigne, puissiez fructifier.

 

Soyez unis ente vous et greffés sur cette vigne. Alors vous porterez beaucoup de fruits parce que vous participerez à la sève de cette vigne. En demeurant dans le Verbe, mon fils, vous demeurerez en moi car je ne suis qu’une chose avec lui et lui avec moi. En demeurant avec lui vous suivrez sa doctrine, en suivant sa doctrine vous participerez à la substance de ce Verbe, vous participerez donc à la déité éternelle unie à l’humanité : vous en tirerez un amour divin dont l’âme s’enivre. C’est pourquoi je t’ai dit que vous participez à la substance de la vigne.

 

Comment la vigne de chacun est tellement unie à celle du prochain que nul ne peut travailler ou gâter la sienne sans gâter  sans travailler ou gâter l’autre.

Ceux de mes serviteurs qui sont en moi, je les taille au moyen des nombreuses tribulations pour qu’ils produisent des fruits plus abondants et meilleurs, pour qu’en eux leur vertu soit éprouvée, mais ceux qui demeurent improductif, je les coupe et les mets au feu comme je te l’ai déjà dit.

Les vrais ouvriers travaillent bien leur âme : ils en arrachent tout amour-propre et retournent la terre de leur amour pour moi. Ils fertilisent et accroissent la semence de la grâce qu’ils ont reçu dans le saint baptême. En travaillant leur vigne ils travaillent celle de leur prochain. Ils ne peuvent travailler l’une sans travailler l’autre. Car je te l’ai déjà dit, tout le mal se fait au moyen du prochain, ainsi que tout bien. C’est ainsi que vous êtes mes vignerons, issu de moi, l’éternel vigneron. C’est moi qui vous ai unis et greffés sur cette vigne grâce à l’union que j’ai contracté avec vous.

Souviens-toi que toute créature raisonnable possède sa propre vigne et qu’elle est mitoyenne avec celle de son prochain, c’est-à-dire que l’une est tellement unie à l’autre que nul ne peut faire du bien ou du mal à soi-même sans le faire à son prochain.

 

Il est vrai que, pendant que vous avez le temps, vous pouvez vous libérer de la puanteur du péché par un sincère repentir et recourir à mes ministres qui sont les vignerons qui détiennent les clefs du vin, c’est-à-dire le sang produit par ce cep, vin si parfait qu’il ne peut-être privé de son efficacité quelque soit l’indignité du ministre.

 

C’est vous tous que j’ai appelé à être mes ouvriers. Je vous appelle de nouveau puisque déjà le monde succombe : les ronces se multiplient, étouffent la semence, lui empêchent de germer et de produire quelques fruits de grâce.

Je veux donc que vous soyez de vrais ouvriers et qu’avec une grande sollicitude vous aidiez à cultiver les âmes. Je vous ai choisi pour cette tâche parce que je veux faire miséricorde au monde pour lequel tu pries tant.

 

(Catherine) Ce n’est pas de notre bien que peut accroître ta grandeur puisque tu es immuable, ce n’est pas notre mal qui te causera quelque dommage puisque tu es la suprême et éternelle bonté. Qu’est-ce donc qui te pousse à nous faire si grande miséricorde? L’amour! Tu n’as aucune dette envers nous, tu n’as nul besoin de nous puisque nous ne sommes que des criminels et mauvais débiteurs.

 

Ce pont qui est mon fils a trois marches. Dans ces trois marches tu reconnaîtras les trois états de l’âme.

La première ce sont les pieds, lesquels signifient le désir. En effet, de même que les pieds portent les corps, le désir porte notre âme. Les pieds cloués te servent de marche pour que tu puisse atteindre le côté, lequel manifeste le secret du coeur. En effet, dès que tu t’es dressée sur les pieds du désirs, l’âme commence à éprouver le désir du coeur en posant l’oeil de son intelligence dans le coeur ouvert de mon fils : c’est là qu’elle trouve le parfait, l’ineffable amour.

Je dis qu’il est parfait parce qu’il ne vous aime pas pour son intérêt. Vous ne lui êtes d’aucune utilité puisqu’il ne fait qu’un avec moi. L’âme donc se remplit d’amour quand elle se voit aimée à ce point. La deuxième marche gravie, elle atteint la troisième, c’est-à-dire la bouche où elle trouve la paix après la grande guerre qu’elle avait soutenue à cause de ses propres péchés. Sur la première marche, en s’élevant au-dessus de l’amour de la terre, l’âme s’est dépouillé du vice. Sur la deuxième, elle s’est revêtue d’amour et de vertu. Sur la troisième, elle a goûté la grande paix. Le pont a donc trois marches, enfin qu’en gravissant les deux premières, vous arriviez à la dernière. Celle-ci est tellement haute que l’eau ne peut l’atteindre. Il n’est en elle aucune trace de péché.

 

C’est lorsqu’elle vit que de toute autre manière vous n’auriez pas pu être hissé, que ma bonté vous envoya mon fils pour qu’il fût élevé sur le bois de la croix pour qu’il devînt l’enclume sur laquelle seraient forgés les fils du genre humain délivré de la mort et restitué à la vie de la grâce. Il a tiré ainsi à lui toute chose : pour vous montrer l’amour ineffable qu’il éprouvait pour vous, car c’est toujours par l’amour que le coeur de l’homme est attiré.

Emporté par son désir d’amour, le coeur de l’homme est attiré avec toutes les puissances de son âme : la mémoire, l’intelligence et la volonté. Ainsi accordés et réunies dans mon nom, toutes ses actions matérielles ou spirituelles sont attirées, agréées et unies à moi par désir d’amour.

Toute chose est crée pour servir à l’homme. Les créatures sont faites pour moi, pour qu’elles me servent de tout leur coeur et de tout leur amour. Tu vois qu’une fois l’homme attiré, tout est attiré puisque chaque chose est faite pour lui.

 

Comment ce pont est fait de pierre, qui sont les véritables et agissantes vertus.

Nul ne peut posséder une vertu qui donne la grâce s’il ne l’a reçu de du Verbe. C’est lui qui a mûri les vertus et les a planté comme des pierre vives, lui qui les a maçonnées avec son propre sang pour que tout fidèle puisse avancer sans encombre, sans craindre la pluie de la divine justice, abrité par ma miséricorde.

 

Le pont traversé, on arrive à la porte, partie du pont lui-même, par laquelle vous devez tous passer. C’est pourquoi il a été dit : « Je suis la voie, la vérité et la vie. Qui passe par moi ne cheminera pas dans les ténèbres, mais dans la lumière. » Ailleurs ma vérité a dit : «  que nul ne pouvait venir à moi sinon par lui. » 

Il est une voie en forme de pont.  Il est à moi qui suis la suprême vérité. Qui le suis, suit cette vérité… Il est la Vie et celui qui suit cette vérité reçoit la vie de la grâce…

Ceux qui ne suivent pas cette voie passent par dessous, sur le fleuve. C’est une voie fait avec de l’eau et non des pierres. Et parce que l’eau ne soutien rien, nul ne peut la passer sans se noyer. Voilà de quoi sont fait les plaisirs et les honneurs du monde. Et parce que son désir ne repose pas sur la pierre, mais sur les créatures et sur les choses crées, parce qu’il les aime et les possède en dehors de moi, et elle ne sont que de l’eau qui ne cesse pas de s’écouler, l’homme ne cesse pas de courir comme elles, bien qu’il croie que ce sont les choses qui courent, alors que, c’est bien lui qui court continuellement jusqu’au terme de sa mort. 

Il voudrait bien se posséder, c’est-à-dire posséder sa vie et toutes les choses qu’il aime, pour qu’elle ne courent point et ne viennent pas à lui être arrachées par la mort qui les lui fait abandonner, ou par ma providence qui veut que les choses crées soient enlevées aux créatures, mais il lui est impossible de les retenir. Celui-là suit la voie du mensonge parce qu’il passe par la voie du mensonge. Il est fils du démon qui est le père de tous les mensonges, et c’est parce qu’il passe par la porte du mensonge qu’il reçoit la damnation éternelle.

 

Mais vois quelle est l’ignorance et l’aveuglement de l’homme qui, alors qu’on lui a bâti une route, s’acharne à vouloir passer dans l’eau.

La voie du pont est si délicieuse pour ceux qui la suivent que toute amertume devient douceur et que tout grand poids devient léger. Bien qu’enfermés dans les ténèbres du corps, ils trouvent la lumière, bien que mortels ils trouvent la vie immortelle parce qu’ils goûtent, dans leur désir d’amour, et avec la lumière de la foi, la vérité éternelle qui a promis de récompenser ceux qui se dépensent pour moi, car je sais apprécier et être reconnaissant. Je suis juste et je récompense justement chacun selon ses mérites. Tout bien est récompensé, tout mal est puni.

La joie ressentie par celui qui suit cette voie, nulle langue n’est capable de la dire, nulle oreille de l’entendre, nul oeil de la voir. En vérité, il goûte et partage déjà ce bien qui lui est préparé dans la vie qui dure. Il est donc bien fou celui qui dédaigne un si grand bien et qui choisit de goûter en cette vie les arrhes de l’enfer, en passant par la voie d’en dessous, où il avance au milieu de mille fatigues, sans aucune consolation et sans aucun bien. À cause de leurs péchés, ils se privent de moi qui suis le suprême et éternel bien.

 

Mon fils ainsi élevé et revenu vers moi, son Père, j’envoyai le Maître c’est-à-dire le Saint-Esprit, qui vint vers vous avec ma puissance, avec la sagesse de mon Fils et avec sa propre clémence.

Cependant, si la présence de mon fils quitta les disciples son enseignement ne les quitta point, ni les vertus, véritables pierres bâties sur cette doctrine qui n’est qu’une seule chose avec la voie que vous a faite ce doux et glorieux pont. Il a d’abord agi, et c’est avec ses action qu’il a fait cette voie : en vous enseignant la doctrine plutôt par l’exemple que par les paroles : « il fit, bien avant de parler ».

 

La voie de sa doctrine, celle dont je t’ai parlé, est confirmé par les Apôtres, affirmée par le Sang des martyrs, illuminée par la lumière des docteurs, proclamée par les confesseurs, rapportée par les évangélistes, tous les témoins qui confessent la vérité dans le corps mystique de la sainte église.

Ils sont cette flamme placée sur le candélabre pour montrer la voie de la vérité qui mène à la vie dans une lumière parfaite. Comment te le montrent-ils? Par expérience, parce qu’ils l’ont éprouvée en eux-même.

 

Mais le pont visible, une fois élevé au dessus de la terre, la doctrine y est demeurée unie, à ma propre Puissance, à la Sagesse du Fils et à la Clémence du Saint-Esprit. Cette Puissance donne la fermeté à ceux qui suivent cette voie, cette Sagesse leur donne la lumière et leur fait trouver la vérité, l’Esprit-Saint leur donne l’amour qui brûle et débarrasse tout amour sensible et ne laisse dans l’âme que l’amour de la vertu.

Ainsi donc, de toute manière, soit par sa présence corporelle, soit par sa doctrine, Il est la voie, la vérité et la vie, et cette voie est ce pont qui vous conduit dans les hauteurs du ciel. C’est ce qu’il voulait dire par ces paroles : « Je suis venu de mon père et je retourne à mon père, mais je reviendrai parmi vous. Je ne vous laisserai pas comme des orphelins, je vous enverrai le Paraclet.»

Il a dit qu’il serait revenu et il est revenu. Le Saint-Esprit, en effet, ne vient jamais seul, mais il vient avec la puissance du Père, la sagesse du fils et avec sa propre clémence. Tu vois donc qu’il est revenu, non point visiblement, mais avec ma puissance afin d’affermir la voie de la doctrine qui est une route qui ne peut ni s’écrouler ni demeurer fermée à celui qui veut la suivre.

 

« Ô éternelle miséricorde, toi qui couvre les fautes de tes créatures, je ne m’étonne plus que tu dises de ceux qui sortent du péché mortel pour venir à toi : « je ne me souviens plus que vous m’ayez offensé. » 

Ta miséricorde donne vie. Elle donne cette lumière qui permet de connaître ta clémence dans chaque créature, dans les justes comme dans les pécheurs. Au plus haut des cieux, ta miséricorde resplendit comme elle resplendit dans tes saints. La terre entière, si je la regarde, foisonne de ta miséricorde, mais dans les ténèbres de l’enfer ta miséricorde brille encore puisque tu n’accable pas les damnés de toute la douleur qu’ils méritent.

Ainsi avec ta miséricorde tu tempères ta justice ; par miséricorde tu nous as lavé dans le sang. Par miséricorde, ô fou d’amour, tu as voulu vivre avec tes créatures! T’incarner ne t’a point suffi : c’est mourir que tu as voulu! Mais la mort ne te suffisant point encore, tu descendis aux enfers pour délivrer les saints patriarches afin qu’en eux s’accomplissent aussi ta vérité et ta miséricorde.

Ô Miséricorde! De quelque côté que mon esprit se tourne et pense, je ne vois que miséricorde. »

 

Mon enfant bien-aimé, tu m’as parlé de ma miséricorde parce que je te l’ai fait goûter et voir lorsque je t’ai dit : « Voici ceux pour lesquels je vous conjure de prier », mais sache que, sans qu’aucune comparaison soit possible, ma miséricorde est plus grande encore que vous ne sauriez le voir, puisque ta vue est imparfaite et limitée, alors que ma miséricorde est parfaite et illimitée. Si une comparaison était possible ce serait celle du fini à l’infini.

