THOMAS JUDAS

 

 

 

 

 

 

"L'hymne de la perle" ou "chant de l'âme" est issu des textes apocryphe de Thomas Judas. C'est ici une adaptation, vous trouverez l'original dans les manuscrits de la mer morte. C'est un des premiers textes que j'ai rencontré sur mon chemin. Il nous chante notre incarnation, l'oublie de notre origine et de notre mission, enfin les retrouvailles avec notre âme. Gratitude. 

LE CHANT DE L'ÂME

 

Lorsque je n’étais qu’un petit enfant, j’habitais dans la maison de mon père qui se trouvais dans un immense royaume. Un jour mes parents me préparèrent pour un long voyage. Ils remplirent mon sac des plus belles richesses du royaume. C’était de l’or des régions supérieures ainsi qu’une multitude de joyaux. Ils mirent à ma ceinture une épée que rien ne pouvais briser. Puis ils m’enlevèrent le splendide vêtement royal ainsi que la couronne écarlate qu’ils m’avaient fait par amour. Ils firent ensuite avec moi un pacte et l’inscrivirent sur mon cœur, afin qu’il ne soit pas oublié : « Si tu descends dans le monde d’En-bas et que tu rapportes la perle unique, celle qui est dans la mer, tout près du serpent qui siffle, tu revêtiras ton splendide vêtement et la couronne qui repose sur lui, et avec ton frère, notre second, tu seras héritier dans notre royaume. »

 

Je quittais les hauteurs de mon royaume et je descendis. Deux guides étaient avec moi, car la route était terrible et difficile, et moi, pour la parcourir, je n’étais qu’un enfant. Je passais de nombreuses frontières, et j’entrais dans les murs du grand labyrinthe. Lorsque j’atteignis enfin le monde d’En-bas, mes compagnons se séparèrent de moi.

 

Je me dirigeais  droit vers le serpent, je m’installai aux alentours de sa demeure en attendant qu’il s’endorme et que je lui prenne la perle.

Je pris un vêtement comme celui des gens d’En-bas, de peur qu’ils ne me reprochent d’être venu du dehors pour prendre la perle et qu’ils n’éveillent le serpent contre moi. Mais, d’une manière ou d’une autre, ils perçurent que je n’étais pas un fils de leur pays. Alors, par ruses, ils me firent goûter leur nourriture. J’oubliais que j’étais fils de roi et je servis leur roi. J’oubliai aussi la perle pour laquelle mes parents m’avaient envoyé. Et sous le poids de leurs nourritures, je m’endormis d’un profond sommeil. Cependant, de tout ce qui m’était arrivé, mes parents eurent connaissance et souffrirent à cause de moi. On proclama dans notre royaume que chacun se rende aux portes du palais : les rois  ainsi que tous les grands de notre royaume. Ils cherchèrent une solution afin que je ne sois point laissé En-Bas. Ils m’écrivirent une lettre, et chacun des grands y apposa son nom :

« De la part de ton père, le roi des rois, et de ta mère, la maîtresse de l’Orient, et de ton frère notre second, à toi, notre fils qui est dans le monde d’En-bas, salut ! Réveille-toi et lève-toi de ton sommeil, et écoute les paroles que transmet notre lettre. Souviens-toi que tu es fils de roi, vois ton esclavage et qui tu sers. Remémore-toi la perle pour laquelle tu es descendu dans ce monde. Rappelle-toi ton splendide vêtement, et souviens-toi de ta couronne brillante, pour que tu t’en revêtes et en sois paré, car ton nom a été proclamé dans le Livre de Vie, et avec ton frère, notre vice-roi,  tu seras héritier dans notre royaume. »  

Et ma lettre était une lettre, que le roi, de sa main droite, avait scellée, pour la protéger. Elle vola sous la forme d’un aigle et se posa près de moi, et, tout entière, elle devins parole. À sa voix et au bruit de son mouvement, je m’éveillai et me levai de mon sommeil. Je la pris et l‘embrassai, je l’ouvris et je lus. C’est conformément à ce qui étais gravé dans mon cœur qu’avaient été écrites les paroles de ma lettre. Je me souvins que j’étais fils de rois, et ma nature cherchait à trouver son état premier. Je me souvins de la perle pour laquelle j’avais été envoyé ici. Je commençai à charmer le terrible serpent.  En invoquant les noms de mon père, ma mère ainsi que mon frère, je contraignis le serpent à s’assoupir. Je pris la perle et me retournai pour revenir à la maison de mon père. Leur vêtement impur, je m’en dépouillai et l’abandonnai dans leur pays.

Je dirigeai ma course pour qu’elle parvienne à la lumière de notre patrie. Et ma lettre mon éveilleuse, je la retrouvai devant moi, sur la route. Et, comme par sa voix, elle m’avait éveillé, de même, par sa lumière, elle me conduisait, car la soie royale devant moi, par son aspect, resplendissait. Par sa voix et par sa direction de nouveau, elle encourageait ma hâte et, par son amour, elle m’attirait. Je sortis, traversais le labyrinthe et remontais vers ma maison. Et, le vêtement splendide que j’avais laissé, et la couronne dont il était recouvert, des hauteurs du royaume je l’aperçu. Et, comme je ne me souvenais plus de la façon dont le vêtement était fait –car c’était dans mon enfance que je l’avais laissé chez mon père-, soudain, lorsque je lui fis face, tel mon miroir, il me ressembla. Je le vis tout entier  et je compris que j’étais celui là, dont j’étais séparé. Car deux nous avions été dans la division, et, à nouveau, nous étions un, en une forme unique. Et l’image du roi des rois, tout entière sur lui tout entier, en relief, était peinte. Je vis encore qu‘en lui tout entier des mouvements de connaissance palpitaient, et comme à parler je vis qu’il s’apprêtait. J’entendis les modulations de sa voix :

« C’est bien pour ce plus vaillant des serviteurs qu’on m’a élevé devant mon père car j’ai sentis que ma stature grandissaient en même temps que ses travaux ».

Il se portait vers moi et s’empressait afin que je le prenne ;  moi aussi, mon amour me stimulait afin que je coure à sa rencontre et que je le reçoive. Je me tendis et je le saisis, de la beauté de ses couleurs je me parai, et de ma couronne aux brillantes couleurs, de sa lumière tout entière, je m’enveloppai. J'inclinai la tête et j’adorai la splendeur de mon père qui me l’avait envoyé. 

J’avais réussi l’épreuve que l’on m’avait assigné. J’étais prêt à assumer ma fonction royale. Je fus reçu dans le palais avec tous les princes et tous les grands du royaume. Et, avec des voix de louanges, tous ses serviteurs le glorifiaient. Et il promis qu’à nouveau, avec mon habit royal, je me présenterais, et qu’avec mon offrande et ma perle,  devant lui, le roi des rois, je paraîtrais.

Actes de Thomas - Hymne de la Perle

Adaptation : Arnaud Pelletier

icon-st_thomas-the-apostle-india.jpg