 

Ouvre l’oeil de ton intelligence et vois ceux qui se noient volontairement.  Ils ont commencé par devenir malades en concevant le péché mortel dans leur esprit, mais ils meurent à la grâce lorsqu’ils l’enfantent. Parce qu’ils sont morts, leur mémoire ne sait garder aucun souvenir de ma miséricorde. L’oeil de leur intelligence ne sait plus ni voir ni connaître ma vérité  puisque ce sens est mort pour eux : je veux dire que leur intelligence ne leur propose plus pour objet que leur propre personne et l’amour mort de leur propre sensualité. Dès lors, comment leur volonté ne serait-elle pas également morte à ma volonté? Ces trois puissances étant mortes, toutes leurs actions, matérielles ou spirituelles, sont mortes à la grâce, ne peuvent plus se défendre contre leur ennemis ni s’aider elles-mêmes quand je les aides.

Il est vrai, cependant, que chaque fois que ce mort, en qui demeure encore le libre arbitre, demande mon secours, pendant qu’il habite son corps mortel, il peut l’obtenir. Tout seul il ne pourrait rien. Il s’est rendu insupportable à lui-même et pour vouloir dominer le monde il est dominé par cette chose qui n’est pas : le péché. Le péché est moins que rien, et lui s’est fait le serviteur et l’esclave du péché.

J’avais fait d’eux des arbres d’amour au moyen de la grâce reçue dans le saint baptême, et eux se sont fait des arbres de mort puisqu’ils sont morts.

Les fruits de cet arbre sont mortel parce qu’ils ont puisé leur suc avec la racine de l’orgueil et l’âme, pauvrette, se rempli d’ingratitude, source de tout mal. Si elle avait pour moi quelque gratitude elle me connaîtrait : en me connaissant elle se connaitrait elle-même et demeurait ainsi dans mon amour. Mais parce qu’elle est aveugle, elle se donne au fleuve sans voir que l’eau court et ne l’attend pas.

 

À cause de leur amour propre, ils ne me connaissent pas en eux-même.

 

C’est à cause de ces vices, et d’autres encore, qu’ils tombent dans le faux jugement, ainsi que je te l’expliquerai plus loin, toujours scandalisé par mes interventions qui sont toutes justes, toujours faites par amour et par miséricorde.

Parce que leur coeur est pourri et leur goût corrompu, les choses bonnes leur semble mauvaises et les mauvaises, c’est-à-dire la vie désordonnée, leur semble bonnes. Oh! aveuglement humain, que ne considères-tu ta dignité! Voilà que de grand tu t’es fait petit, que de maître tu es devenu serf du plus vil maître qui puisse être, puisque tu es le serf et l’esclave du péché. Et l’on devient ce que l’on sert. Le péché étant néant, tu es donc devenu néant. Tu t’es ôté la vie, tu t’es donné la mort.

 

Si cette âme possède la lumière pour connaître et regretter sa faute, non point à cause de l’enfer qui l’attend, mais parce qu’elle m’offense, moi, la suprême et éternelle bonté, elle pourrai encore rencontrer ma miséricorde.

Cette âme sera condamnée non seulement pour son injustice et son faux jugement, mais surtout pour ce jugement qu’elle a porté au dernier moment quand elle a jugé son malheur plus grand que ma miséricorde.

Voilà le péché impardonnable, dans ce monde et l’autre. C’est celui de l’homme qui, en méprisant ma miséricorde, n’a pas voulu être pardonné. C’est pourquoi je le tiens pour le plus grave, et c’est pourquoi le désespoir de Judas m’attrista plus moi-même et fut plus pénible à mon fils que sa trahison. Aussi les hommes seront-ils condamné pour ce faux jugement qui leur fit croire que leur péché était plus grand que ma miséricorde.

Ils sont condamné pour leur injustice quand ils se lamentent sur leur sort plus que sur l’offense qu’ils m’ont faite. Car c’est alors qu’ils sont injustes : ils ne me rendent pas ce qui m’appartient à moi-même, et ils ne rendent pas à eux-même ce qui leur appartient. 

 

Il y a trois vices principaux : l’amour de soi d’où sort le deuxième : le désir d’être considéré, qui engendre à son tour le troisième : l’orgueil avec son cortège de faux jugements, de cruautés et de tant d’autres fautes…

 

N’est-ce pas ce qui se passe pour un oeil malade? Dans le soleil brillant il ne voit que ténèbres, alors que l’oeil sain y voit la lumière. Ce n’est point que la lumière ait quelque défaut, le défaut est dans l’oeil malade. C’est ainsi que les damnés voient mon Fils en ténèbres, en haine et confusion, non pas à cause de quelque défaut de cette mienne majesté divine dont mon fils se couvrira pour juger le monde, mais à cause de l’infirmité qui leur est propre.

 

L’âme juste qui achève sa vie dans le désir de la charité est enchaînée à l’amour.

 

Lorsqu’une âme aborde la vie éternelle, tous participent au bien de cette âme et cette âme elle-même au leur.

 

Ils sont tellement conformes avec ma volonté qu’ils ne peuvent vouloir que ce que je  veux. Leur volonté est attaché par les liens de la charité. Lorsque le temps n’est plus à la disposition de la créature raisonnable, si celle-ci vient à mourir en état de grâce elle ne peut plus pécher.

 

Le désir des bienheureux consiste à voir mon honneur éclater en vous, pendant que vous passez sur cette terre comme des pèlerins qui courent vers le terme de la mort. En désirant mon honneur ils désirent votre salut. C’est pourquoi ils me prient sans cesse pour vous. Ce désir est exaucé, pour autant qu’il m’appartient, toutes les fois que vous ne vous opposez pas à ma miséricorde. 

 

De l’utilité des tentations.

Je lui ai donné pour mission, en cette vie, de tenter mes créatures, non point pour que mes créatures soient enfin vaincues, mais pour qu’elles triomphent et pour qu’elle reçoivent de mes mains la gloire de la victoire, après m’avoir manifesté leurs vertus. Que nul n’ai peur : quelque soit la tentation ou le combat que le démon vous livre, je vous ai rendu forts, je vous ai donné une volonté forte, trempée dans le sang de mon fils. Cette volonté, ni le démon ni les créatures ne peuvent vous la changer puisqu’elle est bien vôtre : je vous l’ai donné avec le libre arbitre.

Vous pouvez donc, avec ce libre arbitre, la garder ou l’abandonner selon votre caprice. Elle est une arme que vous livrez aux mains du démon, elle est le vrai couteau avec lequel il vous frappe et vous tue. Mais si l’homme ne met pas ce couteau dans les mains du démon, s’il ne consent pas à ses provocations, il n’est pas de tentation capable de le blesser mortellement. Bien mieux, elles le fortifieront à condition qu’il ouvre les yeux de l’intelligence et voit que ma charité ne les permet qu’afin de le conduire à la vertu.

On ne parvient à la vertu que par la connaissance de soi-même et par la connaissance de moi-même. Or cette connaissance ne s’acquiert jamais aussi parfaitement qu’au moment de la tentation.

Tu vois donc que les démons se sont fait mes propres ministres pour éprouver en cette la vertu de chaque âme. Non pas qu’il soit dans l’intention du démon de fortifier votre vertu, (il est privé de toute charité et voudrait au contraire vous priver de votre vertu) mais cela lui est impossible si vous résistez.

Tu vois donc combien est grande la sottise de l’homme qui se rend débile et se livre lui-même aux démons, alors que je l’ai fait si fort.  C’est pourquoi je veux que tu le saches : entrés dans le monde sous la domination du démon (non pas forcé, puisque je t’ai dit qu’ils ne sauraient l’être, mais volontairement) quand ils parvient, toujours aussi perversement dominé, à la limite de la mort, ils n’ont à attendre aucun autre jugement que celui de leur conscience: c’est en désespérés qu’ils arriveront à la damnation éternelle. C’est leur haine elle-même qui, à l’extrême limite de leur mort, happe l’enfer : ils ne l’ont pas encore définitivement mérité que déjà, pour tout prix, ils se l’octroient avec leurs seigneurs démons.

 

Quant à ceux qui ont vécu et qui meurent dans une charité ordinaire, sans avoir atteint la grande perfection des justes, ils embrassent aussi ma miséricorde, illuminé par cette lumière qui donne la foi et l’espérance et qui éclaire les parfait. Mais pour ceux-là, cette lumière est imparfaite. C’est parce que qu’ils se savaient imparfaits qu’ils ont éteint ma miséricorde, la jugeant plus grande que leur propres fautes.

 

« Jésus lui parlait doucement du triomphe qu’elle venait d’obtenir dans ce combat. Catherine lui dit alors : « Où étiez-vous, mon Seigneur, quand mon coeur était tourmenté par tant de turpitudes? » - « J’étais dans ton coeur, répondit le Seigneur. » Elle reprit : « Comment puis-je croire que vous habitiez dans mon coeur alors qu’il n’était rempli que de pensées immondes et honteuse? » - « Ces pensées et ces tentations apportaient-elles à ton coeur… plaisir ou chagrin? » - « Une tristesse et un chagrin sans bornes. » - « Et qui donc causait en toi cette tristesse, sinon moi qui me tenais caché, au milieu de ton coeur? Sans ma présence, ces pensées auraient pénétré ta volonté, tu y aurai pris plaisir. Mais parce que j’étais là, elles déplaisent à ton âme, tu voulais alors chasser loin de toi ces imaginations, comme d’odieuses suggestions, et comme tu ne le pouvais pas au gré de tes désirs, de là ta tristesse et ton chagrin. C’est moi qui faisais tout cela et qui défendais contre les ennemis ton coeur tout entier. Je me cachais à l’extérieur, autant que cela pouvait être utile à ton salut. » R. de Capoue.

 

Je veux te montrer maintenant combien ils se trompent : c’est en voulant fuir les peines qu’ils tombent dans les peines. Ils croient que me suivre, suivre le pont du verbe, mon fils est un trop dur chemin. Aussi reculent-ils par crainte des épines. Ils n’agissent ainsi que parce qu’ils sont aveugles. Ils ne voient pas, ils ne connaissent pas la vérité, telle que je te l’ai montré au commencement de ta vie quand tu me priais de faire miséricorde au monde en sauvant ces hommes des ténèbres du péché mortel.

Tu sais que je me suis alors montré sous la forme d’un arbre dont tu ne voyait ni le commencement ni la fin. Sa racine était unie à la terre. C’était ma nature divine unie à la terre de votre humanité. Au pied de cet arbre il y avait quelques ronces. De ces ronces tous ceux qui s’aimaient eux-même s’éloignaient pour courir vers un tas de balle de blé. Ce tas représentait les plaisirs du monde. Cette balle semblait bien être du blé, mais ce n’en était pas. C’est pourquoi de nombreuses âmes s’y pourraient de faim, tandis que d’autres, reconnaissant la tromperie du monde, s’en retournaient vers l’arbre et franchissaient les ronces, c’est-à-dire la décision de leur propre volonté, décision qui avant d’être prise constitue les ronces qu’on croit rencontrer en suivant la voie de la vérité. D’un côté on lutte contre sa conscience, de l’autre on lutte contre sa sensualité. Mais dès que la haine et le dégoût de soi-même vous font décider courageusement : « Je veux suivre le Christ crucifié » voilà que les épines sont brisées et qu’une ineffable douceur est trouvée, plus ou moins grande selon les dispositions de chacun.

Tu sais que ce jours-là je te dis : « Je suis votre Dieu immuable puisque je ne change point. » Je ne me refuse à aucune créature qui veut venir à moi.

Je leur ai montré ce que c’est d’aimer les choses en dehors de moi. Mais eux, aveuglé par la nuée de l’amour-propre, ne me connaissent pas plus qu’ils ne se connaissent. Tu vois à quel point ils se sont trompés : ils préfèrent mourrir de faim plutôt que de franchir quelques ronces.

Ils ne peuvent pas fuir, cependant, sans endurer quelques peines, car en cette vie, nul ne passe qui ne porte sa croix, sauf celui qui passe par le chemin d’en haut. Non pas qu’en y passant il n’y éprouve nulle peine, mais toute peine devient pour lui une consolation.

Je t’ai montré combien se trompent ceux qu’une peur désordonnée envahit, combien je suis leur Dieu qui ne cesse pas d’être immuable, et aussi que ce ne sont pas les créatures que j’accepte, mais leur saints désirs. Cela je te l’ai montré avec l’allégorie de l’arbre.

 

Mes serviteurs ne ressentent aucune souffrance de leur peine, entendu qu’ils ont accordé leur volonté avec la mienne ; or c’est précisément la volonté qui est cette chose qui fait souffrir l’homme.

En me voyant l’âme me connait, en me connaissant elle m’aime, en m’aimant elle me goûte, moi, le bien suprême et éternel, Celui qui est. En me goûtant elle se rassasie et elle accompli sa volonté, c’est-à-dire ce désir qu’elle a de me connaître. 

Tu vois donc que mes serviteurs reçoivent essentiellement leur béatitude de ma vision et de ma connaissance.

C’est pourquoi je t’ai dit que goûter la vie éternelle, c’est essentiellement posséder ce que la volonté désire, et sais-tu comment mes serviteurs se rassasient? en voyant ma bonté en eux-même et en connaissant ma vérité.

 

En voyant ils connaissent, en connaissant ils aiment et en aimant ils noient et perdent leur volonté propre. Une fois celle-ci perdue, ils se revêtent de la mienne et moi je ne veux que votre sanctification. Ils se détournent alors aussitôt de la voie d’en-dessous, et ils commencent à monter vers le pont en passant sur les ronces. Mais puisque les pieds de leurs désir sont chaussés par ma volonté ils n’en ressentent aucune douleur.

 

Dès qu’ils ont vu cet amour en moi et qu’en regardant en eux-mêmes ils viennent à connaître leurs défauts, avec la lumière de la foi ils voient la moindre faute passible d’un châtiment infini, puisqu’elle est commise contre moi, bien infini. C’est ainsi qu’ils s’acquittent de leurs péchés, par le regret, qu’ils acquièrent des mérites par leur parfaite patience et que leurs souffrances sont récompensés par un bien infini.

 

 

Comment le bien qui n’est pas fait en état de grâce ne sert de rien pour la vie éternelle.

De ceux qui ont la foi sans les oeuvres, on dit que la foi est morte : de même qu’un mort ne saurait voir, de même l’oeil de l’intelligence dont la pupille est cachée sous un bandeau ne saurait ni voir ni connaître qu’il n’est rien par lui-même. Il ne saurait voir ni les fautes commises, ni ma bonté en lui, ni d’où provient son être et tous les dons qui enrichissent l’être. Ne connaissant ni moi-même, ni lui-même, il ne peut haïr sa propre sensualité. Bien mieux : il l’aime, il cherche à satisfaire ses désirs. C’est ainsi qu’il enfante ces enfants morts : les péchés mortels, et qu’il ne m’aime pas. En ne m’aimant pas il n’aime pas ce que j’aime, c’est-à-dire le prochain. Il ne se plait pas à accomplir ce que j’aime. Ce que j’aime ce sont les agissantes et sincères vertus. J’aime les voir en vous (non pas qu’elles me soient de quelque utilité : vous ne pouvez me faire profiter de rien puisque je suis Celui qui suis, et rien ne s’est fait sans moi excepté le péché qui est néant puisqu’en vous privant de la grâce il vous prive de moi qui suis le bien absolu) si je les aime c’est dans votre intérêt, pour qu’en moi, vie éternelle, je puisse trouver l’occasion de vous récompenser.

 

On ne doit cependant pas cesser de faire le bien, qu’on soit ou qu’on ne soit pas en état de grâce, puisque tout bien est récompensé et toute faute punie.

 

Qui les a trompé? Eux-même, puisqu’ils se sont privé de la lumière de la foi vive et qu’ils ont marché comme des aveugles, en tâtonnant et en s’accrochant à tout ce qu’ils rencontraient. C’est parce qu’ils ne voyaient plus qu’avec leurs yeux aveugles qu’ils ont placé leur amour dans les choses périssables.

 

Ces biens, en effet, vous ne les avez que pour autant que je vous les laisse. Mais je ne vous les laisse et ne vous les donne que pour autant que je juge qu’ils servent à vote salut.

 

En possédant, ils ne sauraient m’offenser puisque toute chose est bonne et parfaite, crée par moi qui suis la souveraine bonté, pour le service de mes créateurs raisonnable mais non pour que mes créatures deviennent les serves et les esclaves des délices du monde.

C’est vers moi qu’ils doivent élever leur désir, et toutes les choses ils doivent les aimer et les posséder, non pas comme leur appartenant, mais comme leur étant prêté, ainsi que je te l’ai déjà dit.

Ce ne sont ni la créature ni le rang social que je regarde, mais les saints désirs. Quel que soit le rang qu’il occupe, pourvu qu’il ait une bonne et sainte volonté, celui-là m’est agréable.

 

Quelque soit votre situation vous pouvez posséder pourvu que vous sachiez trancher le poison de votre sensualité, car c’est lui, en vérité, qui donne la mort éternelle. La sensualité est un véritable poison. Comme lui elle attaque le corps qui fini par mourir si l’homme ne s’ingénie pas à la vomir ou à prendre quelque remède. Voilà l’oeuvre du scorpion de l’attachement au monde. Ce ne sont pas les choses elles-mêmes qui sont mauvaises. Je t’ai déjà dit qu’elles sont bonnes, puisqu’elles ont été faites par moi qui suis la suprême bonté. L’homme peut s’en servir, s’il lui plaît, pourvu que ce soit avec un saint amour et une crainte sincère. Je dis que c’est la volonté humaine qui est un venin. Je dis qu’elle empoisonne l’âme et qu’elle la tue si elle n’est pas vomie par la sainte confession qui en libère le coeur et le désir. Bien qu’il semble amer à votre sensualité, c’est un bon remède.

 

Je t’ai dit que la volonté seule est cause de la souffrance de l’homme, mais puisque les serviteurs sont dépouillé de la leur et revêtus de la mienne, ils ne sauraient éprouver aucune affliction. Ils sont complètement rassasié puisque ma grâce remplit leur âme… Ceux qui ne me possèdent pas, possèderaient-ils le monde entier, ne peuvent pas être rassasié. Les choses créées, en effet, sont moindre que l’homme : elles sont faites pour l’homme et non pas l’homme pour elles. C’est pourquoi celui-ci ne peut être rassasié par elles. Moi seul puis le rassasier.

 

La douleur qu’ils éprouvent en les perdant n’a d’égal que l’amour déréglé qu’ils ont eu les possédant.

 

Privés de la vie de la grâce, ils sont devenus des arbres morts. Aussi toutes leurs actions sont-elles mortes.

 

Qu’est-ce qui les aveugles?  Le nuage de l’amour-propre qui couvre la pupille de la foi.

 

Je te dirai maintenant qu’ils sont nombreux ceux que j’éperonne avec les tribulations que je leur envoie moi-même afin d’enseigner à leur âme que son but n’est pas cette vie, que toute chose est transitoire, et qu’ils ne doivent désirer que moi qui suis leur fin et puisqu’il doivent me tenir pour tel.

 

Mais il ne suffi pas de marcher avec la seule crainte servile : balayer de la maison le péché mortel sans la remplir de vertus fondées sur l’amour et non sur la crainte, n’est pas suffisant pour mériter la vie éternelle. S’ils ne posent pas les deux pieds, je veux dire l’amour et le désir, sur la première marche du pont (ce sont les deux pieds qui portent l’âme vers l’amour de ma vérité), tout est inutile.

 

Il en est, cependant, qui avancent avec un telle tiédeur qu’ils retombent dans le fleuve. 

Mais toute chose de vertu nécessite la persévérance. En ne persévérant pas, on ne parvient pas à s’attacher à sa propre volonté d’arriver à ce terme vers lequel on s’était acheminé. En ne persévérant pas, on arrive pas. C’est pourquoi la persévérance est nécessaire pour qui veut réaliser son désir.

 

Le démon les combat de diverse manière, soit qu’il les méprise pour les confondre : « Ce bien que tu as commencé te sera inutile à cause de tes péchés, » (les démons ne parlent ainsi que pour les faire revenir en arrière et leur faire abandonner ce qu’ils ont entrepris), soit qu’il les prennent par la facilité, en leur faisant mettre tout leur espoir dans ma miséricorde : « pourquoi tant de peine? Profite de la vie ; au moment de la mort tu reconnaîtras tes fautes et tu seras sauvé. »

C’est pour toutes ces raison, mais il en est d’autres qu’ils reviennent en arrière et qu’ils ne sont ni constants ni persévérants. Cela ne se produit que parce que la racine de l’amour-propre n’est pas arrachée de leur âme. Aussi, sans persévérance, reçoivent-ils pleins de présomption, ma miséricorde et l’espérance, non pas comme il se doit, mais comme des ignorants et des orgueilleux qui comptent sur cette même miséricorde qu’ils ne cessent point d’offenser.

 

Aussi,  en ne changeant pas, ils parvient point à l’amour de la vertu. Ils n’ont pas persévéré, mais leur âme ne peut se transformer : quand elle n’avance point, elle recule.

 

« combien était grand la bonté de ce Dieu qui n’avait rien mis en cette vie qui pût être un obstacle au salut de l’homme. »

 

Votre âme je l’ai créé à mon image et ressemblance en lui donnant la mémoire, l’intelligence et la volonté. L’intelligence est la partie la plus noble de l’âme. Cette intelligence est mue par le désir et l’intelligence nourrit le désir. C’est la main de l’amour, c’est-à-dire le désir, qui remplit la mémoire du souvenir de moi et de tous mes bienfaits. 

L’âme ne peut vivre sans amour, toujours elle veut aimer quelque chose. Elle est pétrie d’amour puisque je l’ai créée par amour. C’est pourquoi je t’ai dit que le désir meut l’intelligence comme si elle disait : « Je veux aimer puisque la nourriture dont je me nourris est bien l’amour. »

 

Il y a une telle union entre les trois puissances d’âme que je ne puis être offensé par l’une d’entre elles sans l’être par toutes les autres. Ainsi que je te l’ai dit l’une offre à l’autre le bien ou le mal selon qu’il plait au libre arbitre. Ce libre arbitre est lié à la volonté et c’est pourquoi il le meut comme il lui plait, soit avec la lumière de la raison soit sans la raison. Vous avez votre raison lié en moi (si votre libre arbitre ne vous en sépare point par un amour désordonné) mais vous avez aussi cette loi perverse qui se rebelle sans cesse conte l’esprit. Vous avez donc deux parties en vous-même : la sensualité et la raison. La sensualité est serve, aussi sa destination est-elle de servir l’âme c’est-à-dire qu’avec ce corps vous devez éprouver et exercer vos vertus. L’âme est libre, (libéré de la faute par le sang de mon fils) elle ne peut être dominé si elle s’y refuse. Elle est lié au libre arbitre et ce libre arbitre ne fait qu’un avec la volonté en s’accordant avec elle. Il est lié entre la sensualité et la raison. Qu’il veuille se tourner vers l’une ou vers l’autre il le peut.

Lorsque l’âme, avec la main de son libre arbitre, se met à rassembler toutes ses puissances en mon nom, toutes ses actions temporelle ou spirituelles sont accordées entre elles.

 

Pourquoi mon fils a-t-il dit : « Je suis la source d’eau vive »? Parce qu’il était la source qui me contenait, moi qui donne l’eau vive, grâce à l’union de sa nature humaine avec ma nature divine. 

 

Il vous faut donc avoir soif, si vous voulez passer, car ceux-là seuls qui ont soif ont été invité. « Que celui qui a soif viennent à moi et qu’il boive. »

Celui qui n’a pas soif, ne persévère pas dans sa marche. Ou bien il recule à cause de la fatigue, ou bien il recule à cause de quelque plaisir. Il ne se soucie point de porter le seau pour puiser l’eau. Il ne soucie point de se faire accompagner : il sait pourtant qu’il ne peut y aller seul. Aussi dès qu’il se voit menacé de la moindre persécution il s’end détourne parce qu’il voit en elle un ennemi. Il a peur parce qu’il est seul, mais s’il était accompagné il n’aurait pas peur. S’il avait gravi les trois marches il serait rassuré parce qu’il n’aurait plus peur. Il faut donc que vous ayez soif de vous réunir, ainsi qu’il vous l’a dit, à deux, à trois ou davantage.

 

Celui qui demeure dans l’amour de lui-même est seul : ne s’est-il pas séparé de ma grâce et de la charité du prochain?

 

Dès que l’âme a gravi la troisième marche elle n’es plus seule. Ayant uni les commandements (mon amour et l’amour du prochain) et les trois puissances (la mémoire pour qu’elle retienne, l’intelligence pour qu’elle voie et la volonté pour qu’elle aime), l’âme se trouve être en ma compagnie. Je lui donne alors la fermeté et la sécurité. Elle rencontre les vertus et c’est ainsi qu’elle avance et qu’elle se sent rassurée puisque je marche moi-même au milieu.  

Elle va, elle porte la coupe de son coeur enfin vidée de toute volonté et de tout amour déréglé, mais dès qu’elle est vide elle se remplit. Nulle chose en effet ne saurait demeurer vide. Dès qu’on la vide des choses périssables, elle se remplit de l’eau de la grâce. Dès qu’elle franchi la porte du Christ crucifié elle goûte l’eau vive en se retrouvant en moi, mer pacifique.

 

Je t’ai montré les trois marches qui, d’une manière générale, sont les trois puissances de l’âme, et comment nul ne peut en gravir une sans gravir l’autre. Je t’ai dit aussi, au sujet des paroles de ma vérité : « Quand ils seront deux ou trois assemblés en mon nom, » qu’il s’agissait là des trois puissances de l’âme (Mémoire, pour qu’ils puissent se souvenir de mes bienfaits, Intelligence, pour qu’ils puissent voir et connaitre la vérité, Amour, pour qu’ils puissent m’aimer, moi la Vérité éternelle que leur intelligence à connue.). Ces trois puissances, une fois rassemblées s’accompagnent des deux principaux commandement de la Loi : la charité envers moi et la charité envers le prochain, c’est-à-dire l’amour que par-dessus toute chose on doit avoir pour moi et pour le prochain considéré comme un autre soi-même.

Ces trois marches franchies, c’est-à-dire rassemblées en mon nom, vous voilà assoiffés d’eau vive. L’âme se met alors en route, elle suit le pont qui est la doctrine de mon fils qui est lui-même le pont.

 

Tu as vu et entendu ce sur quoi tu m’interrogeait, à savoir : ce qu’on doit faire pour ne pas se noyer. Il faut monter sur le pont. Monter c’est rassembler et unir les puissances de l’âme dans l’amour du prochain, en m’apportant la coupe de votre coeur puisque j’abreuve ceux qui me le demandent, et persévère sur cette voie du Christ jusqu’à la mort. Voilà ce qu’il vous faut faire quel que soit votre état. Il n’est pas d’état, pas d’excuse pour ne pas devoir ou ne pas pouvoir le faire. Bien mieux : chacun peut le faire et doit le faire : il n’est pas de créature qui n’y soit tenue. Nul ne peut se récuser en disant : « Moi j’ai ma situation, j’ai mes enfants ou autres empêchements, c’est pourquoi je me récuse et abandonne cette voie. » Les difficultés qu’ils rencontrent? Qu’ils n’en parlent pas : je t’ai dit que toute forme de vie m’est agréable, je l’accepte pourvu qu’elle soit remplie avec une bonne et sainte volonté : toute chose est bonne et parfaite, crée par moi qui suit la suprême bonté. Les choses n’ont été ni créées ni données pour qu’elles vous fassent encourir la mort mais pour qu’elles vous procurent la vie. Où gît donc la difficulté puisque rien n’est aussi facile et aussi agréable que l’amour? Or qu’est-ce que je vous demande sinon l’amour et la dilection pour moi et pour le prochain? Tous les temps, tous les lieux, tous les états permettent de les pratiquer pourvu qu’on aime et qu’on ne possède rien que pour la louange et pour la gloire de mon nom.

 

Les trois états de l’âme : le premier est imparfait, le second plus parfait, le troisième très parfait. Le premier est l’état de mercenaire, le second de serviteur fidèle, le troisième de fils : on m’aime sans aucune réserve.

Ils sont et peuvent être dans une même personne lorsque celle-ci, rempli d’un zèle parfait, court son chemin en mettant à profit le temps qui lui est donné, et qui de l’état d’esclave parvient à l’état d’affranchi, et de l’état d’affranchi à celui de fils.

Vois ceux-ci : ils se sont éloigné du vomissement du péché mortel par crainte servile, mais s’ils ne s’en éloignement pas en éprouvant de l’amour pour la vertu, leur crainte sera impuissante à leur donner la vie-qui-dure. L’amour uni à la sainte crainte, lui, oui, est suffisant puisque la Loi est fondée sur l’amour et sur la sainte crainte.

Par l’amour l’homme a été libéré de cette imperfection qu’est la crainte du châtiment, et seule est demeurée cette perfection de la sainte crainte qui consiste à redouter de m’offenser, non parce que le châtiment suivra mais parce que je suis la suprême bonté. Loi d’amour.

Vivant, le temps de l’homme est celui de ma miséricorde ; mort, son temps sera celui de ma justice.

Il faut donc se débarrasser de la crainte servile pour parvenir à m’aimer et me craindre saintement. C’est le seul moyen de ne pas retomber dans le fleuve quand les vagues des tribulations et les ronces des plaisirs (ronces qui déchirent l’âme de qui les aime et les possède avec désordre) viennent à vous agripper.

À la lumière de l’intelligence et avec la pupille de la sainte foi, considérez non seulement le châtiment mais aussi le bienfait de la vertu et l’amour que j’ai pour vous. Ainsi vous monterez avec amour, portés par les pieds de la volonté, dépouillé de toute crainte servile. C’est en agissant ainsi que vous deviendrez des serviteurs fidèles qui me serviront par amour et non par crainte. Si vous vous appliquez à extirper la racine de vote amour-propre, si vous êtes prudent et persévérant, vous y arriverez. Ainsi vous atteindrez la deuxième marche, celle du coeur.

 

De l’imperfection de ceux qui aiment et servent Dieu pour leur propre utilité, pour leur plaisir et consolation.

Il en est quelques un qui sont devenus des serviteurs fidèles, c’est-à-dire qui me servent avec fidélité, sans crainte servile (sans crainte du châtiment) mais avec amour. Cet amour qui les pousse à me servir dans leur propre intérêt, pour leur plaisir ou pour la satisfaction qu’ils trouvent en moi, est imparfait. Sais-tu quand on sait que leur amour est imparfait? Quand ils sont privé de la consolation qu’ils trouvaient en moi. Or c’est de ce même amour imparfait qu’ils aiment leur prochain. Aussi cet amour ne suffit-il pas et ne dure-t-il pas. Il se relâche et, très souvent même, il disparaît. Il se relâche envers moi lorsque, pour les sortir de leur imperfection et pour leur faire pratiquer la vertu, je les prive de la consolation spirituelle et je leur concède les batailles et les tentations. Si j’agis de la sorte, c’est pour les amener à une parfaite connaissance d’eux-même, pour qu’ils sachent qu’ils ne sont que néant et que rien ne leur vient d’eux-même. Au cours de ces luttes ils devraient recourir à moi, me chercher et très humblement me considérer leur bienfaiteur car, lorsque je leur retire ma consolation, je ne leur retire pas ma grâce. Eux cependant relâchent leur amour, se détournent de moi : leur esprit est en révolte. Parfois ils abandonnent leur exercices spirituels. Très souvent, sous prétexte de vertu ; ils se disent : « Ce que je fais ne sert de rien ». Tout cela parce qu’ils sont privés de la consolation spirituelle.

 

Ils agissent comme des imparfaits qui n’ont pas encore débarrassé la pupille de leur foi du bandeau de l’amour-propre. S’ils l’avaient fait, ils verraient que toute chose procède de moi, qu’il n’est pas de feuille qui tombe sans ma province et que ce que je donne ou permets, je ne le donne et ne le permets que pour leur sanctification, c’est-à-dire pour qu’ils aient tout le bien pour lequel je les ai créés.

Ce qu’ils doivent connaître, c’est que je ne veux que leur bien. C’est pour leur donner la vie éternelle que je les ai créées à mon image et ressemblance et que je les ai re-crées pour la grâce avec le sang de mon fils, en faisant d’eux mes enfants adoptifs. Mais parce qu’ils sont imparfaits, les uns ne me servent que par intérêt et les autres relâchent leur amour envers leur prochain.

Les premiers renoncent par peur de la souffrance, les second se frustrent du bien qu’ils faisaient à leur prochain et renoncent à la charité quand ils se voient privés du bien ou du plaisir qu’ils en tiraient. Cela n’arrive que parce que leur amour est impur.

S’ils ne reconnaissent pas leur imperfection et ne désirent pas la perfection, il est impossible qu’ils ne reviennent point en arrière.

Il faut donc, s’ils veulent la vie éternelle, qu’ils aiment sans mesure. Il en suffit pas de fuir le péché par crainte du châtiment, d’embrasser les vertus pour quelque intérêt personnel : pour la vie éternelle il faut s’éloigner du péché parce quel me déplaît, et aimer la vertu pour l’amour de moi.

 

Ils sont nombreux les malheurs où tombe l’âme qui n’a gravi les marches que par crainte servile, avec un amour mercenaire. (« Tous ces malheurs n’arrivent que parce que l’âme préfère les dons au donateurs ».)

Il leur faut donc devenir des fils et me servir sans songer à eux-même. Je récompense tout effort, je récompense chacun selon son état et selon ses oeuvres. Si ceux-là ne délaissent plus les saints exercices, les bonnes oeuvres, s’ils persévèrent dans l’accroissement de leur vertus, ils parviendront à cet amour filiale. Je les aimerai alors comme des fils car je n’aime que comme on m’aime. Si on m’aime d’un amour de serviteur, je donne ce qui est dû, mais je ne manifeste pas mes secrets. Ceux-ci ne sont livrés qu’à l’ami parce qu’il ne fait qu’un avec l’aimé.

Il est vrai que le serviteur peut s’élever par sa propre vertu et par l’amour qu’il porte à son maître. Il peut devenir son ami très cher. C’est ce qui arrive pour ceux-là. Tant qu’ils n’éprouvent qu’un amour mercenaire, je ne me manifeste pas ; mais, si, remplis d’affliction pour leur imperfection et d’amour pour la vertu, ils extirpent la racine de leur amour-propre, s’assoient au tribunal de leur conscience, se jugent eux-même, empêchant ainsi que toute impulsion, toute crainte servile, tout amour de mercenaire ne se puisse montrer sans qu’il ne soit immédiatement redressé par la très saint foi, ils deviennent si agréable à mon coeur qu’ils atteignent à l’amour de l’ami.

 

C’est alors que je me manifeste moi-même, ainsi que ma vérité l’a dit : « Celui qui m’aimera deviendra une seule chose avec moi et moi avec lui, je me manifesterai moi-même et nous demeurerons ensemble. » Telle est la nature de l’ami bien-aimé : deux corps, une seule âme. L’amour en effet devient la chose aimée. S’ils ne forment qu’une âme il n’est plus de secrets. C’est pourquoi ma vérité a dit : « Je viendrai et nous demeurerons ensemble. » C’est la vérité-même.

 

(L’âme  parvient ainsi à la plus haute dignité à laquelle elle puisse aspirer… Ce n’est pas à elle-même qu’elle peut attribuer cet honneur et cette union, mais à l’amour. Car même une servante serait grande qui serait choisie pour épouse par un empereur. Dès qu’elle serait unie à lui elle deviendrait impératrice non pas grâce à elle-même, puisqu’elle était servante, mas grâce à l’empereur.

C’est ainsi que l’âme éprise de Dieu, esclave rachetée…s‘élève à une telle dignité qu’on ne peut plus l’appeler servante mais impératrice, épouse de l’Empereur éternel. C’est bien cela qu’à dit la Supérieure visitée : « Servir Dieu, ce n’est pas être esclave, c’est régner ».)

 

Comment Dieu se manifeste dans l’âme qui l’aime.

Ma charité se manifeste en eux par les bienfaits qu’ils voient et qu’ils savent venir de moi. L’autre manière est particulière à ceux qui sont devenu mes amis. Elle s’ajoute à la manifestation commune, et ils là goûtent, ils la connaissent, ils l’éprouvent, ils la sentent, spirituellement en eux-même.

La deuxième manifestation de ma charité est également intérieure. Je me manifeste dans leur désir d’amour. Ce ne sont pas les personnes que j’accepte, mais leurs saints désirs. Je me manifeste aussi parfaitement qu’on me cherche. Parfois (c’est encore la seconde manière) je me manifeste en leur donnant le don de prophétie, en leur montrant les futures. De diverse manières, selon le besoin de cette âme et des autres.

Voici maintenant la troisième manifestation : je forme dans leur esprit, et de multiple manières, la présence de ma vérité, mon fils unique, selon le désir et le vouloir de cette âme. Parfois elle me cherche dans son oraison et veut connaitre ma puissance. Je la satisfait alors en lui faisant goûter et sentir ma vertu. Parfois elle me cherche dans la sagesse de mon fils : je la satisfait en le lui donnant pour objet de sa contemplation. Parfois elle me cherche dans la clémence du saint esprit : ma bonté lui fait alors goûter le feu de ma divine charité, elle lui fait concevoir les agissantes vertus fondées sur le pur amour envers le prochain.

 

Il a dépassé les pieds de la volonté, il est arrivé au secret du coeur, c’est-à-dire la deuxième des trois marches qu’offre le corps de mon fils.

 

Il était imparfait puisqu’il n’avait que la crainte servile, mais à force de s’appliquer et de persévérer il est parvenu à cet amour qui n’est encore que le plaisir et l’utilité qu’on tire de mon amour : on trouve en moi son propre plaisir et son propre avantage. Tel est le chemin suivit par celui qui désire arriver à l’amour parfait, c’est-à-dire à l’amour de l’ami et du fils.

 

Or je te le dis : pour sortir une âme de son imperfection, je la prive de la sensation de ma présence en lui retirant la consolation qu’elle éprouvait. Quand elle vivait en état de péché mortel elle s’était éloignée de moi et je lui avais retiré ma grâce à cause de son péché. Elle-même avait fermé la porte à son désir. Mais lorsque elle se connait elle-même, lorsqu’elle connaît l’obscurité dans laquelle elle se trouve, elle ouvre la fenêtre et, par la confession, vomit sa corruption : me voilà de nouveau dans cette âme. C’est à ce moment que je retire d’elle la sensation de ma présence mais non point ma grâce. Si j le fais c’est pour la rendre humble, pour qu’elle s’emploie à me chercher en vérité, pour l’éprouver à la lumière de la foi vivante et avec haine pour elle-même, la voilà qui se réjouit dans la douleur et elle se juge indigne de la paix et de la quiétude spirituelles.

Je viens de t’illustrer la seconde des trois manières dont on parvient à la perfection. Voici ce qu’on fait quand on y est parvenu.

On fait ceci : bien qu’on sente que je me suis retiré, on ne recule pas. Au contraire on persévère humblement dans la pratique des vertus et on s’enferme dans la maison de la connaissance de soi-même. Là, pleine d’une foi vive, l’âme attend l’avènement du saint-esprit, de moi-même qui suis le feu même de la charité. Comment attend-elle? Non dans l’oisiveté as dans la vigilance, dans une continuelle et sainte oraison. Non pas seulement vigilante de corps, mais encore d’esprit, ce qui veut dire qu’elle ne ferme jamais l’oeil de son intelligence et qu’elle veille à la lumière de la foi pour extirper avec haine toute pensée du coeur. Elle veille dans le désir de ma charité et elle sait que je ne veux que sa sanctification. Le sang de mon fils lui en donne la certitude.

L’oeil voilant ainsi dans la connaissance de moi-même et de soi-même, l’âme élève continuellement une prière remplie de sainte et bonne volonté. C’est l’oraison continuelle.

Voilà ce que fait l’âme qui a quitté son imperfection et qui est arrivée à la perfection. C’est pour l’y faire arriver que j’ai retiré d’elle non point ma grâce mais le sentient de sa présence. Je m’en suis éloigné pour qu’elle voit et connaisse son vide immense puisque, privé de la consolation, elle éprouve une souffrance aiguë. C’est ainsi qu’elle se découvre faible, sans fermeté et sans persévérance. C’est dans ces défauts même qu’elle qu’elle trouve la racine de l’amour-propre spirituel. Ce lui est une occasion de se connaître et de s’élever au-dessus d’elle-même, de siéger au tribunal de sa propre conscience et de ne laisser passer aucune pensée qui ne soit corrigée et punie. C’est ainsi qu’elle extirpe la racine de l’amour-propre avec le couteau de la haine et de l’amour. 

 

Je veux que tu saches également que toute imperfection et que toute perfection s’acquièrent en moi et se prouvent par l’attitude que l’on a envers moi. Elle s’acquièrent et se prouvent également par l’attitude que l’on a envers le prochain.

Ils le savent bien ces naïfs qui, si souvent, aiment les créature avec un amour spirituel. S’ils avaient puisé en moi un amour très pur et sans réserve, ils boiraient purement l’amour du prochain. Il en est comme pour la coupe qu’on remplit ans l’eau d’une source : si pour boire on la sort de l’eau, en la buvant la coupe se vide, mais si on boit en la maintenant dans l’eau la coupe demeure plaine. De même, l’amour pour le prochain, spirituel ou temporel, veut être bu en moi, sans aucune réserve.

Je vous demande de m’aimer du même amour dont je vous aime. Cela vous est impossible puisque je vous ai aimé sans être aimé. Tout l’amour que vous aurez pour moi sera toujours une obligation d’amour et non une faveur : c’est votre devoir. Mais moi je vous aime par grâce et non par obligation. Aussi ne pouvez-vous pas me témoigner cet amour que je vous demande. C’est pourquoi je vous offert un moyen : votre prochain. Vous n’avez qu’à faire à lui ce que vous ne pouvez pas faire à moi-même, c’est-à-dire l’aimer sans condition, par grâce, sans en attendre aucun profit. Je considère fait à moi-même ce que vous faites pour lui.

Ainsi donc cet amour doit être pur.  Avec le même amour dont vous m’aimez, vous devez aimer votre prochain. Sais-tu à quoi on reconnaît que celui qui aime d’un amour spirituel n’est point parfait? À ce qu’il s’afflige quand il croit que la créature aimée ne répond pas à son amour avec la même force avec laquelle il croit l’aimer. À ce qu’il s’afflige quand il se voit délaissé, quand il est privé du plaisir que ma présence lui procurait, ou quand il voit que cette créature en aime une autre plus que lui. C’est à cela et à beaucoup d’autres signes encore que l’on pourra s’apercevoir que cet amour pour moi et pour le prochain est encore imparfait, bu dans la coupe sortie de l’eau.

 

Tout cela n’arrive parce que la racine de l’amour-propre spirituel n’a pas été bien extirpé.

C’est pourquoi, très souvent, je permets qu’ils qu’il mette à l’épreuve cet amour: il peut ainsi se connaître lui-même et sa propre imperfection. Je lui retire le sentiment de ma présence pour qu’il se renferme dans la maison de la connaissance de lui-même où il acquerra toute perfection. Mais je reviens en lui et lui apporte une plus grande lumière, une plus grande connaissance de ma vérité, et si abondamment qu’il tient pour une grâce de pouvoir tuer pour moi sa volonté.

 

Une fois entrée dans la maison de la connaissance d’elle-même, l’âme enivrée d’un amour sincère pour la vertu, de haine pour le vice et d’une persévérance parfaite, s’enferme dans les veilles et la prière continuelle, complètement séparée du monde. Pourquoi s’est-elle enfermée? Par crainte, puisqu’elle a connu son imperfection, et parce qu’elle désir parvenir à un amour pur et libre. Elle le voit bien, elle le sait bien qu’il n’est pas d’autre moyen pour y arriver! Aussi, avec une foi vive, y attend-elle ma venue sous forme d’un accroissement de grâce. 

À quoi reconnait-on une foi vive? À la persévérance dans la vertu à ce qu’on ne tourne pas la tête en arrière quoi qu’il advienne ; à ce qu’on abandonne plus la sainte oraison pour quelque prétexte que ce soit. Prends bien garde : en dehors d’un motif d’obéissance ou de charité on ne doit jamais abandonner l’oraison. C’est souvent au moment prescrit pour la prière que le démon arrive avec ses tentations et ses assauts, plus nombreux qu’au moment où l’âme ne prie pas. Le démon l’accable de scrupules pour mettre en désarroi son esprit et lui faire abandoner sa prière. Or celle-ci est une arme avec laquelle l’âme se défend contre n’importe quel adversaire pourvu qu’elle la serre avec la main de l’amour, qu’elle la brandisse avec le bras de libre arbitre, et qu’elle la manie à la lumière de la sainte foi.

 

 

Sache mon enfant que c’est dans l’oraison humble, continuelle et fidèle, que l’âme acquiert toute vertu si elle y persévère. C’est pourquoi elle doit persévérer, ne jamais abandonner ni à cause de l’astuce du démon  (R. de Capoue :  « Elle nous donnait, à nous qui vivions avec elle, cette règle générale, qu’au moment des tentations, nous ne devons jamais nous mettre à discuter avec l’ennemi. Il ne cherche, disait-elle, qu’à nous faire accepter une discussion car il a confiance dans la grande subtilité de sa malice, et il pense nous vaincre par ses raisons sophistiqués. ») ni à cause de sa propre faiblesse (pensées et impulsions de la chair) ni à cause de certains propos des créatures, car, bien souvent, le démon se pose sur leur langue pour leur faire tenir des propos qui empêchent l’âme de prier. Tous ces obstacles, elle doit les surmonter avec sa persévérance. Qu’elle est douce pour cette âme, qu’elle m’est agréable à moi-même, la sainte prière faite dans la maison de la connaissance de soi-même et de moi-même, quand l’oeil de l’intelligence est illuminé par la lumière de la foi, quand la volonté baigne dans l’abondance de mon amour!

(…)

C’est de cette hôtellerie que je t’ai parlé, quand je t’ai dit qu’elle se trouve sur le pont afin que les pèlerins et les voyageurs qui suivent la doctrine de ma Vérité y puissent trouver leur nourriture, s’y réconforter et ne point faiblir. Cette nourriture donne plus ou moins de force selon le désir avec lequel on la prend, quelque soit la manière de la prendre, sacramentellement ou spirituellement. Sacramentellement, quand on reçoit le saint sacrement, spirituellement quand on communie par désir, soit en éprouvant un vif besoin de communier, soit en contemplant le sang du Christ crucifié, ce qui revient à communier sacramentellement avec mon amour. Grâce au saint désir, on s’y enivre, on s’y brûle, on s’y rassasie, on n’y est plus rempli que de mon amour et de l’amour de prochain.

 

Où l’âme a-t-elle acquis cet amour? Dans la maison de la connaissance d’elle-même, par la sainte oraison. C’est là qu’elle a perdu son imperfection, comme les disciple et saint Pierre l’ont perdue s’enfermant dans leur maison, et y ont acquis la perfection en veillant et en priant. Avec quoi l’a-t-elle acquis? Avec la persévérance unie à la sainte foi.

Ne crois pas cependant qu’elle reçoive tant d’ardeur et tant d’aliment de cette oraison par la seule vertu de la prière vocale, si commune chez tant de personnes dont la prière consiste plutôt en paroles qu’en amour. On dirait même qu’elles n’aspirent qu’à débiter beaucoup de psaumes et beaucoup de Pater. Une fois atteint le nombre qu’elles s’étaient proposé, il semble bien qu’elles ne s’inquiètent de rien d’autre. On dirait que tout leur souci est de prier vocalement. Mais ce n’est pas ainsi qu’on doit faire, car cette manière est de bien maigre profit pour elle et bien peu agréable pour moi.

Ce qu’elle ne doit pas faire c’est prier vocalement sans prier mentalement. Cela veut dire qu’elle doit, en même temps qu’elle prie des lèvres, s’ingénier à élever et diriger son esprit vers mon amour, en considérant ses défauts en général et le sang de mon fils elle saura voir toute la grandeur de la charité et la rémission de ses péchés. La connaissance qu’elle aura ainsi d’elle-même et la considération de ses péchés lui feront alors connaître que ma bonté agit en elle et qu’elle doit continuer à prier avec humilité. 

Je ne veux pas que les fautes soient considérées en particulier : l’esprit risque de se contaminer au souvenir des péchés vraiment trop laids. Elle ne doit pas non plus considérer seulement ses péchés, mais considérer et se souvenir du sang et de toute ma miséricorde afin de ne pas tomber dans le trouble et la confusion. En effet, si la connaissance de soi-même et considération de ses fautes n’étaient pas unies au souvenir du sang et à l’espérance dans ma miséricorde, elle tomberait dans la confusion. Elle rejoindrai le démon car c’est lui qui l’a amené, sous prétexte de contrition, d’affliction d’avoir péché et de regrets, à l’éternelle damnation. Non pas pour cela seulement, certes, mais parce qu’à partir de ce moment, si elle ne s’appuyait plus sur le bras de ma miséricorde, elle tomberait dans le désespoir.

C’est là une des plus subtiles ruses du démon conte mes serviteurs. Dans votre intérêt, pour lui échapper et pour me plaire, il faut donc que vous dilatiez avec une sincère humilité votre amour et votre désir dans mon incommensurable miséricorde. Tu sais en effet que l’orgueil du démon ne peut soutenir l’humilité spirituelle, ni sa confusion la grandeur de la bonté et de la miséricorde en lesquels l’âme espère en vérité.

 

Souviens-toi : quand le démon voulut te terrasser en essayant de te prouver que toute ta vie n’avait été qu’une longue duperie, que tu n’avais jamais suivi ma volonté ; tu fis alors ce que tu devais faire, ce que ma bonté te permit de faire, car ma bonté ne se refuse jamais à celui qui veut la recevoir : tu t’élevas humblement vers ma miséricorde et tu dis : « Je confesse à mon créateur que ma vie s’est passée dans les ténèbres, mais je me blottirai dans les plaies du Christ crucifié, je me baignerai dans son sang, je consumerai ainsi toute mon iniquité et je me réjouirai par désir dans mon créateur ». Tu sais que le démon s’enfuit. Il revint, cependant, pour te livre une autre bataille,  il voulu te faire gravir tout l’orgueil en te disant : « tu es parfaite et agréable à Dieu, ne t’afflige plis, ne pleure plus pour tes défauts ». Je te donnai alors la lumière, tu vis ce que tu devais faire : t’humilier. Tu répondis alors au démon : « Malheureuse que je suis ! Jean-Baptiste ne pécha jamais, il fut sanctifié dans le ventre de sa mère et cependant il fit encore grande pénitence : moi qui ai commis tant de fautes, les ai-je jamais reconnues en pleurant de vrai repentir? Ai-je vu quel est ce Dieu que j’offense et combien je suis misérable en l’offensant? »

Le démon alors, ne pouvant souffrir ni l’humilité de ton esprit ni ton espérance dans ma bonté, te cria : « Maudite sois-tu, puisque je ne puis rien contre toi! Si je te terrasse avec la confusion tu te relève dans la miséricorde; si je t’exalte, tu t’abaisses humblement jusqu’à l’enfer, et dans l’enfer même tu me poursuis. Je ne reviendrai jamais plus vers toi, puisque tu me frappe avec le bâton de l’amour. »

(R. de Capoue : « La vierge me répondit qu’il (un démon qu’elle avait fait sortir du corps d’une jeune fille)  avait été très difficile à vaincre et qu’elle avait dû poursuivre la lutte jusqu’à la quatrième heure de la nuit. Après avoir longtemps hésité, cet esprit mauvais, voyant qu’il allait être obligé de partir dit à la sainte: "Si je sort d’ici j’entrerai en toi." À quoi notre vierge répondit : « Si telle est la volonté du Seigneur sans la permission de qui je sais que tu ne peux rien faire, je me garderai bien d’y mettre obstacle et d’accepter le moindre désaccord avec cette sainte volonté ». Ce trait véritable d’humilité abattit l’esprit superbe, et lui enleva tout le pouvoir qu’il avait pris sur l’enfant.) 

 

L’âme doit donc unir la connaissance de ma bonté à la connaissance d’elle-même et à la connaissance de moi-même. Sa prière vocale lui sera utile, elle me sera agréable. De cette prière vocale imparfaite elle arrivera, si elle persévère, à l’oraison mentale parfaite.  Mais si elle ne vise qu’à atteindre le nombre de formules qu’elle s’est assigné, elle n’arrivera jamais. Pas plus que si elle délaisse la prière mentale pour la vocale. L’âme est parfois tellement ignorante que, préoccupée de formuler du bout des lèvres le nombre de prières qu’elle s’est proposé, elle renonce à ma visite bien qu’elle me sente présent dans son esprit. Presque, dirait-on, par scrupule d’abandonner ce qu’elle a commencé, et ce au moment même où je viens visiter son esprit, tantôt d’une manière, tantôt s’un autre, parfois sous forme d’une lueur de connaissance d’elle-même mêlée de contrition, parfois en lui montrant la grandeur de ma charité, parfois en offrant à son esprit la présence de ma vérité, de diverse manière, soit comme il me plaît, soit comme cette âme le désire elle-même.

Ce n’est pas ainsi qu’on doit faire. C’est là un piège du démon. Dès que l’esprit sent que je viens la visiter (et de différentes manière, ainsi que je te l’ai dit) il doit abandonner sa prière prière vocale. La mentale terminée on peut, si on en a le temps, reprendre ce qu’on s’était proposé de réciter, mais si on n’en a pas le temps, il ne faut pas s’en soucier ni s’en alarmer. Voilà ce qu’il faut faire. Prends garde seulement qu’il ne s’agisse de l’office divin : les ecclésiastiques, aussi bien que les religieux, sont tenus de le réciter.

 

Quelque soit cependant la prière qu’ils commencent, c’est par la vocale qu’ils arriveront à la mentale, mais s’ils sentent leur esprit tout près d’été visité par moi, ils doivent alors l’abandonner pour la raison que je t’ai dite. Cette prière faite mène à la perfection. C’est pourquoi on ne doit jamais abandonner la prière vocale, quelle que soit la manière dont on la récite, mais pratiquer comme je t’ai dit. C’est avec de l’exercice et de la persévérance que l’âme goûtera la prière en vérité ainsi que la nourriture du sang de mon fils. C’est pourquoi je t’ai dit que quelque-uns communient actuellement au corps et au sang du Christ, bien que non sacramentellement, parce qu’ils communient à l’amour qu’ils goûtent au moyen de la sainte prière (plus ou moins abondamment selon celui qui prie).

Qui s’y adonne avec peu de prudence, sans règle, trouve peu. Qui s’y adonne avec beaucoup de prudence y trouve beaucoup. Plus l’âme s’ingénie à libérer son amour et à l’attacher en moi, à la lumière de l’intelligence, plus elle me connaît. Plus on connaît, plus on aime, plus on aime, plus on goûte.

 

Tu vois donc que ce n’est pas seulement avec ces mots que l’on arrive à la prière parfaite, mais avec le désir de s’élever vers moi, et avec la connaissance de soi-même. Cette âme priera ainsi vocalement et mentalement tout à la fois puisque ces deux modes vont de pair comme la vie active et la vie contemplative.

On peut cependant interpréter de diverses manières ces mots : vocale et mentale.  Je t’ai dit que le saint désir est une prière continuelle puisqu’il consiste à avoir une bonne et sainte volonté. Cette volonté et ce désir s’exercent au moment prescrit pour la prière et s’ajoutent à la prière continuelle du saint désir. L’âme priera donc vocalement soit au moment prescrit, alors qu’elle est pleine d’un saint désir et d’une bonne volonté, soit en dehors du temps prescrit, et elle priera alors continuellement selon que son amour pour le prochain l’y poussera (suivant le besoins de son prochain) et suivant l’état qui je lui ai assigné.

Chacun en effet, selon son état, doit s’employer au salut des âmes selon le principe de la sainte volonté. Ce qu’on accomplit pour le prochain en paroles et en actions, au moment prescrit pour la prière, est une véritable prière, mais tout ce qu’on fait en dehors de ce temps prescrit est aussi une véritable prière pour son prochain et pour soi-même : quelles que soient ces oeuvres elles sont une prière. C’est ce qu’a dit mon héraut, glorieux saint Paul : « celui-là ne cesse pas de prier qui ne cesse pas de bien agir. » C’est pourquoi je t’ai dit que la prière avait plusieurs formes : ne voit-on pas la prière formulée s’unir à la mentale puisque la première faite dans cet esprit, est imprégnée d’un sentiment d’amour. Or le sentiment d’amour équivaut à une oraison continuelle.

 

Tu sais maintenant comment on parvient à l’oraison mentale : par l’exercice et la persévérance, en abandonnant la vocale pour la mentale quand je viens visiter votre âme. Je t’ai dit également quelle est la prière commune, la prière vocale en dehors des temps prescrit et la prière de la bonne et sainte volonté, et comment toute action accomplie poursoi-même ou pour le prochain, en dehors du temps prescrit, est également une prière si elle est faite avec bonne volonté.

L’âme doit donc s’éperonner elle-même avec cette prière qui est une mère. C’est ce que fait l’âme qui s’est enfermée dans la maison de la connaissance d’elle-même et qui est parvenue à l’amour d’ami et de fils. Mais si cette âme ne suit pas ces règles, elle demeure dans la tiédeur et dans l’imperfection. Elle n’aimerait qu’autant qu’elle trouverai en moi et dans le prochain un avantage et un plaisir.

 

Je veux que tu saches que celui qui n’est que mon serviteur et qui, donc, ne m’aime qu’imparfaitement, cherche plutôt sa propre satisfaction que moi-même. On peut s’en apercevoir à ce signe : si la consolation, spirituelle ou temporelle, vient à lui manquer il tombe dans le trouble. 

Ils accomplissent bien quelques actes de vertu pendant le temps de la postérité, mais les peines survenant (c’est moi qui les leur envoie pour leur bien) ils ne savent même plus faire ce peu de bien. Si on leur demandait : « pourquoi vous troublez-vous? » ils répondraient : « parce que nous sommes dans la peine : ce peu de bien que nous faisions nous paraît maintenant inutile puisqu’il nous semble que nous ne le faisons plus ni avec le même élan ni avec le même amour. Nous en attribuons la faute aux malheurs qui se sont abattus sur nous puisqu’il nous semble que jadis nous oeuvrions avec un coeur plus tranquille et moins troublé que maintenant.

Ces gens-là s’abusent avec leur plaisir même. Il est faux que ce soit la peine, il est faux qu’ils m’aiment moins et qu’ils oeuvrent moins. Ce qu’ils accomplissaient dans le temps de l’adversité a autant de prix que ce qu’il accomplissaient dans le temps de la consolation; celle-ci pourrait même être plus grande s’ils étaient patients. Mais tout cela n’arrive que parce que jadis ils trouvaient une satisfaction dans la prospérité et ce n’est qu’avec quelques petits actes de vertu qu’ils m’aimaient. Ils mettaient ainsi leur esprit en repos à bien peu de frais. Mais maintenant qu’il sont privé de ce qui leur donnait ce repos ils crient qu’ils ont perdu cette même qui leur donnait le repos. C’est faux.  

Ce point de vu et ces paroles sont faux car si ceux-là s’étaient réjouis du bien pour l’amour de la vertu ils ne s’en sentiraient point privés. Ce bien ce serait même accru. Mais puisque leur oeuvres étaient fondées sur leur propre plaisir voici qu’ils en sont privé.

Tel est le piège où ces gens tombent généralement. Ils s’abusent eux-même avec leur propre plaisir.

 

Puisque je rémunère tout bien, plus ou moins selon la mesure de l’amour de celui qui l’a accompli, j’accorde une consolation mentale, soit d’une manière, soit d’une autre, au moment de la prière. Non pas pour que cette âme ignorante en reçoive quelque plaisir, pour qu’elle s’attache plus à la consolation qu’à celui qui la lui donne, mais pour qu’elle considère l’amour avec lequel je la dispense et l’indignité avec laquelle elle la reçoit. Si dans son ignorance, elle ne retient que son plaisir et non pas l’amour que j’ai pour elle, elle tombe dans les malheurs et dans les pièges dont je vais te parler.

Tout d’abord, trompée par le plaisir même qu’elle trouve dans cette consolation, elle la recherche et elle s’y complait. Mais voici qui est plus grave : si, quand elle éprouve la consolation qui lui vient de ma propre présence je viens à me retirer, la voilà prête à suivre le même chemin que jadis pour la retrouver.

Mais moi, je ne donne pas toujours la même consolation ; je console de diverses manières, selon qu’il plaît à ma bonté et selon les besoins de cette âme. Dans son ignorance elle recherchera donc toujours la même consolation comme si elle voulait imposer sa loi au Saint-Esprit. Ce n’est pas ainsi qu’elle doit faire. Elle doit passer courageusement par le pont de la doctrine du Christ crucifié. Elle y recevra ma consolation selon le mode, le temps et le lieu que ma bonté voudra bien lui choisir. Si je ne la lui donne pas, cette retenue n’est pas un signe de haine mais d’amour. C’est pour que cette âme me cherche en vérité, pour qu’elle reçoive humblement plutôt mon amour que le plaisir qui l’accompagne. Si elle n’agit pas de la sorte, si elle court après le plaisir comme il lui plaît et non comme il me plaît, elle tombera dans la peine, dans une intolérable confusion au moment où l’objet de son plaisir, unique objet placé devant l’oeil de son intelligence, viendra à lui manquer.

Voilà pour ceux qui choisissent les consolations à leur guise, pour ceux qui, trouvant un plaisir spirituel dans mon amour, veulent passer avec lui. Ils sont tellement ignorants que, parfois, quand je les visite, mais d’une manière toute nouvelle, ils résistent et ne me reçoivent pas : ils ne veulent que ce qu’ils imaginent. Tel est le défaut de la passion et du plaisir spirituel qu’ils ont éprouvé en moi. Ce plaisir se dupe lui-même car il est impossible qu’il demeure toujours identique.

De même que l’âme ne peut demeurer immobile, qu’elle va vers la vertu ou s’en éloigne, de même l’esprit ne peut demeurer immobile en moi, fixé sur un seul plaisir, comme s’il ne devait pas en recevoir d’autres de ma bonté. Ils sont variés ceux que je procure : tantôt je donne une allégresse spirituelle, tantôt une contrition et un dégoût si fort du péché qu’il semble que l’esprit en soit tout bouleversé. Parfois je suis dans cette âme et elle ne me sens point, parfois je représenterai ma vérité, le verbe incarné, de diverse manières, devant l’oeil de son intelligence, et cependant elle ne croira pas éprouver au fond d’elle-même cette chaleur et ce plaisir qui devrait suivre une pareille vision. Parfois elle ne verra rien et elle ressentira un grand délice. Tout ce que je fais c’est par amour, pour conserver et accroître votre vertu dans l’humilité et dans la persévérance, pour vous apprendre à ne m’imposer aucune règle, à ne pas considérer comme une fin la consolation, mais la vertu ; pour que vous receviez humblement, amoureusement, au moment choisi par moi, la richesse ou l’adversité, et dans un grand sentiment d’amour, la volonté que je vous impose ; pour que vous croyiez enfin avec une foi vive que je donne toujours selon le besoin de votre salut ou selon les besoins qu’il y a pour vous de vous approcher de la grande perfection.

L’âme doit donc se maintenir humble, faire de ma charité son principe et son but, recevoir dans cet amour plaisir ou déplaisir selon qu’il plaît à ma volonté et non à la sienne. Voilà la règle pour ne pas être dupé et pour recevoir avec amour, bien affermis dans ma volonté, tout ce qui vient de moi, qui suis votre fin.

 

Je t’ai dit combien se trompent ceux qui veulent me recevoir et me goutter dans leur esprit selon leur propre caprice. Je veux te dire maintenant le piège où tombent ceux dont toute la satisfaction consiste à rechercher la consolation spirituelle au point de voir leur prochain avoir besoin d’eux, spirituellement ou temporellement, et de ne pas l’aider sous prétexte de vertu. « J’en perds, disent-ils, la paix et la quiétude de l’esprit, je ne récite pas mon bréviaire en temps voulu. » Parce qu’ils n’ont plus la consolation, ils pensent m’offenser. Il ne font que se tromper eux-même avec leur propre plaisir spirituel. Ils m’offensent plus en ne secourant pas leur prochain qu’en abandonnant toutes leurs consolations. Tout exercice en effet, vocal ou mental, je ne l’exige qu’en vue d’amener l’âme à un parfait amour pour moi et pour son prochain, qu’en vue de la stabiliser dans cet amour. Aussi, suis-je plus offensé quand ils dédaignent l’amour du prochain pour cet exercice et pour cette quiétude spirituelle que lorsqu’ils renoncent aux exercices pour venir en aide à leur prochain.

 

Dans l’amour du prochain, c’es moi qu’ils trouvent, dans ce plaisir où ils me cherchent, ils se perdent. En ne secourant pas ils amoindrissent ipso facto leur amour pour le prochain. Cet amour amoindri, mon amour pour eux diminue. Mon amour diminuant la consolation diminue. C’est pourquoi en voulant gagner ils perdent et en voulant perdre ils gagnent. C’est en renonçant à leurs consolations pour le salut de leur prochain que l’âme me reçoit et m’acquiert, comme elle acquiert son prochain en l’aidant et en le servant charitablement.

 

Voilà comment ils pourraient goûter en tout temps la douceur de mon amour. Mais en agissant pas comme il se doit ils vivent dans la peine car il leur faudra bien, parfois, par force ou par amour, qu’ils le secourent dans ses malheurs physiques ou spirituels. Mais ils ne le feront qu’avec dépit, en murmurant, avec des scrupules. Ils se rendent ainsi insupportables à eux-même et aux autres. Si on leur demandait : « pourquoi cette tristesse? » ils répondraient : « parce qu’il nous semble avec perdu la paix et la quiétude spirituelles. Que de choses faisais-je, combien j’en délaisse maintenant! » Ils croient offenser Dieu, mais ce n’est pas cela. Comme ils ne voient que leur propre plaisir, ils ne savent plus ni discerner ni connaître en vérité quelle est la véritable offense. S’il n’en était pas ainsi l’âme verrait que son offense ne consiste pas à ne pas avoir de consolations spirituelles, à ne pas réciter ses prières au moment même où son prochain à besoin d’elle, mais qu’elle consiste à être sans amour pour le prochain qu’on doit aimer et servir pour l’amour de moi.

Ainsi tu vois combien ils se trompent avec cet amour propre spirituel qu’ils ont pour moi.

 

 

Parfois, à cause d’un tel amour, ils reçoivent de plus grands dommages. Si leur volonté ne s’attache qu’à rechercher les consolations et les visions que j’accorde quelque fois à mes serviteurs, il suffit que je les en prive pour que leur âme tombe dans la tristesse. Ils croient être privé de la grâce quand je me retire de leur esprit. Car je te l’ai dit : je me retire et je reviens dans les âmes, mais ce n’est pas ma grâce qui les quitte, c’est seulement le sentiment de ma présence, et ce afin de les amener à une plus grande perfection. Ils sont donc remplis d’amertume et il sur semble être en enfer parce qu’ils se sentent arrachés à leur plaisir, en proie à mille tentation.

Il ne faut pas être si ignorant ni se laisser tromper par son amour-propre spirituel, au point de ne plus connaître la vérité, de ne plus savoir que je suis en eux, moi, ce bien suprême qui soutient leur bonne volonté au moment des durs combats afin qu’elle ne les suive pas dans leur course au plaisir. Ils doivent donc s’humilier, se considérer indigne de la paix et de la quiétude spirituelles. Je me retire pour qu’ils s’humilient, pour qu’ils reconnaissent en eux-même ma propre charité, pour qu’ils la trouvent dans cette bonne volonté que je leur conserve pendant les tentations, pour que leur âme ne reçoive pas seulement le lait de la douceur dont j’asperge leur visage, mais pour qu’elle s’attache au sein de ma vérité afin de recevoir le lait et la chair, c’est-à-dire pour qu’elle reçoive le lait par le moyen de la chair du Christ crucifié, de sa doctrine dont je vous ai fait un pont afin que par lui vous veniez à moi. Voilà pourquoi je me retire.

S’ils avancent avec prudence, s’ils ne désirent pas seulement le lait, je reviens en eux et je leur apporte encore plus de plaisir, de fermeté, de lumière et d’ardeur. Mais si pour la perte de ce sentiment de douceur spirituelle ils n’éprouvent qu’ennui, tristesse et confusion, leur gain est petit : ils demeurent dans la tiédeur.

 

 

Mais ce n’est pas tout. Voilà que le démon leur tendra souvent un autre piège : il leur apparaîtra sous forme de lumière. Comme il donne, en effet, selon ce que l’esprit est disposé à recevoir et à désirer, s’il voit un esprit uniquement tirant de consolations et de visions spirituelles (et ce n’est pas elles que l’âme doit désirer, mais seulement les vertus dont elle doit humblement se juger indigne de même qu’elle ne doit voir dans ces consolations qu’une manifestation de mon amour) le démon prend dans cet esprit une forme de lumière : parfois celle d’un ange, parfois celle de ma vérité, parfois celle d’un de mes saint. Il agit de la sorte pour prendre cette âme à l’hameçon de son propre plaisir spirituel tout entier attaché aux visions et aux consolations. Si cette âme ne se dresse pas, remplie de sincère humilité et de mépris pour tout plaisir, la voilà dans les mains du démon. Mais si, pleine d’humilité et de mépris pour le plaisir, elle s’attache amoureusement au donateur et non pas au don, le démon ne saurait la faire sienne.

Si tu me demandes : « à quoi peut-on reconnaître que cette visitation vient plutôt du démon que de toi », je te réponds : voici le signe : si elle vient de démon qui visite l’esprit sous forme de lumière, l’âme conçoit d’abord une grande allégresse en la recevant, mais plus cette visite se prolonge, plus la joie diminue. Il ne reste bientôt plus dans cet esprit qu’ennui et ténèbres, une sorte de nausée spirituelle. Mais si elle est visité en vérité par moi, vérité éternelle, l’âme éprouve d’abord une sainte crainte. C’est avec cette crainte qu’elle reçoit une allégresse, une sécurité et une douce prudence : elle doute, tout en ne doutant pas. Remplie de connaissance d’elle-même, se jugeant très indigne, comment cette visite est-elle possible? Elle regarde alors la largesse de ma charité, car elle sait que je suis en mesure de donner, que je m’arrête pas à son iniquité mais seulement à sa grandeur qui la rend digne de me recevoir en elle-même, en grâce et en fait, puisque je ne méprise nullement le désir avec lequel elle m’appelle. C’est pourquoi elle me reçoit humblement en disant : « voici ta servante ; que ta volonté soit faite en moi ». Quand elle quitte le chemin de l’oraison sur lequel elle m’a rencontré, elle est pleine d’allégresse. Son esprit est joyeux : elle reconnaît humblement son indignité et c’est pleine d’amour qu’elle m’attribue tous les mérites.

Voici le piège dans lequel l’âme tombe si elle préfère naviguer imparfaitement en s’attachant aux consolations plutôt qu’à moi-même.

 

Je ne t’ai pas caché non plus combien ceux de mes serviteurs qui aiment tant les consolations se trompent eux-même à cause de cet amour pour le plaisir : il ne leur laisse pas connaître la vérité de ma volonté ni discerner où se tient la faute. 

Si je te l’ai dit c’est pour que vous suiviez la vertu, toi et mes autres serviteurs, pour l’amour de la vertu et non point pour autre chose. 

Mais l’âme qui est entrée en vérité dans la maison de la connaissance d’elle même, grâce à sa prière parfaite et à l’abandon de l’attrait qu’elle ressentait pour la prière imparfaite m’atteint par sa volonté d’amour quand elle cherche à attirer le lait de ma douceur à travers le sein de la doctrine du Christ Crucifié.

Parvenus à ce troisième état, à l’amour d’amis et de fils, ils ne sont plus mercenaires, mais des amis très chers. Ainsi, de même qu’un ami, lorsqu’il reçoit un cadeau de l’autre, ne considère pas seulement le cadeau mais le coeur et l’affection de celui qui lui a offert et n’aime le cadeau que pour l’affection qu’il ressent pour son ami, de même l’âme, lorsqu’elle atteint ce troisième état de l’amour parfait, ne considère pas seulement le présent, mais aussi, avec l’oeil de son intelligence, l’amour du donateur.

 

C’est pendant qu’elle attendait dans la maison, pleine de persévérance, qu’elle a conçu la vertu. C’est sa volonté d’amour qui l’a fait participer à ma puissance. C’est avec cette puissance et avec ces vertus qu’elle a dominé et vaincu sa propre sensualité.

 

Dans cette charité, qui est l’Esprit-Saint lui-même, elle a participé à sa volonté, elle y a fortifié sa propre volonté de patience, sa volonté de sortir de la maison pour l’honneur de mon nom, sa volonté d’enfanter des vertus au prochain. Ce qui ne veut pas dire qu’elle sorte de la maison de la connaissance d’elle-même. Ce sont ses vertus, conçues par sa volonté d’amour, qui sortent de la maison de l’âme pour les besoins de son prochain.

La crainte à disparu, qui la liait et l’empêchait de se rendre utile de peur de perdre les consolations. Une fois parvenue à l’amour parfait et libre elle sort et s’abandonne elle-même.

 

Ma divine charité connaissant la faiblesse et la fragilité qui entraîne l’homme à tomber (non pas qu’il y soit contraint s’il ne le veut pas, mais parce que, faible qu’il est, il tombe dans le péché mortel et y perd la grâce qu’il a reçu dans le saint baptême par la vertu du sang) il était nécessaire que la divine charité entreprît de laisser un baptême permanent. On reçoit celui-ci avec la contrition du coeur lors de la sainte confession.

 

Ceux-là sont donc arrivés à la bouche. C’est pourquoi ils le prouvent en se comportant comme une bouche. La bouche parle avec la langue qu’elle renferme. Le goût déguste, la bouche retient et transmet à l’estomac. Les dents mâchent, car sans cela on ne pourrait déglutir.

De même l’âme : elle commence à parler avec la langue qui est dans la bouche du saint désir, c’est-à-dire avec la langue de la sainte et continuelle oraison. Cette langue parle matériellement et spirituellement. Spirituellement quand elle m’offre le doux et amoureux désir du salut des âmes. Matériellement quand elle enseigne la doctrine de ma vérité, en avertissant, en conseillant, en confessant, sans redouter les souffrances dont le monde voudrait l’accabler, hardiment et devant quiconque.

Je dis qu’elle mange en prenant la nourriture des âmes, pour l’honneur de moi, sur la table de la très sainte croix. C’est seulement sur cette table qu’elle peut manger parfaitement en vérité.

Je dis qu’elle broie avec les dents, car ce n’est qu’ainsi qu’on peut déglutir. La haine et l’amour sont les deux rangées de dents de la bouche du saint désir lequel retient la nourriture en broyant avec la haine pour soi-même et l’amour pour la vertu. Elle écrase les injures, les affronts, les douleurs, les persécutions et supporte la faim, la soif, le chaud, les tentations, les larmes et les sueurs, et cela pour le salut des âmes. Elle les mâche pour l’honneur de moi, en supportant son prochain. Mais quand elle les a mâchées, le goût es savoure. Elle savoure le fruit de la douleur, le délice de se nourrir des âmes en les goûtant au milieu de son amour pour moi et pour son prochain. C’est ainsi que que cette nourriture arrive dans l’estomac du coeur qui, avec son désir et sa faim des âmes, s’était disposé à le recevoir avec amour pour le prochain. 

L’âme alors engraisse dans les sincères et réelles vertus,  elle grossit tellement par l’abondance de cette nourriture, que le vêtement de sa sensualité éclate à l’appétit sensuel : la volonté sensible meurt. Cela se produit parce que la volonté ordonnée est vivante en moi, toute revêtue de mon éternelle volonté, et c’est pourquoi la sensualité semble morte. Voilà ce que fait l’âme qui est parvenue en vérité à la troisième marche, celle de la bouche. Le signe qu’elle y est parvenue est le suivant : elle est morte à sa propre volonté quand elle a goûté ma charité.

C’est pourquoi elle a trouvé la paix et la quiétude de l’âme sur la bouche. Tu sais que c’est sur la bouche qu’on donne la paix. C’est ainsi que dans ce troisième état l’âme trouve une si grande paix qu’il n’est personne qui puisse la troubler et ce parce que sa volonté est morte, et quand la volonté est morte on goûte la paix et la quiétude.

 

Ils franchissent tous ces obstacles avec fermeté, avec persévérance, et goûtent la nourriture du salut des âmes avec une sincère et parfaite patience. Cette patience est la vrai signe que leur âme aime parfaitement et sans aucun intérêt personnel. En effet, s’ils aimaient le prochain et moi-même pour leur propre intérêt, ils seraient impatients et ils ralentiraient leur course, mais parce qu’ils m’aiment pour moi-même, parce que je suis la suprême bonté, celle que vous devez aimer, parce qu’ils m’aiment pour moi-même et leur prochain aussi pour moi-même, parce qu’ils m’aiment pour la louange et la gloire de mon nom, ils sont patient, forts, persévérants. 

 

 

Voici les trois glorieuses vertus fondées sur la véritable charité : la patience, la fermeté et la persévérance couronnées par la lumière de la sainte foi.

Ma bonté permet donc qu’ils se fortifient et qu’ils deviennent grands devant moi et devant le monde parce qu’ils se sont fait petits par sincère humilité. Tu le vois bien dans mes saints : ils se sont fait petits pour moi, et moi, je les ai fait grands en moi, vie durable, et dans le corps mystique de la sainte église qui s’en souvient sans cesse parce que leurs noms sont écrits en moi, livre de vie. 

Ce n’est point par crainte qu’ils cachent leurs vertus, mais par humilité. Si leur aide est nécessaire à leur prochain, ils ne lui la refusent ni par crainte de la souffrance, ni par crainte de perdre leur propre consolation, mais ils l’aident courageusement, en se perdant eux-même, en se comptant pour rien.

Quelque soit leur rang, quelque soit leur manière de dépenser leur temps pour ma gloire, leur esprit trouve la paix et la quiétude et en jouit. Pourquoi? Parce qu’ils ne cherchent pas à me servir à leur manière mais à la mienne. Le temps de la tribulation ne leur pèse pas plus que le temps de la consolation ou de la prospérité. L’une pèse autant que l’autre parce qu’en toute chose ils trouvent ma volonté : tout ce qu’ils pensent c’est uniquement de se conformer à cette volonté, où qu’ils la trouvent. Ils voient que tout n’est fait que par moi, avec mystère et par ma providence, excepté le péché, qui n’est pas. Aussi, détestent-ils le péché et honorent-ils le restent. C’est pourquoi ces parfaits ont tant de fermeté et sont si inébranlables dans leur volonté de suivre la voie de la vérité, de ne jamais ralentir leur course et de servir fidèlement de leur prochain malgré son ignorance et son ingratitude. Ce n’est point parce que le méchant les injuriera et condamnera leurs bonnes actions qu’ils cesseront de crier devant moi pour que je sauve ce méchant, plus affligés de l’injure qui m’est faite et du tort que cette âme se fait à elle-même que des injures qu’ils essayent.

Ceux-là disent avec mon héraut, le glorieux apôtre Paul : « Le monde nous maudit : nous le bénissons ; il nous persécute : nous le remercions ; il nous repousse comme une immondice et une balayure du monde : nous supportons patiemment. » Tu vois donc, mon enfant bien-aimé, quels sont les doux signes, et particulièrement combien la patience indique en vérité que l’âme à quitté l’amour imparfait pour le parfait, grâce à l’imitation du doux et immaculé agneau mon fils unique lequel, lorsqu’il était sur la croix, tout retenu par les chaînes de l’amour, ne se laissa point détourner par les juifs qui lui crient : « Descends de la croix et nous te croiront ».

Votre ingratitude non plus ne l’a point empêché de persévérer dans l’obédience que je lui avait imposée. Il le fit avec tant de patience que nul n’entendit un seul cri de récrimination. C’est ainsi que mes fils bien-aimé et mes serviteurs fidèles suivent la doctrine et l’exemple de ma vérité. Quelles que soient les flatteries ou les menaces que le monde emploie pour les faire reculer, ils se gardent bien de détourner la tête pour regarder la charrue : ils ne fixent que ma vérité. Ils se gardent bien d’abandonner le champ de bataille pour revenir à la maison et s’y revêtir du vieux vêtement qu’ils avaient abandonné, le vieux vêtement dans lequel ils préféraient plaire aux créatures qu’au Créateur en les craignant plus que moi-même. C’est avec joie qu’ils demeurent au coeur de la bataille, remplis et enivrés du sang du Christ crucifié. Ce sang vous est offert dans l’hôtellerie du corps mystique de la sainte église par ma charité, pour réconforter ceux qui veulent être de vrais chevaliers et se battre contre leur chair fragile, contre le monde et contre le démon, avec le glaive de la haine pour les ennemis qu’ils doivent combattre, avec le glaive de l’amour pour la vertu. Cet amour est une armure qui les protège contre les coups, et les coups ne peuvent entamer leur chair s’ils ne se dévêtent pas de cette armure, s’ils ne se débarrassent pas du glaive pour le remettre entre les mains de leurs ennemis eux-même, c’est-à-dire si la main du libre arbitre ne le livre pas pour se soumettre volontairement. Non, ce n’est pas là ce que font ceux qui sont enivrés du sang : ils persévèrent courageusement jusqu’à la mort et c’est dans la mort que leurs ennemis sont vaincus.

Ô glorieuse vertu! combien tu m’es agréable! Combien tu brilles dans le monde aux yeux des ignorants enténébrés, qui ne peuvent pas empêcher leurs propres yeux de profiter de la lumière de mes serviteurs! Dans leur haine éclate a clémence que mes serviteurs ont pour eux. Dans leur envie éclate la magnanimité de leur amour. Dans les cruautés dont ils les poursuivent, éclatent leur piété fraternelle, dans leur injures enfin éclate leur patience, cette reine dominatrice qui règne sur toutes les vertus parce qu’elle est la moelle de la charité. Elle est la preuve, le signe, que les vertus habitent une âme, elle montre si elles sont fondées sur moi ou non. Ainsi que je te l’ai dit, elle est accompagnée de la fermeté et de la persévérance. Elle ne revient à la maison que chargée de victoires. Le champ de bataille quitté ils remontent ver moi, Père Éternel, rémunérateur de leurs peines et reçoivent de mes mains la couronne de gloire.

 

 

Du 3ème état, non séparé du 4ème.

À ceux-là il est donné de posséder sans cesse la sensation de ma présence. Mais ce n’est pas ainsi que j’agis envers ces très parfaits qui ont atteint la grande perfection et qui sont complètement morts à toute volonté : c’est continuellement que je repose dans leur âme par grâce et par sentiment de présence. Cela veut dire qu’à chaque fois qu’ils veulent unir en moi leur esprit ils le peuvent parce que leur désir ne peut plus s’en séparer : tout lieu est un lieu d’oraison, tout temps un temps d’oraison.

Sur la première marche  ils ont dépouillé leurs pieds de l’amour du vice. Sur la seconde ils ont goûté le secret et l’amour du coeur. Sur la troisième, ils ont éprouvé en eux-même la vertu, puis, se haussant sur l’amour imparfait, ils sont arrivé à la grande perfection. Alors ils ont trouvé le repos dans la doctrine de ma vérité. Ils ont trouvé la table, la nourriture et le serviteur.

Tu vois donc qu’ils ont continuellement la sensation de ma présence. Plus ils ont méprisé les plaisirs et désirés les souffrances, plus ils ont perdu la souffrance et acquis le plaisir. Pourquoi? Parce qu’ils brûlent et sont embrasés dans ma charité où leur volonté s’est consumée.  Aussi le démon craint-il le bâton de leur charité et c’est pourquoi il leur décoche ses flèches, de loin, sans oser s’en approcher. Le monde ne frappe que leur écorce. Il croit les blesser mais c’est lui qui se blesse car la flèche qui ne peut pénétrer revient sur celui qui l’a décochée. Ainsi le monde, avec ses flèches d’injures, de persécutions et de calomnies. Il les lances sur mes serviteurs très fidèles mais il ne trouve aucun point où les faire pénétrer : le jardin de leur âme est fermé. Ainsi la flèche se retourne-t-elle sur celui qui l’a lancé empoisonné de tout le poison de la faute. Ils sont invulnérable de tous côtés puisqu’en entamant leur coeurs on n’entame point leur âme. Celle-ci est toute bienheureuse et affligée : affligée à cause de la faute commise par son prochain, bienheureuse à cause de son union avec ma charité.

Ces fils bien-aimés, quand ils sont arrivés à la troisième et quatrième marche sont douloureux de porter la croix, matérielle et spirituelle. Matérielle, en supportant les peines du corps et la croix du désir, cette crucifiante douleur qu’ils ressentent pour les injures que je subis et pour la perte de leur prochain. Je dis qu’ils sont bienheureux parce que la joie de la charité qui les fait bienheureux ne peut leur être enlevée.  C’est pourquoi ils reçoivent allégresse et béatitude. Aussi, n’appelle-t-on pas cette douleur souffrance afflictive qui dessèche l’âme, mais bien douleur engraissante puisqu’elle engraisse l’âme dans la charité. Les souffrances, en effet, augmentent, fortifient, accroissent et éprouvent la vertu. Aussi cette douleur est-elle engraissante et non point afflictive parce que nulle douleur, nulle souffrance ne peut retirer l’âme du feu sinon comme un tison : quand il est consumé dans la fournaise, quand nul ne peut le prendre pour l’éteindre parce qu’il n’est que feu. De même ces âmes, jetées dans la fournaise de ma charité, sans que rien d’elles soit hors de moi, tout embrasées en moi, nul ne peut les prendre ni les arracher à ma grâce, parce qu’elles sont devenues une seule chose avec moi et moi avec elles. Jamais je ne retire d’elles le sentiment de ma présence, toujours leur esprit me sent en lui, à la différence des autres chez qui je vais et je reviens, non pas que je retire ma grâce mais la sensation de ma présence. Si j’agissais de la sorte c’était justement pour les amener à la grande perfection. Parvenus à cette perfection je les prive de ce jeu d’amour : « le venir » et le « m’en aller », que j’appelle jeu d’amour parce que c’est par amour que je m’en vais et que je reviens en eux : non pas moi-même à proprement parler, puisque je suis votre Dieu immobile qui ne se meut pas, mais ce sentimentale ma charité communique à l’âme et qui s’en va et qui revient.

Que les mondains le veulent ou non, ils me glorifient toujours. Non pas comme ils devraient, certes, en m’aimant par-dessus tout, mais je tire d’eux gloire et louange pour mon nom. En eux resplendit en effet ma miséricorde et l’abondance de ma charité puisque je leur prête le temps et puisque je n’ordonne pas à la terre de les engloutir à cause de leurs péchés. Bien mieux : je patiente, et ce que je commande à la terre c’est de leur donner des fruits, au soleil de les réchauffer, de leur donner sa lumière et sa chaleur, au ciel de se mouvoir.  Tout ce qui a été créé pour eux me sert à exercer ma miséricorde et ma charité, puisque je ne les en prive point malgré leurs défauts. Est-ce que je ne dispense pas l’une et l’autre au pécheur comme au juste et même, souvent plus au pécheur qu’au juste? C’est le juste en effet qui, capable de supporter, se voit privé des biens de la terre et reçoit plus abondamment les biens du ciel. Ainsi donc ma miséricorde et ma charité resplendissent en eux.

Parfois les serviteurs du monde persécutent les serviteurs, mettant ainsi à l’épreuve leur vertu de patience et de charité, mais ces serviteurs sont ainsi amené à supporter et à m’offrir d’humbles et continuelles prières : voilà que je recueil gloire et louange. Ainsi donc, que les iniques le veuillent ou non, ils me glorifient toujours, même quand ils ne veulent que m’outrager.

 

Si les iniques vivants sur cette terre enrichissent de vertus mes serviteurs, les démons sont aussi mes augmentateurs :  ils augmentent en mes créatures, pendant qu’elles sont en pèlerinage vers moi, leurs vertus au moyens des tentations. Tantôt les démons les poussent à s’injurier les uns les autres, tantôt à s’entre-voler, moins pour le dommage qui peut écouler d’une injure ou d’un vol, que pour les priver de la charité. Mais en croyant appauvrir ainsi mes serviteurs, ils ne font que leur faire pratiquer les vertus de sagesse, de fermeté, de persévérance.

Voilà comment les démons glorifient et honorent mon nom, voilà comment ma vérité s’accomplit en eux. N’est-ce point pour qu’ils me glorifient et me louangent, pour qu’ils participent à ma beauté, que je les ai créé, moi, le père éternel? En se rebellant contre moi ils sont tombé et se sont privé de ma vision : ils ne me louent plus dans l’amour, mais moi, vérité éternelle, je les ai institué instruments de vertu pour mes serviteurs.

 

L’âme, enfin dépouillé du corps, est parvenue jusqu’à moi, terme du voyage.

Supposons qu’elle voie encore les offenses qui me sont faites est qui jadis l’affligeait grandement : elle n’en ressent plus maintenant aucune douleur. Elle aime ces pécheurs et me prie de tout son désir d’amour pour que je fasse miséricorde au monde.

En ces âmes, la douleur a pris fin, mais non la charité. C’est ainsi que pour le verbe mon fils, lors de sa douloureuse mort sur la croix, prit fin la douleur de ce crucifiant désir qui l’avait fait souffrir depuis le moment où je l’avais envoyé dans le monde jusqu’à l’extrême moment de sa mort pour votre salut. Ce n’est pas son désir de votre salut qui prit fin, mais la douleur de son désir. Car si l’amour que je vous ai témoigné à travers mon fils avait alors prit fin et avait cessé pour vous, vous ne seriez plus car vous avez été fait d’amour et si cet amour s’était retiré en moi, si je n’avais plus aimé votre être, vous ne seriez plus.  Mon amour vous a créé et c’est mon amour qui vous conserve. Or puisque je ne fais qu’un avec ma vérité, le verbe incarné, et lui avec moi, c’est bien la douleur du désir qui cessa mais non point l’amour du désir.

Tu vois donc que les saints, et toutes les âmes qui sont parvenues à la vie éternelle, désirent sans souffrance le salut des âmes puisque, avec la mort la douleur a bien pris fin, mais non point leur désir de la charité.

Bien mieux : ivres du sang de l’agneau immaculé, revêtus de la charité du prochain, ils ont franchi la porte étroite baignés dans le sang du Christ crucifié et ils ont trouvés en moi, océan de paix, loin de toute imperfection, c’est-à-dire de tout inassouvissement, car ils sont parvenus à la perfection, c’est-à-dire au rassasiement de tout bien.

 

 

Il vaut mieux prendre conseil, pour le salut de son âme, d’une personne humble, mais de sainte conscience, que d’un savant orgueilleux.

Thomas d’Aquin, Augustin, Jérôme et tous les autres saints et docteurs, illuminés par ma vérité, comprenaient et connaissaient ma vérité dans les ténèbres. Je veux dire que les saintes écritures semblaient ténébreuses parce qu’elles n’étaient pas comprises et que cette obscurité était imputable non pas aux écrits, mais à ceux qui auraient dû les comprendre. C’est pourquoi j’ai envoyé ces flambeaux pour qu’ils éclairent vos aveugles et grossiers entendements. Ils élevaient les yeux de leur intelligence pour connaître la vérité dans les ténèbres, ainsi que je te l’ai dit, et moi, feu qui agréait leur sacrifice, je les ravissais en leur donnant une lumière non pas naturelle mais surnaturelle qui, illuminait les ténèbres, leur permettait de connaître la vérité.

Aussi, ce qui semblait alors ténébreux, apparaît maintenant très clair aux esprits grossiers comme au plus fins. Chacun me connaît selon ce qu’il est capable de comprendre, selon la manière dont il se dispose à me connaître, car je ne méprise jamais les dispositions des hommes.

Tu vois donc que les yeux de l’intelligence ont reçu, en sus de la lumière naturelle, une lumière infuse par grâce, par laquelle les docteurs et les autres saints découvrirent la lumière dans les ténèbres. De la ténèbres ils firent de la lumière, car l’intelligence était avant que ne fusse les écritures. C’est pourquoi de l’intelligence procéda la science, car c’est en voyant qu’on distingue.

C’est ainsi que les saints pères distinguèrent et comprirent, c’est ainsi que les prophètes annoncèrent l’avènement et la mort d mon fils. C’est ainsi que furent éclairés les apôtres après la descente de l’Esprit-Saint, qui leur donna cette lumière en sus de la lumière naturelle. C’est ainsi que que furent éclairés les évangélistes, les docteurs, les confesseurs, les vierges et les martyrs. Tous ont été illuminés par cette lumière parfaite, mais chacun l’a reçu d’une manière différente, selon que le réclamait son salut, le salut des autres créatures et l’enseignement de la sainte écriture.

 

Dans le nouveau testament, celui de la vie évangélique, qui donc enseigne la lumière au chrétiens? La lumière elle-même. Et comme elle procédait d’une seule et même lumière, la loi nouvelle non seulement ne brisa pas la loi ancienne mais elle se lia avec elle et en supprima l’imperfection. L’ancienne n’était fondée que sur la crainte : la venue du verbe, mon fils unique portant la loi de l’amour, l’accomplit en lui donnant l’amour, en supprimant la crainte du châtiment et en ne laissant subsister laque la sainte crainte.

 

Qui assura que ce fut là la vérité? La lumière qui fut donnée et qui est encore donnée à ceux qui veulent la recevoir par grâce en sus de la lumière naturelle. Aussi toute lumière qui sort des écriture est-elle issue et sort-elle aussi de cette lumière. C’est pourquoi les ignorant et les savants orgueilleux s’aveuglent-ils au milieu de la lumière. Aussi, des écritures comprennent-ils mieux la lettre que l’esprit. Ils les goûtent en compulsant force livres, mais ils ne goûtent pas la moelle des écritures car ils sont privés de la lumière qui les a formées et qui les éclaire. C’est pourquoi ils s’étonnent et ils murmurent quand ils voient des esprits qui, bien qu’illettrés, connaissent les écritures et se montrent éclairés  sur les vérités qu’elles contiennent, comme s’ils les avaient étudiées depuis très longtemps. Il n’y a là rien de merveilleux : ils possèdent la principale source de lumière d’où procède toute science. Quant aux autres, les orgueilleux, pour avoir perdu la lumière ils ne peuvent plus ni voir ni connaître ma bonté et non plus la lumière d cela grâce infuse qui brille sur mes serviteurs.

C’est pourquoi je te dirai que pour obtenir quelques conseils sur le salut de son âme il vaut mieux s’adresser à une personne humble, mais dont la conscience est sainte et droite, qu’à un orgueilleux érudit tout enflé d’une nombreuse science : celui-ci ne peut offrir que ce qu’il a en lui-même, or, à cause de sa ténébreuse vie, il offrira souvent la lumière de la sainte écriture sous forme de ténèbres. C’est le contraire que feront mes serviteurs, car la lumière qu’ils ont en eux ils l’offriront, remplis de faim et de désir pour le salut de cette âme.

Ce que je viens de te dire, ma très douce enfant, c’est pour que tu connaisses la perfection de cet état d’union dans lequel l’oeil de l’intelligence est ravi par le feu de ma charité au milieu de laquelle on reçoit la lumière surnaturelle. Avec cette lumière, on m’aime car l’amour suit l’intelligence et plus on connaît plus on aime et plus on aime plus on connaît. Amour et connaissance se nourrissent l’un de l’autre.

Avec cette lumière on parvient à mon éternelle vision.

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Nous sommes à peine à la moitié du texte, les ajouts vont continuer régulièrement!

Amour Amour Amour